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20 juillet 2004
par Pierre Basso

Propositions pour une logique formelle de la subjectivité

Le texte ci-dessous est une présentation de l'article lui-même, au format .pdf, auquel on peut accéder en cliquant ICI

D’après David Chalmers, comprendre la nature du sujet conscient et en élaborer une théorie comporte deux aspects. Premièrement, ce qu’il appelle les «easy problems», c'est-à-dire ceux de la subjectivité à la troisième personne autrement dit une vision du sujet humain conforme à ce qu’en perçoit un observateur extérieur. Dans la lignée de l’Intelligence Artificielle (AI) cette subjectivité à la troisième personne est conçue comme un ensemble de processus et de dynamismes qui peuvent être, ou pourront être, reproduits sur une machine, ordinateur ou réseau neuronal. Mais il y a un autre aspect de la subjectivité, celle à la première personne, le « je suis » qui donne un sens à ces processus et ces dynamismes du sujet à la troisième personne. Chalmers en parle comme du «hard problem» parce que, selon lui, les méthodes utilisées pour la compréhension du sujet à la troisième personne deviennent totalement inadaptées.

Toutefois, cette dichotomie entre les deux personnes de la subjectivité n’est peut-être pas aussi évidente et naturelle que ce qu’en pense D. Chalmers. Ce qu’un observateur perçoit de l’activité d’un sujet extérieur n’est au fond que ce qu’il peut analyser alors que les processus qu’il perçoit et décrit comme s’il s’agissait d’automatismes ne sont pas indépendants du sens que leur auteur leur donne. Le programme initial de l’IA dans les années 50 était une compréhension de la nature de l’intelligence et la capacité d’en élaborer une théorie. L’échec de cette ambition a entraîné paradoxalement l’éclosion d’une multitude d’applications ciblées à toutes sorte de domaines de l’activité scientifique et surtout industrielle. Le point de vue de l’IA ne concerne que le sujet à la troisième personne encore qu’il s’agisse d’une subjectivité désincarnée et abstraite. Les programmes d’IA traitent d’informations représentant des situations de la vie quotidienne au moyen d’une grande variété de méthodes : logique des prédicats, cadres, scripts, scénarios, arbres sémantiques, etc.. Ces multiples méthodologies ont une base ontologique commune : la notion d’unité constituée, l’irréductibilité de la notion d’individu. Un sujet (humain ou animal) sera représenté par une liste de caractéristiques et de possibilités d’actions ou d’affections. Par conséquent, supposons deux sujets humains, Jean et Marie, de « Jean aime Marie » découle la conséquence logique « Jean veut épouser Marie ». On traite des propositions comme des entités logiques alors que ces propositions ne sont que des représentations langagières de vécus affectifs et d’intentions qui ne relèvent plus du domaine de la logique et des opérations d’inférence.

L’article Propositions pour une théorie formelle de la subjectivité propose une nouvelle vision des choses. Que celle-ci puisse être considérée comme une extension de l’IA ou bien qu’elle introduise à une nouvelle perspective est un point peu important. L’essentiel est de proposer un formalisme dont le fondement ontologique n’est plus la notion d’individu. Au lieu du traitement d’unités constituées (individus humains ou animaux, choses individuelles) la Logique de la Production Conditionnée (LPC) propose une ontologie fondée sur l’indétermination. Son champ sémantique n’est plus un monde d’objets et d’individus répondant à des caractéristiques définies mais des processus d’émergence, appelés des productions, conditionnées par un contexte qui leur donne un sens particulier. Cette logique s’inspire de la physique quantique pour quelques uns de ses concepts : vide sub-quantique d’où émergent les particules, processus de création et d’annihilation, rôle d’un observateur. Toutefois l’analogie a ses limites car il ne s’agit pas de faire une théorie des éléments ultimes de la matière physique mais une théorie de la genèse de choses hautement différenciées et qualitatives que sont les manifestations de la conscience et de l’intelligence. Dans la mesure où la LPC ne repose plus sur la notion d’individu mais qu’elle se situe en-deçà, à la genèse même de cette notion, elle ne peut plus se fonder sur le paradigme ensembliste pour proposer un nouveau paradigme, celui de la participation. Un univers de participation, qui sera appelé un univers ontologique ou encore un epsilon-univers, n’est plus une collection d’éléments ni une collection de relations. La notion d’élément d’une collection fait place à la notion d’epsilon-ité qui représente une potentialité. Un epsilon-univers est donc un domaine illimité, ouvert, un réceptacle de potentialités en attente d’actualisation sous la forme d’événements, de propriétés, de phénomènes. Puisque ces epsilon-ités sont à la genèse de la production de ce que nous voyons et nous percevons comme des choses ou des événements bien définis il est évident que ces entités ne répondent plus aux axiomes de la théorie des ensembles pas plus qu’aux principes du calcul propositionnel ou des prédicats. En particulier une epsilon-ité ne vérifie pas le principe d’identité.

