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15 avril 2005
par Jean-Michel Valantin

Prolifération ou transferts de technologies. Les paradoxes stratégiques américains et européens

* Jean-Michel Valantin est docteur en études stratégiques et sociologie de la défense.

La question de la prolifération des armes de destruction massive est, aujourd’hui, une dimension essentielle du rapport au monde de l’appareil américain de sécurité nationale. Cette problématique est un moyen de perception de l’évolution du monde multipolaire par le système US, et une légitimation de ses grandes orientations stratégiques depuis quelques années. L’exemple actuellement le plus vivace est celui des relations avec l’Iran, caractérisées par une volonté américaine affichée de refuser à l’Iran la capacité de devenir un "proliférateur" nucléaire.

Or, la prolifération renvoie à des réalités complexes, et les réactions américaines permettent de décrypter la pensée de la puissance qui se développe à Washington, qui, en particulier, tend à dénier le droit à la souveraineté stratégique à la plupart des Etats du Tiers Monde. Mais cette démarche, fondée sur l’accumulation de moyens d’intervention coercitifs, de recours à la menace et de capacités de contrôle, déclenche des réactions adverses. Dans cette dialectique, l’Europe et ses grands Etats membres jouent un rôle de plus en plus actif, mais sans véritable stratégie, tandis que se développent d’autres risques "massifs", insuffisamment pensés par les stratèges de la contre-prolifération et de la sécurité stratégique, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis.

Les formes de la "prolifération"

Que signifie "proliférer"?

La question dite "de la prolifération" commence pendant la Guerre Froide, avec la signature de traités internationaux dont la finalité est d’empêcher la multiplication des arsenaux nucléaires en dehors du "Club des Cinq". Les deux traités sont le Non Proliferation Treaty (NPT), et le traité d’interdiction des essais nucléaires ( Comprehensive Nuclear Test Ban Treaty, "CNTBT"). Le NPT est signé en 1968, et 183 pays y ont adhéré, et autorisent des inspections de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, à l’exception d’Israël, de l’Inde et du Pakistan. En complément du NPT, en 1978, les Etats-Unis et l’Union Soviétique s’engagent à ne pas employer le nucléaire contre des Etats non nucléaires. En 1976 est signé l’accord international de contrôle des exportations de matériels et de capacités nucléaires, de manière à surveiller si un pays non-nucléaire tente de se livrer à des manoeuvres d’acquisition.

Avec la fin de l’Union Soviétique, les Etats-Unis multiplient les accords bilatéraux avec les Républiques issues de l’ex-bloc soviétique, de manière à financer le contrôle et le démantèlement des arsenaux ex-soviétiques. (C’est le programme de Cooperative Threat Reduction, "CTR"). Le CTR est adopté comme programme multilatéral par le G8 en 2002, qui s’entend sur un budget de 18 milliards de dollars (dont 10 milliards américains) dépensés sur 10 ans pour sécuriser ce qui reste des arsenaux de l’ex-URSS. Enfin, les accords START-1 et START-2 font descendre les arsenaux nucléaires américains et russes de leur niveaux de 1990 à l’objectif de 2000 têtes chacun en 2012 (Fitzgerald, 2000).

Mais cette juridicisation des relations internationales, aussi nécessaire soit-elle, ne rend pas compte de la réalité de l’ampleur du phénomène de la prolifération. Ce vocable désigne en fait la multiplication des armes de destruction massive, aussi bien nucléaires que bactériologiques et chimiques, et des programmes technologiques permettant de les transporter.

Après la Première Guerre Mondiale et l’emploi des gaz de combat, le concept d’arme de destruction massive s’impose, avant que le terme lui-même ne soit employé. La Seconde Guerre Mondiale voit, en Europe, le régime Nazi employer les gaz asphyxiants de manière industrielle contre la population juive et gitane européenne, tandis que l’Etat américain emploie (pour des raisons militaires, et non pas génocidaires) l’arme nucléaire contre le Japon pour accélérer la fin de la guerre. La Guerre Froide est le moment où les grands Etats industrialisés s’engagent dans la construction d’armes de destruction massive, dont une des dimensions secrètes est celle des armes bactériologiques.

La disparition de l’Union Soviétique entraîne la déréliction de ses arsenaux, au moment même où la signature des accords START entraîne le démantèlement des milliers de têtes nucléaires, qui se retrouvent accumulées sans grand contrôle, en raison de la décomposition des modalités étatiques de contrôle. Le début des années quatre-vingt-dix voit ainsi monter une inquiétude au sein des grands Etats, mais aussi des grandes organisations internationales, qui concerne la contrebande de ces matériels, tandis que les réseaux criminels s’affirment dans tout l’ancien bloc soviétique.

