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21 mars 2004
par Jean-Paul Baquiast

Scénario rose et scénario noir
pour le monde global

LPlutôt que prédire ce qui va se passer dans les prochaines années, avec toutes les chances de se tromper, on peut envisager un certain nombre de scénarios-types, eux-mêmes projetés dans un futur à 30 ans, voire à 10 ans. L'avenir sera fait sans doute d'un mélange de ces diverses possibilités, ou de quelque chose de radicalement différent. Examinons ici deux scénarios à 30 ans intéressant le monde global

Un scénario rose : les nouvelles sciences au service d'un monde meilleur

Ce scénario repose sur l'hypothèse que le développement, beaucoup plus rapide que généralement prévu, des sciences et des technologies, permettra de résoudre en douceur, sur une période de trente ans, les principaux risques menaçant l'humanité et la vie sur terre. C'est l'idée défendue par des futurologues américains comme Ray Kurzweil (situés généralement politiquement à gauche aux Etats-Unis), pour qui on noircit, par conservatisme, les perspectives du progrès technoscientifique. En refusant, disent ces experts, de prendre en compte l'accélération exponentielle des sciences émergentes et convergentes, on s'enferme dans des impasses au lieu de viser à sortir "par le haut" des difficultés actuelles.

L'exemple typique proposé est celui de l'énergie : l'énergie de fusion, combinée à une informatique et une robotique industrielles très puissantes, fournira une énergie nucléaire bien plus propre et moins dangereuse que l'actuelle. De très nombreuses autres technologies permettront d'exploiter le solaire et le biologique avec de très bons rendements. Ainsi, le principal fossé qui sépare le tiers-monde du monde développé, celui de l'énergie, pourra être comblé.

Encore faudrait-il que les gouvernements des pays développés s'en rendent compte, acceptent de jouer pleinement un rôle dans la mise au point de ces nouvelles solutions et finalement assurent leur transfert, à titre pratiquement gratuit, vers les pays du tiers-monde.

Encore faudrait-il aussi que le ressort principal de l'évolution sociale, qui semble être la compétition plus ou moins violente entre super-organismes sociaux, fasse place à une volonté quasi irénique de s'entendre pour se sauver ensemble. Sauf pour faire face à une menace planétaire, on ne voit pas clairement comment l'entente universelle pour exploiter les ressources des nouvelles sciences pourrait s'établir. Mais cela ne doit pas empêcher les convaincus de militer en ce sens.

L'énergie constitue certainement un des points-clefs des programmes politiques visant à concrétiser ce scénario rose. Mais il y en a d'autres. Citons les technologies agricoles pour une agriculture "durable", respectueuse de l'environnement, celles intéressant la gestion de l'eau et plus généralement la dépollution de l'air et l'eau, les industries pharmaceutiques s'attaquant aux grandes pandémies mondiales, les méthodes d'éducation et de formation utilisant les nouvelles technologies de la communication, etc.

Pratiquement toutes les sciences et techniques sont potentiellement capables de contribuer à construire un monde meilleur. Encore faut-il que ceux qui en ont actuellement la maîtrise acceptent de le vouloir. Une énorme prise de conscience politique sera nécessaire.

Un scénario noir : le clivage entre trois humanités : les post-humains, les humains et les non-humains

Ce scénario est l'inverse du précédent. On pourrait être tenté de dire qu'il apparaît bien plus probable que le scénario optimiste. Dans cette perspective, les détenteurs actuels des outils de la puissance scientifique et technologique ne feront aucun effort pour en faire bénéficier le reste du monde, considéré à priori comme dangereux. C'est indéniablement le réflexe actuel de l'hyper-puissance technologique américaine, aux mains des néo-conservateurs qui la dirigent actuellement. Mais on peut craindre que, même si le régime politique américain évoluait dans un sens plus libéral, les réactions fondamentales de l'Empire restent les mêmes. Le système complexe auto-adaptatif présenté par le schéma de Jean-Claude Empereur, dans ce même numéro, est capable de fonctionner seul, sans attendre d'impulsions directrices de la tête (voir Tableau).

En contre-coup, les inévitables réactions des pays dominés prendront sans doute de plus en plus la forme d'un recours à l'arme des faibles, qui est le sabotage et le terrorisme. Ceci ne fera évidemment que renforcer la conviction des dominants qu'ils portent seuls les espoirs de survie de l'humanité et qu'ils doivent utiliser toutes les ressources de la science et de la connaissance pour conserver une avance de plusieurs années sur leurs rivaux et défendre cette avance par tous moyens civils et militaires.

Sur 30 ans, les développements d'un tel scénario pourraient aboutir à l'éclatement de l'espèce humaine en trois genres (à supposer que l'espèce demeure génétiquement une). On aura les post-humains, ceux qui bénéficieront de toutes les possibilités d' "augmentation" des capacités du corps et du cerveau permises par les nouvelles sciences et technologies en réseaux intelligents. Ils se compteront par quelques centaines de millions au maximum. D'ores et déjà, de nombreux penseurs politiques et décideurs américains, qui ne se situent pas nécessairement au sein de la droite conservatrice, ont annoncé que leur pays était entré dans l'ère post-humaine. Si un dirigeant européen faisait une telle déclaration, on imagine le tollé des défenseurs des Droits de l'Homme.

A l'autre bout du spectre se trouveront ceux que les post-humains n'hésiteront plus à traiter de non-humains : variétés émergentes ne respectant aucune des valeurs de l'humanité et tendant à se développer comme des virus en profitant des faiblesses de l'organisme hôte. Il sera tentant évidemment de traiter de non-humains les fanatiques suicidaires qui, sur le mode des terroristes salafistes d'aujourd'hui, s'en prennent, par amour de la mort (selon leur propos) et afin de gagner le paradis, à tout ce qui fait l'acquis culturel, sociologique, économique et scientifique des sociétés occidentales. Enfin, un marais sera constitué par les quelques milliards d'hommes n'ayant pas l'accès à l'ensemble des technologies de souveraineté mais s'efforçant de survivre en clients ou serviteurs des post-humains - tout en étant manipulés et terrorisés en permanence par les non-humains. On peut craindre que l'Europe, si elle continue à décliner, se retrouve dans cette catégorie.

Le scénario noir doit être décliné en détail, malgré les perspectives terrifiantes qu'il propose. On examinera en particulier ce que pourraient devenir ceux que nous avons appelé les post-humains et les non-humains. Leur évolution se fera inévitablement en interaction, sans que le succès d'une catégorie sur l'autre puisse jamais être garanti. Ainsi, depuis les origines de la vie, les virus et les organismes complexes se sont affrontés dans des luttes toujours recommencées pour la survie.

Il faut envisager aussi la fin la plus noire d'un tel scénario noir. Il s'agit de la survenue qui n'a rien d'irréaliste, de ce que les anglo-saxons nomment le "Doomsday" ou apocalypse généralisée, susceptible de se produire dans les 50 prochaines années "les années les plus dangereuses pour la survie de l'humanité que celle-ci ait jamais connues" (Martin Rees).


© Automates Intelligents 2004

 





 

 

 

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