Le concept de participation traduit un fait d’existence que l’on rencontre aussi bien dans l’univers des relations sociales que dans le monde psychique, dans la biologie, mais également dans l’univers de la physique. À savoir que l’on trouve, dans ces divers domaines, le cas d’ensembles, qui peuvent être énormes, d’objets, de sujets humains ou d’animaux, ou encore de phénomènes ou de caractéristiques de tous ordres, avec une multitude de relations complexes entre tous ces éléments, d’où émerge une propriété nouvelle, ou un état de chose, ou un événement, qualitativement différent des propriétés des éléments de base mais qui, en même temps, n’est pas indépendant de ceux-ci. Tous ces éléments constituent une situation dans laquelle ils sont interdépendants puisque retrancher un seul d’entre eux modifierait complètement la situation et la nature de ce qui en émerge. Il se produit entre les éléments de base de cette situation et ce qui en émerge un saut, une rupture de continuité, qui ne peut se laisser décrire par application de règles d’inférence. À chaque élément est associé un potentiel de conséquences possibles. Alors que dans la théorie des situations de Barwise et de Devlin les éléments sont pris dans leur individualité, dans la théorie de la participation ils sont considérés en tant qu’ils coopèrent à une réalité commune. C’est pour cela que les individus, qui font partie de ce que la LPC appelle des objets déterminés, ne peuvent pas être des epsilon-ités puisque ce ne sont pas les objets dans leur réalité individuelle qui participent : une epsilon-ité c’est la potentialité que possède un objet déterminé à interagir avec tout un ensemble d’autres. Une relation entre deux personnes, appelons les Jean et Marie, constitue un domaine de participation parce que ces deux personnes interagissent en fonction de données aussi complexes que des sentiments, des aptitudes personnelles, de leur milieu social, de leur éducation, puisque l’existence humaine est faite d’autre choses que la simple juxtaposition d’existences individuelles.

La notion de participation entend formuler cette idée d’interaction entre un tout et les éléments qui le constituent. Précisons ces concepts à l’aide d’un exemple historique : la France de 1789 peut être considérée comme un epsilon-univers ; les éléments sociaux -- monarchie, noblesse, clergé, tiers-état, philosophes des Lumières -- qui composaient le royaume, présentaient un potentiel de prédispositions non-manifestées pour l’émergence d’un événement historique fondamental. Ce futur possible restait indéterminé parce que personne, en 1789 avant la prise de la Bastille et même tout juste après, ne connaissait réellement l’ampleur du processus qui était en train d’émerger et ce à quoi il allait aboutir parce qu’entre les éléments d’une situation donnée et ce qui en émerge il y a une solution de continuité logique et causale, un saut qualitatif. Dans cet exemple, à l’instar de ce qui se passe dans toute situation impliquant une subjectivité consciente, on peut parler d’un ensemble des éléments de la situation mais l’événement qui en émerge n’est pas le résultat d’une opération sur cet ensemble d’éléments pris individuellement.