Parallèlement, les pays inscrits dans la catégorie "Tiers Monde" connaissent une révolution stratégique au milieu des années quatre-vingt-dix, avec l’émergence de la Corée du Nord, de l’Inde et du Pakistan comme détenteurs des technologies nucléaire et balistiques (Bracken, 1999). Ce processus d’acquisition de ces technologies par ces pays aussi anciens qu’importants impose de repenser le concept même de "prolifération".

Celui-ci véhicule un signifié, un implicite qui renvoie à un imaginaire non pas politique et juridique, mais sanitaire, médical, pathologique. Il implique une monopolisation "légitime" car "saine" par les Etats d’Europe de l’Ouest et des Etats-Unis des moyens de la guerre nucléaire. La formulation juridique implique une mécompréhension des acteurs internationaux entre eux. Un Etat qui refuse de respecter sa signature au TNP, ou qui refuse d’y adhérer, est soumis à une perception qui le "criminalise" et le diabolise. Il est important de conserver à l’esprit la divergence de perceptions entre les promoteurs du droit international durant les années soixante et soixante-dix que furent les Etats-Unis et l’Europe de l’Ouest, et les pays animés d’une volonté de développement qui perpétue la construction identitaire nationale issue de la lutte nationale pour la décolonisation. De la lutte pour l’indépendance nationale, ces pays passent à la politique et à la stratégie de développement économique, sociale et d’affirmation de leurs souverainetés nationales. Du point de vue américain, et des Européens du Conseil de Sécurité de l’ONU, cet effort techno-stratégique transnational est assimilé à une forme de délinquance et de "pathologie politique".

Or, afin de saisir les dynamiques de l’acquisition des technologies de destruction massive, est-il nécessaire de les réinscrire dans le contexte de la volonté de développement des continents asiatique et latino-américain. En effet, la "course aux armements" est avant tout un vecteur complexe et extrêmement puissant de développement scolaire, universitaire, scientifique, technologique, industriel, militaire. Cet accès aux modalités contemporaines de la puissance conditionne celui à la souveraineté étatique, comme c’est le cas depuis le XIX° siècle pour les grands pays industrialisés, dont l’accroissement permanent de la puissance leur a permis d’affirmer leur souveraineté, tout en l’imposant aux "souverainetés insuffisantes" d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine pendant près d’un siècle.

La fin de la Guerre Froide libère "officiellement" les aspirations asiatiques à la croissance et à la souveraineté. Cependant, les programmes nucléaires des pays concernés ont commencé très en amont de cette période. Le programme nucléaire chinois commence au début des années soixante, et les programmes pakistanais, indiens, et nord-coréens sont lancés dans le secret au milieu des années quatre-vingt, et indiquent à quel point le poids de la bipolarité a plutôt tendance à exacerber les volontés de souveraineté nationale qu’à les inhiber.

De plus, un programme nucléaire militaire n’a de sens qu’associé à un programme balistique. L’Asie commence alors au même moment à devenir le théâtre d’une "prolifération" des activités d’acquisition des technologies balistiques et spatiales. Comme pour le nucléaire, les technologies balistiques et spatiales sont diffusées depuis les pays possédants, comme l’URSS et la Chine, puis cultivées par les Etats acquéreurs (Blamont, 2004). Ces derniers se livrent à de nombreuses activités de développement en parallèle, d’entraide, et de compétition. Ainsi, le fameux physicien pakistanais Abdul Khan, "père" de la bombe nucléaire pakistanaise, dirige-t-il pendant de nombreuses années les réseaux plus ou moins secrets de transferts de technologies nucléaires et balistiques entre son pays, la Chine, la Corée du Nord et l’Iran, et, sans doute, une vingtaine d’autres (Cirincione, 2004).

Cet énorme effort est facilité par la décomposition du complexe militaro-industriel soviétique depuis la fin des années quatre-vingt, qui prolétarise en quelques mois des milliers de scientifiques de très hauts niveaux. En plus d’être privés de leurs infrastructures matérielles et d’être obligés de vivre en- dessous du seuil de pauvreté, ils sont aussi privés de l’idéal politique qui composait leur vision du futur et les aidait à conférer un sens à leur existence. Le passage au nihilisme nécessaire à la mercenarisation en est facilité. Ils constituent ainsi un marché de la compétence et de l’intelligence qui est investi par les Etats asiatiques lancés dans ces grands programmes.

