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16 novembre 2007
par Jean-Paul Baquiast

La science et les religions
Beyond belief

Affiche Beyond Belief 2006Le Symposium Beyond Belief II. Enlightment 2.0 a réuni pour la seconde fois, en octobre 2007, à La Jolla, Californie, des chercheurs matérialistes souhaitant préciser la position de la science face aux religions et plus généralement à l’irrationnel. Le précédent Symposium 2006(1) avait discuté et généralement approuvé la position défendue par Richard Dawkins et Sam Harris selon laquelle on peut être moral sans être croyant et que la science n’a aucun intérêt à interférer avec les religions.
Il s’agissait d’une des premières réactions un peu organisées des scientifiques athées anglo-américains face à la montée de l’ID dans le discours scientifique.

Le Symposium 2007, sans remettre en cause ce postulat, a voulu montrer plus d’ouverture au regard du fait religieux, en s’efforçant de comprendre les raisons pour lesquelles les religions non seulement sont présentes partout dans le monde mais reprennent de l’influence là où elles en avaient perdu. Les participants ont discuté de la façon dont la science peut prendre en compte la dimension morale et le besoin de sacré caractérisant la plupart des humains. Ils ont voulu ce faisant échapper au reproche de réductionnisme ou scientisme qu’encourrait une science se limitant aux seuls faits susceptibles d’une analyse objective du type de celle s’adressant aux phénomènes physiques.

Compte-rendu sommaire

Nous ne participions évidemment pas à ce symposium, mais on en trouve un résumé à la signature de Michaël Reilly dans le Newscientist, numéro du 10 novembre 2007, p. 7. En voici une transcription:

Edward Slingerland, linguiste et cogniticien à l’Université de Colombie Britannique, constate la remontée de l’influence des religions. Il observe pour l’expliquer que ceux qui comme lui se veulent rationalistes et scientifiques se réfèrent pourtant à des valeurs morales relevant selon lui de convictions non scientifiques. Ainsi la croyance dans la valeur universelle des Droits de l’Homme ne diffère pas de celle en la Sainte Trinité. Elle repose sur des bases aussi mystérieuses. Ce n’est pas une réalité empirique que l’on pourrait identifier dans le cerveau avec l’aide d’un scanner. Il s’agit d’une entité purement métaphysique.

Le biologiste évolutionnaire David Sloan Wilson(2) de l’Université de Birmingham, N.Y. considère que les croyances religieuses sont apparues au cours des âges et ont été conservées par l’évolution compte-tenu de leur rôle utile dans la lutte pour la vie. Il ne se prononce pas sur le fait de savoir si la religion est bonne ou mauvaise en soi. Il constate seulement qu’elle est « câblée » très solidement dans les cerveaux et que ce fait ne peut être ignoré par la science. Aujourd’hui encore, face à un monde très largement imprévisible et inconnaissable, il n’est pas possible de s’en tenir aux seules connaissances rationnelles pour faire les choix de survie. Il faut aussi faire appel aux croyances irrationnelles, à l’imagination et aux affects.

Stuart Kauffman, de l’Université de Calgary, et expert mondialement connu des systèmes complexes, commente pour sa part un long article qu’il avait déjà publié en 2006 et qui n’avait pas alors retenu suffisamment l’attention(3). Observons que cet article est difficile à interpréter, car il peut sembler contradictoire. D’une part, Stuart Kauffman y montre que des questions fondamentales posées à la science, concernant notamment l’apparition de la vie et de la conscience, n’ont pu encore être modélisées et reproduites en laboratoire. Autrement dit, elles ne sont pas encore explicables en termes rationnels. Par ailleurs, les systèmes vivants évoluent d’une façon imprévisible, qui fait une large part à l’aléatoire. Cette constatation n’est en rien compatible avec la théorie darwinienne mais interdit que l’on puisse s’appuyer sur des faits scientifiquement prouvés pour prendre des décisions vitales. Il faut le plus souvent faire confiance aux affects et donc à l'irrationnel.

