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25 mars 2003
par Jean-Paul Baquiast

Rumsfeld et l'esprit linéaire

Il est presque amusant aujourd'hui de relire un article de Time présentant Donald Rumsfeld et ses différentes solutions et stratégies pour détruire l'Irak: Donald's Rumsfeld, the Pentagon War-Lord. L'article était daté du 27 janvier 2003. http://www.time.com/time/covers/1101030127/

A la date de ce jour, où nous écrivons ceci, rien n'est encore joué. Les jours de Saddam sont probablement comptés. Mais la préparation de l'opération par la première nation militaire du monde semble avoir accumulé les a-peu près et les paris hasardeux. Un mal irrémédiable est déjà porté à l'encontre des intérêts de la super-puissance américaine. Certains pourront y voir l'amorce du début de son déclin. A quoi sert de disposer des stratèges les plus affûtés, des ordinateurs et des modèles les plus performants, si on se précipite dans l'aventure en postulant d'emblée que toutes les conditions favorables au succès se trouveront réunies ? Les cyniques diront que c'était pour endormir l'opinion que le Pentagone avait annoncé une campagne-éclair. Ils voulaient en fait lancer la machine, quelles que soient les difficultés et les pertes, pour créer un fait accompli indispensable aux intérêts des Etats-Unis dans la région.

Mais même en ce cas, n'ont-ils pas fait preuve d'un optimisme incompréhensible, dû sans doute à leur méconnaissance de la complexité du monde. Nous avons montré dans des articles précédents que la guerre contre l'Irak, loin de leur attirer des sympathies dans le monde arabe, allait sans doute faire germer d'innombrables cohortes de fanatiques suicidaires enivrés par la résistance des soldats de Saddam. Par ailleurs, en Occident, l'exposition sans nuances du déchaînement des armements de la coalition à l'encontre de troupes mal armées et surtout de population sans défense, ne peut que provoquer la solidarité généreuse des jeunes, germe d'un anti-américanisme qui sera sans doute durable, et favorisera peut-être, souhaitons-le, l'émergence d'une Europe indépendante.

Mais il y a plus grave pour les Etats-Unis et derrière eux, pour tous les pays qui comme les nôtres, comptent sur les équipements sophistiqués pour se défendre contre d'éventuelles agressions de pays contestant leur domination. La guerre du renseignement a montré, une fois de plus, l'incompétence des services adéquats, qui avaient pronostiqué le soulèvement rapide des populations, en oubliant le réflexe nationaliste et patriotique. Même chose concernant l'état d'esprit de l'armée irakienne qui, mise à part la garde nationale, devait se rendre en masse. Or elle résiste avec un courage qui ne peut que leur attirer l'admiration, car le courage reste une valeur hautement prisée, même dans nos sociétés où le principe de précaution est érigé en dogme (au moins officiellement).

Les matériels eux-mêmes, dont on avait vanté la sophistication sinon la robotisation, révèlent leurs limites dans le désert ou dans la guérilla urbaine. Le seul véritable succès est celui des bombes et missiles localisés par GPS dont la précision est vraiment stupéfiante. Cela évite beaucoup de morts chez les civils, mais sans doute pas encore assez. Même quand on se limite à détruire les complexes administratifs ou militaires, les effets de chocs multiples sur la population entraîneront durablement, comme le rappelait un responsable de SAMU français, des séquelles psychologiques et physiques chez les victimes. Parmi elles beaucoup d'enfants. Si ceux-ci ne se transforment pas en terroristes plus tard, nous aurons de la chance.

L'incapacité du lobby militaire et technologique américain à prévoir les échecs comporte une leçon beaucoup plus profonde, qui a déjà fait l'objet de réflexions dans notre revue Automates-Intelligents, et qui est au cœur des ouvrages que nous éditons en ce moment relatifs aux limites de la science face aux systèmes complexes*. L'homme est aujourd'hui incapable, même assisté des mathématiques, des modèles et des technologies les plus hauts de gamme, de décrire exhaustivement un système composé d'agents en interaction, fussent-ils en petit nombre. A plus forte raison est-il incapable de prévoir convenablement le comportement de ce système, afin d'y adapter son action. Aussi a-t-il recours aux vieilles solutions inspirées par l'esprit linéaire, sans chercher à les adapter. Il lui faudrait au contraire soit en revenir à une prudence de Sioux, soit trouver d'autres solutions, faisant appel à des intelligences artificielles auto-adaptatives dont aucune encore n'est opérationnelle, même aux Etats-Unis. Nous savons que le ministère de la défense américain (DARPA) y travaille. Mais il s'écoulera sans doute encore beaucoup de temps pour que de tels systèmes autonomes puissent se déployer sur des théâtres d'opération où s'affrontent des réflexes de défense génétiquement programmés, rodés par des centaines de milliers d'années de lutte pour la défense du territoire.

En attendant l'intelligence artificielle, une intelligence normale mais refusant l'esprit linéaire aurait pu trouver d'autres moyens pour déstabiliser Saddam et tous les dictateurs de son espèce. Suggérons que sur les quelque 170 milliards de $ actuellement programmés pour financer la guerre, les Etats-Unis, assistés cette fois-ci de la vieille Europe, auraient pu mettre en place 1 seul milliard d'aides alimentaires, sanitaires et logistiques (en utilisant éventuellement les B52 pour la distribuer en masse!). Les Occidentaux auraient eu certainement meilleure presse, même chez les plus sourcilleux des nationalistes arabes. Il est vrai qu'alors le lobby de l'armement aurait perdu 169 milliards de commandes.

* Voir notamment Jean-Paul Baquiast et Alain Cardon, Entre science et intuition, la conscience artificielle, Edition Automates-Intelligents, à paraître courant avril 2003.


© Automates Intelligents 2003

 





 

 

 

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