Ces derniers fonctionnent grâce à la circulation des idées, des moyens, des hommes, qui sont engagés dans une double tache assez particulière, qui est d’assurer les moyens du développement national, tout en acceptant les règles dictées par les nécessités de la coopération internationale, malgré l’existence de tensions parfois anciennes. L’intérêt national se décline à la fois au niveau national, mais aussi au niveau de l’ensemble de l’Asie, de son extrémité occidentale à son extrémité orientale. Un bon exemple en est la coopération nucléaire entre la Chine et l’Iran depuis le début des années quatre-vingt. Avec la fin des transferts de technologie français consécutifs à l’avènement du régime des mollahs, la Chine a pris le relais, fournissant à l’Iran un réacteur expérimental. Les Iraniens peuvent ainsi apprendre à enrichir de l’uranium. A partir de 1995, les Etats-Unis sont parvenus à obtenir de la Chine qu’elle cesse son assistance à l’Iran dans la construction de deux nouvelles centrales, tandis que la RPC accepte de laisser l’AIEA contrôler ses échanges avec l’Iran. Cependant, cette collaboration concerne officiellement le domaine civil. La Chine et l’Iran travaillent aussi pendant un dizaine d’années sur les modalités de mise au point d’une tête nucléaire (Blamont, 2004).

L’intérêt politique et stratégique de cette coopération réside dans la destruction du monopole nucléaire du "Club des cinq", qui correspond superficiellement à l’organisation de la distribution internationale de la puissance, entre le "bloc occidental", le "bloc communiste", et le "Tiers Monde" (la Chine ayant été inscrite dans les deux dernières catégories). La tension des "vieux pays" asiatiques vers le renouvellement et le renforcement de leurs souverainetés nationales est polarisée autour de la mise au point des missiles nucléaires, qui sont les moyens et les symboles de la souveraineté imposés à la société internationale par les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale.

Course aux missiles, course à la puissance

L’arme nucléaire nécessite un véhicule capable de garantir la puissance qui lui est propre. Un Etat maîtrisant cette puissance est garanti de bénéficier de la reconnaissance et du respect de tous les autres Etats, en particulier de ses "pairs" nucléaires. Dans ce contexte, le missile est nécessaire pour que ce respect soit actualisé, en raison de l’impossibilité actuelle de s’en défendre. Le missile balistique rend possible le "bombardement pur", car il annule toute défense, et donc la dialectique "offensive/défensive" qui rend la guerre possible.

En Asie, la Russie initie la dynamique de la recherche en balistique, en donnant deux missiles de portée intermédiaire (IRBM) à la Chine en 1958, tout en prêtant des techniciens et ingénieurs. Les Chinois mettent ensuite au point le CSS-1, avec une portée de 1200 km, et le CSS-2, capable d’emporter une charge de 2 tonnes sur 2800 km. Ces missiles sont très imprécis, et n’ont d’autre fonction que d’emporter des charges de "destruction massive". L’Arabie Saoudite achète 36 CSS-2 en 1988, année de la fin de la guerre Iran-Irak, et du début du retournement du régime de Saddam Hussein contre ses créanciers arabes.

Afin de mener son programme missilaire en dehors des interventions américaines et onusiennes, la Chine coopère avec la Corée du Nord et avec le Pakistan. De plus, elle fournit de l’assistance technique aux programmes missilaires du Brésil, de l’Iran, de la Libye et du Pakistan. De plus, au début des années soixante-dix, les Soviétiques vendent énormément de missiles, en particulier les fusées à étages Scud, à leurs clients moyen-orientaux, dont l’Egypte, l’Irak, la Syrie. Ces stocks de Scud rendent possible la création d’un "marché arabe", qui intègre ensuite le Yémen, le Soudan, les Emirats Arabes Unis... Ce "marché arabe" est créé par le succès des missiles anti-char et anti-aérien soviétiques quand ils sont employés par l’armée égyptienne contre l’armée israélienne lors de la guerre du Kippour de 1973. (C’est d’ailleurs la contre-offensive par une manoeuvre de flanc des blindés du général Sharon contre les rampes de missiles, qui rend possible la contre-offensive israélienne.) A partir de l’essor des programmes missilaires et balistiques du milieu des années quatre-vingt, ce marché est le moyen d’échanges et d’améliorations technologiques.

Cette course aux armes de destruction massive "traditionnelles" est aussi une course au développement et à la puissance, c’est à dire au croisement de la capacité, de l’autorité et de l’influence. Les générateurs de cette dynamique transasiatique sont la Russie et la Chine, qui sont relayés par le Pakistan et la Corée du Nord, ainsi que par l’Iran. Cette dynamique renforce aussi les compétitions issues de l’histoire longue et de la Guerre Froide. Le Pakistan a besoin du soutien de la Chine, et l’Inde inclut depuis longtemps le développement nucléaire et balistique dans ses grands programmes d’indépendance technologiques, après avoir bénéficié de la collaboration avec l’Union Soviétique (aujourd’hui, ces liens sont revivifiés et renforcés par le gouvernement du Président Poutine, toujours autour des programmes missilaires).

Cette coopération technologique arc-boutée à des tensions géopolitiques et stratégiques produit des effets complexifiants sur la recomposition des rapports de force en Asie, et entre les nouveaux pays nucléaires et le reste du monde.