Aucun scientifique matérialiste ne niera cela. Mais Stuart Kauffman, qui pourtant tient à s’affirmer athée, pense qu’il serait de bonne politique, face à ces « vides béants de connaissance », de ne pas s'en tenir à constater les limites de la raison. Il propose de faire appel au « sens du sacré » que réveille selon lui chez l’homme la confrontation avec l’Inconnu. A cette fin, il recommande de nommer "Dieu" tout ce que l’homme ne comprend pas. Ce ne serait pas pour recourir à des explications surnaturelles mais seulement pour réactiver l’inventivité humaine face aux aspects encore incompris de l’univers naturel. Il n'ignore pas que le concept de Dieu est lourdement connoté par des millénaires de croyances et pratiques religieuses, mais il préfère éveiller en lui un sentiment de respect révérenciel plutôt que se laisser distraire par de petites trivialités.

Le Chimiste Peter Atkins, de l’Université d’Oxford, un des athées les plus convaincus du groupe, ne veut pas accepter ce point de vue. Il reproche à ses confrères de ne pas avoir assez foi en la science. Celle-ci, selon lui, avec un peu plus de temps et d’obstination, pourra progressivement donner des explications rationnelles aux phénomènes qui nous apparaissent encore mystérieux.

Ce point de vue est aussi celui de Daniel Dennett, de l’Université Tuft. Pour lui, aussi porté à l’irrationnel que soit l’esprit humain, un apprentissage résolu de la rationalité dès les premières années de scolarité pourrait purger les sociétés de la tentation d’en appeler en permanence aux diverses formes d’irrationnel.

Jonathan Gottschall qui enseigne la littérature au Collège Washington et Jefferson de Pennsylvanie, montre que cette approche devrait être étendue aux disciplines qui ne sont pas directement scientifiques. Ainsi la critique littéraire fait un appel excessif à la subjectivité et à la pensée irrationnelle pour interpréter les textes, au lieu de recourir à des analyses de type scientifique. Celles-ci pourraient mettre en évidence, notamment, des contraintes actuellement ignorées concernant la nature humaine et les comportements.

Sam Harris, auteur de The End of Faith, Religion, Terror and the Future of Reason , présente ses réponses aux critiques exprimées à l’encontre de la thèse principale de son livre, publié en 2004. Selon ce livre, les religions sont la source de la plupart des maux qui accablent les sociétés humaines. La science doit absolument refuser de se compromettre avec elles(4).

Commentaires

Ces discussions sont intéressantes, rassemblant des scientifiques de haut niveau, dont l’athéisme est argumenté sur un solide raisonnement et une pratique scientifique étendue. Il est regrettable que de tels colloques n’aient pas lieu en Europe. Est-ce parce que l’athéisme ou, tout au moins, la neutralité de la science à l’égard des religions ne fait pas problème. Serait-ce au contraire parce que l’irrationnel sous toutes ses formes, depuis l’astrologie, les thérapies alternatives jusqu’au catholicisme et à l’islam ont tellement pénétré les esprits que se poser la question de ses relations avec le rationnel scientifique pourrait être considéré, d’une certaine façon, comme blasphématoire ?

Quoi qu’il en soit, d’un point de vue matérialiste (qui n’est, nous nous empressons de le dire, pas nécessairement partagé par l’ensemble de nos lecteurs), nous pourrions faire les commentaires suivants :

Il est indiscutable que les diverses sciences s’intéressant à l’humain, tel qu’il a évolué de façon darwinienne à partir des formes de vie plus simples, peuvent et doivent étudier la façon dont les croyances et les comportements relevant de ce que l’on appelle au sens large l’irrationnel sont apparus dans l’espèce humaine. Ces traits, présents sans doute chez les animaux sous des formes plus primitives, sont commandés par des « câblages » cérébraux sous contrôle génétique et s’expriment par des comportements culturels d’une très grande richesse et en évolution permanente. Affirmer que l’irrationnel ne devrait pas être un objet de science serait une absurdité absolue.

