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21 novembre 2004
par Jean-Paul Baquiast

L'Europe prise de vitesse par l'Inde dans la lutte contre la Babélisation

Un des plus grands problèmes auquel se heurte la construction de l'Union européenne est la nécessité de faire converser ensemble les populations des 25 Etats-membres. Ceci n'apparaît pas encore dans la vie quotidienne, parce que les besoins d'échanges en temps réel ne sont pas très étendus. Certaines langues pivots, en priorité l'Anglais, permettent d'assurer le minimum de compréhension nécessité par les transactions commerciales ou scientifiques. Mais, comme on le sait, les institutions communautaires se heurtent déjà à des difficultés logistiques considérables, quand il s'agit de produire en temps utile les documents de travail nécessaires à chacun des représentants des pays concernés.

Lucas Von Volckenborg, Tour de Babel,© musée du LouvreCes difficultés pourtant ne sont rien face à celles qui se présenteront quand les réseaux de communication ouverts au grand public se généraliseront. On pense déjà aux échanges par Internet, mais il faut aussi et surtout penser à la communication vocale et écrite (SMS) transitant par les téléphones mobiles de plus en plus sophistiqués qui seront bientôt utilisés couramment par une très grande majorité des populations. Ces réseaux vont-ils se segmenter en communautés linguistiques incapables d'inter-communiquer, ce qui illustrera concrètement l'image détestable de la tour de Babel ? Mais alors cela condamnera sans doute définitivement l'établissement d'une conscience européenne commune, laquelle est pourtant indispensable à ce dont rêvent tous les stratèges de la construction européenne : une Europe véritablement souveraine, aux plans politiques, culturels et surtout technologique et scientifique.

Il est évident qu'il n'y aura pas de véritable Europe tant que chacun des quelques 450 millions de citoyens de chacun des pays ne pourra pas s'il le désire communiquer librement avec l'un quelconque de tous les autres, sans avoir à résoudre la moindre difficulté technologique ou linguistique. Mais pour cela, il n'y a pas de miracle à espérer des solutions traditionnelles, consistant à apprendre des langues étrangères ou faire appel à des traducteurs. Seule l'Intelligence Artificielle (IA) la plus évoluée sera capable d'offrir des solutions économiques et efficaces. Nous parlons d'IA évoluée car on sait que depuis bientôt 40 ans la linguistique informatique de la vielle école n'a pas réussi à résoudre les multiples problèmes qu'impose la traduction dès que l'on veut échapper au monde étroit des formulaires techniques ou commerciaux.

La question a précisément été évoquée lors de la première réunion du Comité Scientifique du futur Congrès espagnol sur la souveraineté technologique européenne (voir http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/59/colmadrid.htm) par Jesús Cardeñosa (http://www.vai.dia.fi.upm.es/es/cv/jesus_cv.htm) professeur d'Ingénierie des Connaissances et d'Intelligence Artificielle à l'Université polytechnique de Madrid. Il a souligné que la principale barrière à l'implantation d'une conscience technologique et scientifique européenne commune se trouve dans les barrières linguistiques. Or la technologie, convenablement encouragée, peut apporter (sans obliger à utiliser systématiquement l'Anglais) des solutions permettant de faire diffuser très vite la mentalité technologique à travers l'Europe, en dépit de la coexistence des différentes langues nationales.

On pourrait donc penser que l'Europe aurait mis tous les moyens scientifiques dont elle dispose à résoudre ce problème. Cela n'a pas encore été le cas, sans doute parce que manque encore une réflexion en profondeur sur les besoins de la recherche fondamentale en Europe. Si le futur Conseil Européen pour la Recherche Scientifique (European Research Council) dont on parle actuellement existait, il aurait peut-être pu aborder cette question. Mais il n'existe pas.

La solution viendra sans doute de l'Inde

C'est donc d'Inde que viendra sans doute la solution. On sait que les hindous sont de grands experts en logiciels et ingénierie de la connaissance. Le Telegraph de Calcutta (http://www.telegraphindia.com/1041115/asp/business/story_4005400.asp) nous apprend que bientôt, au moins dans le sous-continent indien, les utilisateurs de téléphones mobiles pourront parler entre eux – et se faire comprendre - dans leur langue maternelle. Or celles-ci sont encore plus nombreuses en Inde qu'en Europe. Il y a sans doute un peu d'exagération bien compréhensible dans cette affirmation. Mais nous pouvons en retenir les grandes lignes.