Vers une redéfinition de la souveraineté et des alliances

L’acquisition des technologies de destruction massive s’inscrit dans l’histoire d’Etats construits sur la longue durée de l’histoire humaine. Les Etats chinois, indien, iranien, coréen, existent depuis plusieurs millénaires, et définissent leurs territoires et leurs frontières, et les modalités de leur monopole de l’autorité et de la souveraineté depuis le même temps. Il en résulte la construction d’habitus collectifs profondément prégnants, qui soutiennent la conscience que ces peuples et ces Etats ont de leur identité, et de l’ancienneté de leur civilisation.

L’effort investi dans l’acquisition des technologies de développement et souveraineté mises au point en Europe et aux Etats-Unis exprime avant tout, qu’au-delà des disparités nationales et régionales, les Etats d’Asie occidentale et orientale se donnent progressivement les moyens d’obtenir une influence internationale analogue à celles des cinq grands, en raison de la dimension "d’égalisateur de puissance" du nucléaire. Leur influence vient contre-balancer d’autres influences dont ils ne reconnaissent plus la primauté.

Cette tendance lourde échappe aux catégories issues des appareils de pouvoir de la guerre froide: la catégorie de la "prolifération" concerne en fait plus les risques de diffusion des armes de destruction massive auprès des organisations non-étatiques, criminelles et clandestines.

Au-delà d’Al Qaïda

Entre 1990 et 2000, l’un des motifs d’inquiétude majeure des stratèges américains, des spécialistes onusiens, et de nombreux spécialistes de la criminalité internationale, était de voir les diverses mafias, nationales ou internationales, acheter, voler ou faire la contre-bande d’armements issus des arsenaux ex-soviétiques. Depuis les attentats du 11 septembre, cette problématique est mise de côté au profit de la condensation de la menace sur la "fédération" Al Qaïda, et ses multiples franchises.

Ainsi, toute une école de pensée américaine, largement dominée par les néo-conservateurs, voit, par exemple, dans l’ISI pakistanais une organisation criminelle prolifératrice, risquant de donner l‘arme nucléaire à Al Qaïda. Or, cette question est d’une grande complexité. S’il est fort possible qu’une entité comme Al Qaïda, ou d’autres, soit tentée par ce genre d’armement, et qu’il existe des coopérations entre elle et l’ISI, la position de ce dernier dépend de son articulation à l’Etat pakistanais.

C’est grâce à son "Joint Intelligence Miscellaneous", la "Coordination du Renseignement Divers" (Raggi, 2003)), qui agit essentiellement en Europe et aux Etats-Unis, que l’ISI permet au complexe militaro-industriel pakistanais d’acquérir l’expertise scientifique et technologique à ses programmes nucléaire et balistique. De plus, la "Joint Intellignce North", la "Coordination du Renseignement Nord", coordonne à la fois la guerre au Cachemire, le soutien aux Talibans, et même les relations avec les nombreuses grandes organisations islamistes armées clandestines comme l’Al Qaïda d’Oussama Ben Laden, mais aussi le Harkat el Mujaheed, et de nombreuses autres. Ces diverses activités, extrêmement coûteuses, dont certaines ont connu leur essor lors de la guérilla contre les Soviétiques en Afghanistan, impliquent une large prise de contrôle de la production d’opium et du trafic d’armes et de drogue entre l’Afghanistan, et les réseaux de transport et de distribution du Turkémistan et de Turquie.

Pourtant, ces nombreuses formes d’interaction et de coopération organique entre l’ISI et les réseaux terroristes, dont la présence en Afghanistan ont littéralement déclenché l’assaut américain de 2001, n’enlèvent rien au fait que la politique de l’ISI est une politique de contrôle des différents objets qu’elle identifie comme utiles. La puissance de l’ISI et sa vocation sont inscrites dans les structures de pouvoir de la nation pakistanaise. Elle recherche à affirmer et à pérenniser la primauté de son autorité. Ce comportement est incompatible avec un éventuel projet de diffusion des technologies non conventionnelles auprès des réseaux qu’elle instrumentalise avec plus ou moins de bonheur. Au contraire, l’ISI, comme tout service secret, est attentif à orienter, dans la mesure du possible, l’évolution des organisations criminelles qu’elle promeut pour ses propres stratégies. Or, laisser ces dernières acquérir des moyens de destruction massive reviendrait à leur donner les moyens de s’autonomiser.