Il est également indiscutable que le scientifique matérialiste athée puisse être accessible à des impératifs moraux, à des perceptions esthétiques, à des affects et à des attachements de type amoureux dont l’explication rationnelle immédiate ne lui apparaîtra pas, mais qu’il considérera comme inséparables du reste de sa personnalité. Il s'agit de traits contribuant tout autant que son esprit rationnel à la construction de son rôle en société. Ce même scientifique admet sans peine que la société (le groupe) puisse exprimer et ressentir de telles valeurs, mutualisées au niveau collectif.

On retrouve là une des conclusions de la sociobiologie moderne lorsqu’elle analyse le concept de la sélection de groupe(2). Des sociétés reconnaissant et encourageant les valeurs morales (dites aussi altruistes) peuvent se révéler plus compétitives que celles se référant à des valeurs « matérielles » (dites aussi égoïstes). Mais il n’existe pas de règles absolues en ce domaine. Les comportements altruistes ne sont pas définis par une Table de la Loi transcendante d'inspiration divine.

Aucun scientifique enfin n’affirmera que la science puisse prétendre tout comprendre et tout expliquer. Elle ne le peut pas aujourd’hui et rien ne permet d’affirmer qu’elle le pourra dans l’avenir, qu’il s‘agisse du cosmos, de la matière physique, de la vie, du cerveau et de la conscience. Aussi, confronté à ces limites de la science, c’est-à-dire à l’inconnu, l’individu, qu’il soit scientifique ou non, peut ressentir un grand respect, pouvant être teinté de peur selon les personnalités. Mais il serait très dangereux d’évoquer comme le suggère Kauffman un éventuel sens du sacré, voire d’utiliser le terme de Dieu pour désigner l’au-delà des connaissances. Le vieux terme de «métaphysique» devrait suffire.

En effet les concepts de « sacré » et de « Dieu » sont tellement connotés par des millénaires de croyances que le scientifique acceptant de faire appel à eux pour symboliser les domaines de son ignorance sera submergé par un retour d’irrationalités millénaires. Il les déchaînera sans même sans rendre compte. En particulier, comme les religions apportent des réponses immédiatement accessibles à la personne la plus fruste, il sera tenté d’abandonner le dur labeur de la recherche scientifique ou de la méditation philosophique pour rejoindre les rangs de ceux qui croient à l'inneffable de façon moutonnière et se rassurent en partageant leurs certitudes avec d’autres fidèles.

Dans la pratique, le scientifique matérialiste ne refusera pas de travailler main dans la main avec le spiritualiste quand ils auront l’occasion de se retrouver au sein de valeurs morales communes. Mais il n’attribuera pas la motivation morale qu’il l’anime à l’intervention d’on ne sait quelle transcendance. Il y verra une manifestation parmi d’autres de la complexité évolutive caractérisant les systèmes biologiques dotés d’un système nerveux central et de capacités langagières.

Notes
(1) Beyond Belief 2006 http://thesciencenetwork.org/BeyondBelief/
(2)Voir la référence aux travaux de David Sloan Wilson dans l’article de ce numéro consacré au concept de la sélection de groupe http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/85/groupselection.htm
(3) L’article de Stuart Kauffman http://www.ucalgary.ca/files/ibi/BeyondReductionism9.pdf
Aussi http://www.edge.org/3rd_culture/kauffman06/kauffman06_index.html
Aussi un article espagnol identifiant dans l’article de Stuart Kauffman le retour d’une sorte de spiritualité transcendante. http://www.tendencias21.net/Mas-
alla-del-reduccionismo-Stuart-Kauffman-reinventa-la-
sacralidad_a1893.html?preaction=nl&id=78348&idnl=28162&

(4) Sur Sam Harris et son ouvrage T"he End of Faith," voir http://en.wikipedia.org/wiki/The_End_of_Faith


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