La technologie adéquate, au moins sous une forme expérimentale, est à l'étude au sein du Centre for Development of Advance Computing (C-DAC). Elle devrait être disponible commercialement d'ici trois ans. Notons que le C-DAC est aussi un des partenaires (avec IBM et ITT) du projet asiatique de développement des logiciels libres. Les deux questions se tiennent. On conçoit bien que si une firme comme Microsoft développait pour son compte des logiciels propriétaires de traduction, elle se donnerait sur les cultures du monde une emprise encore plus insupportable que celle dont elle dispose actuellement. La miniaturisation des composants des téléphones portables permettra bientôt à ceux-ci d'embarquer des logiciels d'IA très sophistiqués, notamment dans le domaine du traitement de l'image, du son et surtout du sens des messages. Le marché potentiel est considérable et la logique de l'Open Source s'impose. C'est du moins ce que pensent les promoteurs asiatiques de ce qui a été nommé le Joint Open Source Project. La même idée, malheureusement, n'a pas germé dans les cerveaux des stratèges européens, sans doute plus occupés à dérouler le tapis rouge devant Bill Gates qu'à penser par eux-mêmes.

On sait qu'après avoir travaillé pour le compte d'un grand nombre d'entreprises américaines et européennes pour résoudre le problème du passage à l'An 2000, l'Inde a acquis une précieuse expérience dans la communication d'ordinateurs à ordinateurs. Elle va l'utiliser dans ce projet de traduction. Nous renverrons le lecteur à l'article du Telegraph of India pour la description du procédé à l'étude. Disons qu'un mot parlé en bengali ou dans tout autre langage local sera transformé en signaux audio, qui seront ensuite numérisés et analysés afin d'extraire les caractéristiques importantes du mot parlé. Celles-ci seront ensuite analysées par des programmes d'IA afin de déchiffrer le contenu sémantique (probable) du mot et de le traduire dans un autre langage, par exemple le tamil. Il s'agit d'une technique de traduction dite langage vers texte (speech-to-text translation). Elle suppose la connaissance linguistique des structures des deux langages au plan syntaxique et sémantique, ainsi que des dictionnaires et des bases de données aussi complets que possible. Après traduction, la démarche inverse sera entreprise, c'est-à-dire que le texte sera converti en langage parlé, autrement dit en signaux audio (text-to-speech conversion) .

L'objectif, nous l'avons dit, est qu'à terme ce travail puisse être exécuté dans le mobile lui-même, sans avoir à passer par l'intermédiaire de serveurs, au moins quand il s'agira de phrases relativement simples. Les serveurs et leurs bases de données serviront en arrière-plan, pour la synthèse et la mise à jour des connaissances embarquées (concatanative synthesis).

Les temps de réponse seront initialement assez longs (1 ou 2 secondes) mais cela sera peu si on compare le résultat obtenu à ce que représente le mur d'incompréhension qui s'établit entre deux personnes de bonne volonté incapables de comprendre leur langues respectives. L'avenir commercial s'annonce brillant pour ces technologies. Un expert de la traduction automatique comme Shyam S. Agrawal estime qu'à terme chacun voudra avoir sur lui un synthétiseur vocal et un système de reconnaissance vocal associé à des facilités de traduction. Le monde des réseaux ne sera plus concevable sans ces outils. En 2010, le système devrait avoir atteint une maturité suffisante, généralisant le cross language information retrieval (CLIR) puis le speech-enabled retrieval of information, lesquels permettront notamment de donner à tous les citoyens de l'Inde l'accès aux informations existant sur l'Internet.

Les pessimistes diront que tous ces projets font en grande partie montre d'un optimisme mal fondé, non dénué sans doute de la volonté d'impressionner les concurrents. Peut-être. Mais peut-être pas. S'ils aboutissent et si les Européens se laissent prendre de vitesse, qu'ils se rassurent cependant. Ils pourront toujours se rendre dans les Centres culturels des ambassades de chacun des Etats-membres pour essayer de comprendre la civilisation de leurs voisins.


Pour en savoir plus

C-DAC http://www.cdacindia.com/
Le projet est développé conjointement avec des représentants de l'Indian Institute of Technology (IIT) http://www.iitd.ernet.in/ et l'Indian Institute of Information Technology (IIIT) http://www.iiitb.ac.in/. Une coopération avec le Japon et peut-être aussi l'Allemagne serait envisagée. Il semble également que des développements communs avec l'Université polytechnique de Madrid soit engagés.


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