De plus, si les armes de destruction massive sont une tentation pour les organisations criminelles et terroristes, leur acquisition n’a rien d’évident, du fait même du contrôle international exercé par les Etats. Ainsi, la "Nuclear Threat Initiative", énorme Think Tank washingtonien créé par le sénateur Sam Nunn, déploie d’énormes fonds publics et privés aussi bien pour animer les accords d’ "arms control" russo-américain, que pour enquêter sur les trafics de matière fissile. Il parvient, entre autres, à organiser en toute discrétion une prise au Cambodge en mars 2003. Aussi, les mafias diverses, à dimension criminelle ou idéologique, sont aussi enclines à préférer la simplicité d’attentats qui peuvent avoir des effets massifs, sans avoir à s’encombrer d’une logistique lourde. Ainsi, l’immense panne d’électricité qui affecte le nord des Etats-Unis et le Canada en juillet 2003, déclenchée par la vétusté et l’insuffisance de l’industrie de l’énergie américaine, renvoie aux scénarios américains de "terrorisme systémique" touchant les stations électriques, qui seraient beaucoup plus simples à mettre en place que de faire entrer une bombe "sale" en contrebande.

Enfin, la construction, la maintenance, le transport, le dépôt d’arme nucléaires, chimiques ou bactériologiques est à la portée financière de ces organisations, par contre, leur emploi risquerait, lui, d’être réellement contre-productif, du fait de la réaction des Etats concernés. (Néanmoins, ce raisonnement ne tient que tant que les réseaux sont intéressés par l’idéologie ou la prédation. Mais il est à craindre que certains secteurs des réseaux ne basculent dans le nihilisme, du fait du recrutement de personnels issus des zones d’horreur contemporaines que sont la Tchétchénie, les jeunes ayant grandi en Bosnie, le nord du Nigéria, les bidonvilles des grandes villes arabes et d’Asie orientale, et autres... (Sofsky, 2002) Ces nouveaux personnels du terrorisme risquent d’être tentés par les potentiels propres à la destruction massive. )

En attendant, le récent rapport du Centre Malais d’Etudes Stratégiques met en évidence que la guerre contre le terrorisme est en train d’être gagnée par les réseaux terroristes, dans la mesure où la crainte qu’ils inspirent, en particulier au niveau des ADM, est le résultat qu’elles cherchent à atteindre. La stratégie américaine de "guerre contre le terrorisme" ne fait qu’alimenter la production de menace et de terreur par les sociétés et les Etats concernés, qui se mettent au service de la stratégie de terreur, lancée pourtant par seulement quelques milliers de personnes qui ne représentent en rien les milliards d’humains mis en cause par leurs actions. S’il y a prolifération, c’est celle des craintes inspirées par l’idée de prolifération, car elle inhibe la réflexion que doit inspirer la puissance des Etats et des intérêts réels des réseaux terroristes et criminels.

Stratégie US, prolifération et relativité de la puissance américaine

L’acquisition des technologies nucléaires, spatiales et balistiques de souveraineté par les pays asiatiques est déterminée à la fois par les volontés nationales, et par une réaction aux stratégies des grandes puissances du Nord, en particulier les Etats-Unis. Réciproquement, cette dynamique est perçue comme une menace par l’appareil américain de sécurité nationale US, qui y voit une forme de menace. Il s’ensuit une circularité des perceptions stratégiques: la crainte américaine de la prolifération induit de la production de stratégie de contre-prolifération, qui renforce les processus de souveraineté des Etats asiatiques.

La montée en puissance de ces derniers alimente la réflexion stratégique américaine depuis la fin de la guerre froide. La crainte de l’URSS, qui sous-tendait le dispositif de dissuasion nucléaire, laisse la place un éclatement de la perception de la menace.

Solution technologique et conservatisme politique

Depuis la fin des années quatre-vingt-dix, la question de la prolifération divise le champ américain de la sécurité nationale. En 1997, la CIA publie un rapport selon lequel le développement des technologies balistiques par les grands Etats du Tiers Monde ne poserait pas de problème stratégique avant au moins une quinzaine d’années. En réaction, une commission sénatoriale présidée par Donald Rumsfeld publie, en 1998, un contre-rapport sur l’immédiateté de cette menace, et sur la nécessité de multiplier les investissements concernant la recherche/développement en National Missile Defense. Dans le même mouvement, la "Rumsfeld Commission" se livre à un tel lobbying que la CIA est forcée de revenir sur ses propres conclusions.

Ces débats ouvrent le débat stratégique américain à la problématique de la "prolifération/contre-prolifération", indissociable de la montée en puissance de la question du renouvellement de l’architecture de sécurité nationale, de la refonte de la dissuasion nucléaire, du bouclier anti-missile, et de la promotion du "space power". En effet, la problématique générale autour de la réorganisation du système stratégique américain est de pouvoir surveiller et contrôler l’accès aux technologies stratégiques, ainsi que leur usage éventuel contre les Etats-Unis (Valantin, 2002).

Dans cette perspective, la promotion de la NMD est présentée par les politiciens, les stratèges et les militaires conservateurs et néo-conservateurs comme la solution à la "prolifération". Mais cette réflexion ne prend pas en compte l’infaisabilité technologique du dispositif, mais se fonde sur l’idéologie scientiste qui veut que la science et sa traduction technologique permettent, à terme, de réaliser tout projet, et de présenter des solutions aux problèmes politiques.