Les epsilon-ités sont censées représenter cette idée de potentialité d’événements ou de propriétés inactualisées. Autrement dit, elles ne représentent pas des objets qu’on peut distinguer et reconnaître par des propriétés définies mais elles répondent aux axiomes et règles de la participation. Ce terme évoque le fait que tout ce qu’on peut dire des epsilon-ités est qu’elles sont des entités dont la nature est de participer à la production d’une chose ou d’un événement déterminé. De ce fait elles devront répondre à des axiomes et des règles différents de ceux traitant de collections finies ou infinies. Dans un epsilon-univers une epsilon-ité n’a aucun caractère défini, les epsilon-ités sont non-séparables. Si l’on veut s’en donner une image, un epsilon-univers pourrait être comparé à un océan dont les epsilon-ités représenteraient les vagues. Autrement dit on ne peut pas distinguer les epsilon-ités les unes des autres ni de leur univers. On ne peut pas les individualiser et en sélectionner quelques unes. Les opérations dans un tel epsilon-univers consistent en la formation d’agrégats de participation qu’on appelle des domaines de participation. De la même façon que dans le monde où les êtres et les choses se tarnsforment d’instant en instant mais gardent une relative permanence, dans un epsilon-univers les domaines de participation forment des différencialités qui possédant une certaine permanence dans un milieu (l’epsilon-univers) où tout est impermanent et transitoire. Ces différencialités peuvent être comparées à des structures topologiques, quoiqu’il ne s’agisse pas ici de topologie algébrique ni de topologie différentielle mais d’une « topologie » spécifique à la participation. Ces notions permettront de donner une formulation mathématique de sujets conscients dotés d’une identité relativement permanente bien qu’étant par nature des domaines de potentialités ouverts, illimités et par conséquent sans définition fixe et définitive.

Pour illustrer ce propos, l’article prendra un exemple très simple, celui d’une situation affective entre deux personnes Jean et Marie, dont on verra la différence de traitement avec ceux proposés en IA. Il sera alors indispensable de passer d’un exposé plutôt littéraire à un exposé formel. La difficulté de lecture des formules de la LPC pourra venir du fait de l’abolition du principe d’identité, c.-à-d. que pour un terme epsilon-A on n’a plus « epsilon-A = epsilon-A ». Une autre difficulté provient aussi du fait que des mots, des noms, des expressions langagières, préfixés par un epsilon, ne sont pas des représentations de personnes, de choses, des sentiments, mais des potentialités d’existence de personnes, de choses, de sentiments ; le mot ou le nom qui suit le epsilon- doit être pensé comme un simple assemblage de lettres indexant le epsilon qui seul fait sens. Le processus opératoire dans la LPC ne travaille pas sur des propositions mais sur des potentialités dont une production, conditionnée par un contexte bien déterminé, pourra être interprétée dans un langage quelconque au moyen de propositions obéissant à une logique donnée : les potentialités, ou epsilon-ités, produisent les propositions ainsi que les règles logiques auxquelles elles obéissent. L’efficience est le nom donné à cette algorithmique des epsilon-ités. Sur ces bases, on donnera quelques idées sur la conception d’une machine futuriste qui intégrerait la théorie de la participation et fonctionnerait selon les concepts de la LPC.

L’article Propositions pour une théorie formelle de la subjectivité n’a pas vocation à être une présentation exhaustive de la LPC ni de sa composante essentielle, la théorie de la participation. Cet article a une écriture et un style philosophique, son but est de donner, ou essayer de le faire, une idée de ce qu’est la participation ainsi que du changement de paradigme que ce concept pourrait impliquer dans le domaine des sciences de la cognition et dans la recherche d’une théorie de l’intelligence. En espérant qu’il intéressera les lecteurs de Automates Intelligents.

Contact :
Pierre BASSO, Laboratoire des Sciences de l'Information et des Systemes - UMR 6168
Domaine Universitaire de Saint-Jerome
Avenue Escadrille Normandie-Niemen
13397 MARSEILLE cedex 20
FRANCE
Tel.: (33) 04.91.28.83.35


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