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15 mars 2004
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

Sciences et technologies
de lutte anti-terrorisme

L'attentat du 11 mars 2004 à Madrid pose avec plus d'acuité que jamais une question bien connue des spécialistes : l'Europe a-t-elle développé les outils, équipements et pratiques de lutte qui seraient à la hauteur de ces nouvelles menaces? Si, comme tout le laisse penser, une 3e guerre mondiale s'engage actuellement entre démocraties et internationales terroristes, il ne faudrait pas que l'Europe l'aborde avec des armes d'un autre âge.

Les polices et services spécialisés des pays européens ne sont pas entièrement démunis, mais lorsque l'on compare l'état des recherches et des outils disponibles par rapport à ce dont se sont dotés les Etats-Unis (comme sans doute aussi la Chine et peut-être le Japon), on ne peut qu'être inquiet.

Nous n'allons pas entrer ici dans le détail de ce qui fait l'arsenal américain de la lutte anti-terroriste, arsenal également utilisé, comme on sait, aux fins plus pacifiques mais pas plus avouables du renseignement et de l'espionnage économique à l'encontre des alliés comme des ennemis potentiels.

Bornons-nous à en rappeler les grands éléments :

système d'écoute
Les systèmes d'écoute à portée mondiale installés depuis déjà plus de 15 ans, et sans cesse perfectionnés. Il s'agit d'Echelon et de ses annexes. L'objectif est d'intercepter et traiter tout message électromagnétique hertzien, d'où qu'il provienne : ordinateur, téléphone portable, émetteur radio et télé, satellite, etc. Les messages circulant dans des réseaux terrestres en fibre optique peuvent aussi, dans certaines conditions, être écoutés. Des logiciels de plus en plus évolués d'intelligence artificielle aident les opérateurs humains à identifier en quelques secondes les contenus et les sources jugés intéressants. Le réseau peut également diffuser des contre-mesures (par exemple invalider en quelques secondes un émetteur ou un réseau).

Les réseaux et les logiciels qui permettent d'interconnecter les (trop nombreuses ?) agences travaillant dans la lutte contre le terrorisme et la surveillance générale. Là encore, l'intelligence artificielle va régner en maîtresse pour aider à faciliter les échanges et débrouiller les conflits potentiels entre services.

Les détecteurs intelligents. Il s'agit d'une nouvelle catégorie d'instruments destinés à remplacer les classiques portiques magnétiques, appliqués aux individus, aux bagages, aux colis, aux conteneurs et aux véhicules. Des senseurs faisant appel à l'intelligence artificielle (reconnaissance des formes, des structures, des matériaux …), aux biotechnologies et aux nanotechnologies permettront, de façon adaptée à la nature de la recherche et aux objets sur lesquels elle s'exerce, d'aider ou de remplacer les contrôles humains. Il s'agit dorénavant de faire face à une grande variété de menaces dans le domaine des armes ABC (atomiques, bactériologiques et chimiques). Des dispositifs d'identification personnelle (visage, silhouette, voix, fond de l'œil, etc.) sont également en cours de développement, qui s'appliqueront d'ailleurs systématiquement aux contrôles d'accès et plus généralement aux interfaces entre les humains et les systèmes artificiels.

Les systèmes d'aide à la gestion intelligente des crises complexes. Nous avons déjà traité cette question dans notre revue [voir le dossier "Intelligence artificielle distribuée et gestion des crises"]. Il s'agit de multiplier les scénarios de crise permettant de faire face à tous risques d'une certaine ampleur, qu'ils proviennent des activités humaines ou de l'environnement naturel. Ces scénarios supposent évidemment la mise en place de dispositifs de protection et de soins hospitaliers très réactifs et denses.

Que fait l'Europe ?

A part quelques start-up développant sans moyens quelques prototypes dans le domaine des détecteurs intelligents, l'Europe n'a pas renouvelé son arsenal déjà ancien d'aide au renseignement et au contrôle. Elle ne dispose pas des outils sophistiqués évoqués ci-dessus, ni même des recherches scientifiques permettant de les obtenir.

Face à un terrorisme de plus en plus scientifique, les pays européens sont obligés de recourir aux services de l'Otan ou, directement, à l'aide des services américains. Mais l'Espagne du gouvernement Aznar a fait la cruelle expérience du fait qu'en ce domaine, on ne peut compter que sur soi. Le gouvernement espagnol se croyait bien protégé d'Al Quaida, sous le parapluie du système Echelon et de la coopération avec les agences fédérales. On a vu ce qu'il en a été. On ne se protège bien que soi-même, avec une surveillance technologique et humaine de proximité, et en coopérant avec les voisins, plus intéressés que de lointains alliés à la défense de la sécurité commune. De plus, les laboratoires et services américains communiquent de moins en moins d'informations sur leurs réalisations, pour des raisons compréhensibles.

Aussi l'Europe ne pourra faire face aux nouveaux risques si elle ne fait rien. Mais elle ne pourra pas davantage le faire pays par pays. Elle devra accepter une coordination politique et technologique poussée. On envisage pour cela une Agence européenne du renseignement, qui n'aura de sens que si elle joue aussi le rôle de prescripteur en matière de développements scientifiques et technologiques, sans doute en liaison avec l'Agence européenne de l'armement.

Les systèmes de lutte anti-terrorisme que nous avons rapidement évoqués posent les problèmes bien connus de la protection des droits individuels. Là encore, les démocraties européennes ne conserveront leur caractère démocratique qu'en travaillant ensemble, dans la plus grande transparence possible, au sein de l'espace judiciaire européen qui reste à construire. En termes diplomatiques, ces questions poseront aussi de façon accrue la question de l'existence d'une diplomatie européenne, qu'il faudra bien se résoudre à mettre en place parallèlement, avec les instruments politiques adéquats.

Le nouveau gouvernement espagnol devrait être un élément moteur dans la promotion de tous ces dispositifs et outils, en liaison avec les Etats de la "vieille Europe". Peut-être alors les nouveaux entrants dans l'Union comprendront-ils que leur protection rapprochée ne sera pas fournie par l'Otan et moins encore par les Etats-Unis, mais par la coopération étroite avec leurs voisins européens.

Notes :
Sur Echelon et ses dangers pour les droits civils, voir http://www.echelonwatch.org/
Voir aussi notre billet du 17/05/2001 : «Le réseau Echelon n’existe
évidemment pas
»


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