Cette tendance "contre-proliférante" est devenue tellement centrale dans la stratégie américaine depuis quatre ans, même si elle est très ancienne, qu’elle inspire la doctrine de sécurité nationale, au point de justifier l’idée de frappes "pré emptives" (et non pas "préventives"). Le document officiel qui détermine les grandes orientations sécuritaires et de défense est pénétré de l’idée que, quel que part dans le monde, se prépare en permanence l’emploi de ces technologies contre les Etats-Unis. D’où la création, après le 11 septembre, du "Northern Command", dédié à la défense territoriale, installé dans les locaux du Space Command, en particulier contre les risques de contrebande d’ADM, et la fusion du Space Command et du Strategic Command, en charge de la stratégie nucléaire.

Ce dernier mouvement a pour origine la volonté d’équiper les Etats-Unis d’un système de "préemption", de dissuasion et de représailles plus ou moins massives, à la fois nucléaires, conventionnelles et cyberspatiales. Ainsi, désormais, le plan de ciblage nucléaire est-il "flottant", car dédié à une réorientation permanente des trajectoires, en fonction de l’indétermination de la menace, dans un monde "proliférant".

Cependant, cette démarche engage l’Etat américain de sécurité nationale dans les logiques de prolifération qu’il dénonce, car on assiste à un essor de la recherche dans le domaine nucléaire, en particulier des "mini bombes", mais aussi dans la course à la puissance explosive "conventionnelle" (avec notamment la "mère de toutes les bombes", testée en 2003, aussi puissante que celle d’Hiroshima), dans la course aux nouveaux vecteurs exo-atmosphériques, et aux armements cyberspatiaux.

Politiquement, cette tendance traduit le conservatisme profond de la philosophie politique au pouvoir depuis 2000, car ses tenants cherchent à se donner les moyens de "forcer" le monde à ne pas évoluer de manière à conserver aux Etats-Unis leur statut d’unique superpuissance sur terre. Or, les nouveaux centres de pouvoir, ainsi que les anciens, s’adaptent à cette philosophie, en la refusant et en se donnant les moyens de la refuser. On en prendra comme exemple les déclarations de Vladimir Poutine, saluant la nouvelle génération de missiles russes capables de déjouer toute espèce de "bouclier", et aussi son autre déclaration depuis New Dehli, dénonçant la "politique étrangère dictatoriale des Etats-Unis", tandis que son gouvernement et le gouvernement indien négocient des accords de coopération pour le développement de nouvelles technologies balistiques.

Cette logique conservatrice américaine articulée à une "foi" en la force et en sa croissance, au nom de la "contre-prolifération", va à l’encontre de tout le travail de prévention et de "non-prolifération" auquel se livre toute l’aile "libérale" du même appareil de sécurité nationale. En effet, la fin de la guerre froide entraîne une reconversion de pans entiers du secteur des think tanks, des universités, des ministères, des académies militaires, du Congrès, des agences de renseignement, vers la réflexion et les activités concernant la prévention de tous les types de crise et de conflit. Il s’ensuit l’apparition d’une véritable "industrie" de la prévention, extrêmement active, dans laquelle s’investit largement l’ "establishment" de la côte Est, depuis longtemps rompu au multilatéralisme, ainsi qu’à une certaine "europhilie" (Philipps, 1999), dont le nouveau paradigme dominant devient celui de la prévention de conflits et de crises, définis comme "la nouvelle menace pour la sécurité nationale américaine ."

Cette restructuration de nombreuses institutions du débat stratégique américain en fonction des déclinaisons de la menace "proliférante" s'opère en fonction de modalités quasi-industrielles, qui tiennent au fait que la recherche américaine en stratégie est véritable tissu industriel, dont la production est aussi bien d'ordre intellectuel que matériel; cette industrie d'un genre très particulier va s'adapter en tentant de répondre à ce qui lui paraît être un nouveau marché, en produisant, de façon d'abord assez éclatée et non régulée, de la pensée concernant la prévention de conflits non-nucléaires, et la prolifération, dont la masse est en inflation constante à partir de la fin de la guerre du Golfe

Le paradigme de la prévention est ainsi l'objet de processus d'appropriation de nature industrielle; ils correspondent à la demande venue des institutions politiques américaines manquant d' outils intellectuels pour appréhender le monde ouvert par la fin de la bipolarité. L'éclatement, mais aussi la densité de la demande explique le caractère morcelé en même temps que la profusion de recherche sur ces thèmes. La demande provient à la fois des différentes commissions sénatoriales, toujours très puissantes, impliquées dans les activités de politique étrangère, de sécurité nationale et de renseignement, des militaires, qui cherchent à anticiper ce que sera leur rôle et le fonction dans l'après-guerre froide, les universités qui forment les futurs diplomates et responsables politiques et stratégiques, les grandes agence de renseignement, le Conseil National de Sécurité de la Présidence, le State Department, ainsi que les grandes fondations privées.

L'idée de prévention s'impose largement non pas en tant que concept unifié, mais en tant que paradigme décliné dans un certain nombre de thématiques dont les plus importantes sont la "crisis prevention", le "peacekeeping", la "preventive diplomacy", les projets de non-prolifération des armes de destruction massive, la prévention des conflits mortels à grande échelle, l'anticipation et la prévention des crises environnementales, et le corollaire qu'est l'action sur l'environnement pour déjouer les crises potentielles. Cette "prolifération" découlant de l'hégémonie du paradigme préventif est aussi l'occasion de revivifier les modalité traditionnelles de prévention que sont l'arms control, la dissuasion et le multilatéralisme lié à la coopération avec les organisations internationales et avec les Organisations Non Gouvernementales.

De plus, l'accent est mis sur l'approfondissement du concept de "peace process", dont la signification connaît un élargissement, à mesure que les chercheurs américains pensent à sortir la prévention de conflits de la sphère purement étatique, pour y impliquer des secteurs sociaux de plus en plus nombreux et diversifiés.

Ces différentes modalités ont comme objectif commun de parvenir à créer des réseaux multilatéraux de "mise en confiance mutuelle" ("trust building"), de manière à ralentir, voire à stopper les tendances étatiques à l’acquisition de technologie de destruction massive, mais aussi à agir sur les problèmes de développement, afin d’éviter l’apparition des conditions qui facilitent le recrutement de "terroristes de la catastrophe".

Or, la philosophie et les actions de "non prolifération", qui tentent d’adapter le système américain à l’évolution mondiale, tout en augmentant son influence indirecte, sont plus que malmenées par les effets contre-productifs de la stratégie américaine officielle depuis quatre ans. La stratégie de "contre-prolifération" accentue la détermination des Etats asiatiques à devenir des super-puissances militaires souveraines, et celle des réseaux anti-américains à être toujours plus violents, ce qui entraîne une défiance toujours plus grande contre les Américains dans le Tiers Monde, et rend très difficile les travaux qui tentent de promouvoir la "non prolifération".

Montée en puissance du monde multipolaire

La volonté américaine de maintenir le monde dans un état unipolaire ne fait qu’accélérer l’émergence de la multipolarité, qui, de fait, relativise la puissance américaine. De plus, le refus de reconnaître cette tendance en la qualifiant de "prolifération" gène la nécessaire adaptation politique que cela implique. Par contre, l’Europe acquiert une capacité de médiation entre la politique conservatrice américaine, et les acteurs du monde multipolaire, dont les contacts directs sont de plus en plus générateurs de conflit.

Le problème posé par l’apparition de capacités nucléaires et balistiques dans de nombreux pays, et la course américaine à la suprématie militaire réside dans l’approfondissement des potentiels de conflictualité. La France et l’Union Européenne commencent, depuis 2003, à proposer des alternatives à ces processus dangereux, où la "contre-prolifération" cherche à "frapper préemptivement" la "prolifération".

Cette attitude binaire est refusée par la France et une part importante de la vie politique européenne, tant au niveau des Etats que des opinions publiques. Entre novembre et février 2004, la France propose de renforcer le rôle de contrôle de l’ONU sur l’éventuel programme du régime Baas irakien d’armes de destruction massive, en s’appuyant sur la loi internationale, comme seule garante de l’équilibre, de la paix et de la sécurité internationale. En novembre 2004, la diplomatie européenne, à l’initiative de la France et de l’Allemagne, entre en négociation avec l’Iran afin de négocier avec le régime de Téhéran un "gel" de la militarisation de son programme nucléaire.

L’initiative européenne à l’égard de l’Iran a une portée stratégique fondamentale en ce début de vingt-et-unième siècle. En effet, la politique iranienne de développement nucléaire civil amène l’AIEA et Washington à craindre que le régime des mollahs ne bénéficie d’armes nucléaires dans les trois à cinq ans. Fidèle à sa philosophie contre-prolifératrice, le gouvernement du Président George Bush jr a déjà entamé des opérations clandestines de ciblage des installations nucléaires sensibles. Il est pourtant permis de se demander pourquoi l’Etat iranien serait, à terme, moins sensible que les autres aux logiques de la dissuasion. (D’autant que la Perse est la civilisation qui a inventé le jeu d’échecs...) Or, une attaque américaine, sans doute sous forme aérienne, aurait des conséquences stratégiques majeures, en poussant le régime à réagir de façon asymétrique, et en déclenchant une flambée de nationalisme qui serait fatale à l’opposition démocratique. Face à ce risque, les initiatives diplomatiques européennes proposent un modèle de coopération internationale, qui permettrait de "reciviliser" les relations internationales entre le Moyen-Orient, l’Europe et les Etats-Unis, en rejetant les facteurs belligènes qui bénéficient de la hausse de la tolérance à la violence chez les acteurs internationaux.

Cette initiative amène les Iraniens à réagir de façon relativement positive, tout en gênant considérablement la politique néo-conservative US qui cherche à définir les raisons d’un assaut contre les ressources nucléaires iraniennes. Ainsi faisant, le potentiel de conflictualité est l’objet d’une régulation importante. On peut en conclure que la question de la "prolifération", dans le cas des Etats, peut être l’objet d’une coopération internationale, dont l’objet fondamental serait de rassurer les différents acteurs nucléaires du système international, tout en accédant aux légitimes aspirations à la souveraineté, à l’énergie, à la puissance et à la sécurité de chacun. Mais cela implique que la médiation ne soit pas rejetée par l’un des acteurs, surtout s’il est puissant.

L’autre terrorisme catastrophique

Cette focalisation sur les questions de diffusion du nucléaire soulève donc la question de la redistribution internationale de la puissance au XXI° siècle, et de la relativisation de la puissance américaine. Il faut cependant noter le remarquable silence autour du risque de terrorisme chimique. Alors que le nucléaire et le biologique exigent d’importantes infrastructures et ressources intellectuelles, qui en gênent largement l’emploi, d’autant que le biologique est très aléatoire dans ses effets et son efficacité, le chimique est d’une toute autre nature.

Si une prolifération des armes chimiques n’est pas particulièrement à craindre, en dehors d’un contexte de guerre inter étatique "classique", une prolifération d’attentats chimique est, elle, envisageable. En effet, la production de moyens terroristes chimiques peut tenir dans un appartement, comme c’était le cas de la cellule de la "filière tchétchène" à Lyon en 2003. Il suffit d’une boite de conserve pour produire de la toxine botulique, ou de quelques explosifs pour faire sauter des installations chimiques, comme celles du "couloir de la chimie" rhodanien, ou de l’usine AZF de Toulouse. Or, l’efficacité de telles attaques résiderait à la fois dans le nombre important de morts, mais aussi dans la surmédiatisation de cette catastrophe, qui plaquerait sur le spectacle du quotidien urbain les images et la mémoire collective des morts dues aux gaz dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, dans les usines de mort de la Seconde Guerre mondiale et de la répression des Kurdes par le régime Baas. Cette forme d’attentat ne pourrait que faire école, contrairement à des attentats assez "sophistiqués" comme ceux du 11 septembre.

Une autre menace de prolifération, reposant sur de faibles moyens, est le cyberterrorisme. La sophistication et l’efficacité croissante des "hackers", et le développement des outils pour la "cyberwar" correspondent parfaitement aux besoins terroristes. Or, comme l’ont démontré les attentats du 11 septembre, des "accidents détournés" sont un moyen simple et peu coûteux de commettre d’énormes dégâts. Le "hacking terroriste" peut déclencher d’autres "accidents détournés", voire s’en prendre à des infrastructures électroniques stratégiques.

La prolifération à craindre n’est donc pas celle des technologies, mais celle de la prise de conscience par les réseaux terroristes à tendance nihiliste, comme ceux d’Abou Moussab el Zarkaoui, ou comme d’autre d’obédience européenne et extrémiste, de la vulnérabilité des sociétés industrialisées complexes, dont la densité du secteur industriel et énergétique fournit autant de cibles faciles.

Possibilités

Comprendre les dynamiques de la prolifération correspond au fait d’appréhender l’émergence du monde multipolaire. Il en résulte des considérations extrêmement pratiques, sur la nécessité de construire non plus un "équilibre de la terreur", cette fois multipolarisé, mais un équilibre de la confiance, par une mise au point de nouvelles modalités de la sécurité internationale. La France est consciente de ce phénomène, et le traduit par la proposition d’ouvrir le Conseil de Sécurité de l’ONU à l’Inde, et à un grand pays latino-américain et africain. De plus, la France bénéficie d’une longue expertise de la sécurité intérieure et extérieure, afin de prévenir les tentatives terroristes.

Mais surtout, les différentes formes de coopération et de médiation proposées par la France et l’Europe peuvent être développées, afin que l’Union Européenne devienne un véritable pôle de prévention des crises et des conflits, tout en aidant à la lutte contre le sous-développement, matrice de la violence terroriste. Enfin, les opérations militaires contemporaines ne peuvent avoir lieu sans une pensée politique, qui les inscrive dans une logique générale de développement et de maîtrise de la violence. Cette diminution possible de la conflictualité porte en elle les possibilités d’une "pacification" des grands programmes nucléaires et balistiques asiatiques, mais aussi, à terme, américain. La lutte contre la prolifération est avant tout une lutte pour la paix globale.


© Automates Intelligents 2005

 





 

 

 

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