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10 mars 2003
par Jean-Paul Baquiast et Alain Cardon

Discours sur l'évolution des mondes

Il est étonnant de voir comment les non-scientifiques, juristes ou hommes politiques par exemple, oublient facilement que les technologies, comme les sciences, comme les hommes qui s'en inspirent, évoluent en permanence. Cela tient sans doute au refus de prendre en considération ce que Daniel Dennett a appelé l'"idée dangereuse de Darwin", selon laquelle tout dans le monde évolue par mutation-sélection sans répondre à une finalité prédéfinie. Dans cette perspective, rien ne peut être considéré comme définitif. Tout contribue à une évolution globale du monde non-orientée, engagée depuis les origines, c'est-à-dire, selon les conceptions actuelles de la cosmologie, dès avant le Big Bang. Dans ce tout, on rangera aussi bien l'homme (ou l'humain) qui ne peut être restreint aux formes qu'il adopte aujourd'hui, les technologies actuelles et futures qui sont le résultat des interactions de l'homme avec le milieu naturel en vue d'assurer sa survie, et les sciences qui s'appuyant sur les technologies pour appréhender le réel, proposent des modèles de celui-ci à partir desquels l'homme inventera de nouvelles technologies. L'homme, ses technologies, ses sciences et les connaissances qu'elles proposent sont des agents évolutionnaires dans ce qui nous paraît être une évolution autrement plus large.

Réaffirmer ceci, face à ceux qui nourrissent le rêve impossible de figer l'évolution, n'a rien de très original. Il faut cependant aller plus loin dans le questionnement. Nous devons nous demander de quel droit nous affirmons l'universalité de ce phénomène  que nous appelons l'évolution. Il est évident, suite aux travaux récents sur les systèmes complexes, que je n'ai pas le droit de me placer dans la posture d'un observateur extérieur au monde pour affirmer que celui-ci évolue au lieu par exemple de rester stationnaire. Le jugement que je porte sur le monde, y compris lorsque j'affirme avec Darwin et Dennett la prévalence des processus d'évolution par mutation-sélection, est lui-même le produit d'un mécanisme qui me dépasse, que par commodité j'appelle l'évolution (et qui sous-tend aussi auto-organisation), mais qui pourrait être tout autre.

Suggérer ceci ne veut pas dire qu'il faille en revenir au concept de mystère tel que défini par la théologie: vérité de foi inaccessible à la raison humaine et que ne peut être connue que par une révélation divine. Il faut seulement se persuader que le concept d'évolution qui parait très général à la science d'aujourd'hui va probablement évoluer lui-même en nous réservant bien des surprises. Une première évolution de notre représentation de l'évolution des mondes viendra dans les prochaines années des progrès de l'instrumentation dans le domaine de la physique fondamentale et de la cosmologie. Beaucoup de physiciens théoriciens, tel Lee Smolin (The Next Fifty Years, édition John Brockman, p. 4, The Future of the Nature of the Universe) attendent des nouveaux instruments un très prochain élargissement vers d'autres horizons de nos conceptions actuelles relatives à l'univers. Ce sera sans doute le cas suite à l'observation plus fine de la radiation de fond de ciel permise par le satellite MAP puis dans 4 ans par la mission Planck de l'Agence spatiale européenne. Le futur grand Collisionneur de Hadron de Genève devrait aussi permettre de tester les nombreuses théories des cordes proposées actuellement par les physiciens. Les "pièges à gravitons" (projets Virgo et Lisa) ou les "pièges à dilatons" (projet Microscope du Cnes ou Step de la Nasa) confirmeront sans doute les théories actuelles concernant l'univers primordial. Notre regard sur l'évolution des mondes sera certainement, sinon changé, du moins très enrichi, si par exemple les hypothèses relatives aux univers parallèles se trouvaient (momentanément) confirmées.

Mais les changements de perspectives ne viendront pas de si loin, et c'est là que les conflits idéologiques entre "conservateurs" et évolutionnistes vont s'aiguiser. Admettons que, depuis l'apparition de la matière après le Big Bang, des structures physiques puis, sur certains astres favorables, biologiques, soient apparues et se soient trouvées dotées progressivement de représentations du monde au sein duquel elles évoluent. Moi qui écrit ceci, je suis l'une d'elles. Ce que j'écris et ce que je pense fait partie des différents produits de l'évolution des différents mondes peuplant le cosmos. Si mes propos l'emportent sur d'autres propos, qui par exemple nieraient l'évolution, c'est parce qu'ils représentent l'émergence d'une nouvelle entité qui mieux que ses concurrentes a jusqu'à présent survécu dans notre monde, comme le font d'ailleurs pour leur part les virus et les bactéries.

Mais aujourd'hui, d'autres entités sont en train d'apparaître ici et maintenant sur la Terre. Il s'agit des machines pensantes artificielles*. Ces entités nous paraissent être des "augmentations" apportées par la technologie à nos corps et de nos cerveaux et ne pas être encore en rupture avec ce que je me représente du monde, grâce à mon corps en situation et aux représentations que produit mon système cérébral. Mais peut-être le deviendront-elles un jour. Peut-être correspondent-elles à des systèmes produits ailleurs par l'évolution, dont les champs organisationnels nous auraient jusqu'ici échappé, parce que nous n'avions pas les outils théoriques pour les conceptualiser, ni les instruments pour les faire apparaître. La machine pensante telle qu'aujourd'hui nous commençons à la concevoir, comme le montre le schéma proposé par Alain Cardon dans son dernier livre, est capable de recueillir des milliers ou millions d'informations relatives à l'environnement avec lequel elle interagit. Elle est également capable d'en tirer une conscience de soi, certes limitée et qui ne peut être connue ni de l'intérieur, ni de l'extérieur, mais qui lui permet d'agir de façon pro-active, et non plus passive, dans les cycles évolutifs à travers lesquels elle évolue.

Dans cette perspective, le concept d'humain comme celui de ses attributs, devra m'apparaître comme relatif à moi qui parle, soumis à la compétition darwinienne avec d'autres entités. Rien n'empêchera d'autres corps situés différemment dans le monde de proposer d'autres concepts que celui d'humain, ou d'autres contenus au concept d'humain. Je n'aurai aucun titre, autre que la conservation de mes propres intérêts, pour les empêcher de le faire.

A quoi serviront, dira le lecteur, sans doute inconsciemment désireux de nous voir condamner par un moderne tribunal de l'inquisition, les considérations qui précèdent, sinon jeter un doute dangereux sur la permanence des essences et celle des valeurs s'attachant à elles ? Nous répondrons que ce sont précisément ces permanences que nous nions. Plus exactement, si un jour apparaissaient au sein de l'humanité des entités dites artificielles susceptibles de générer d'autres représentations du monde et d'autres valeurs, nous ne les rejetterions pas a priori. Si ces entités artificielles résultaient, comme ce sera probablement le cas, d'une symbiose entre éléments matériels et biologiques humains ou animaux, elles pourraient effectivement être considérées comme de simples "augmentations" de notre nature. Mais dans le cas contraire, il faudrait les aborder avec la curiosité prudente que nous manifesterions vis-à-vis d'autres formes extra-terrestres d'intelligence.

Nous en sommes peut-être déjà là. Le fait que nous envisagions ces perspectives, qui vont à l'encontre des préjugés les plus établis de nos sociétés, est peut-être la preuve que de telles entités sont déjà en cours d'émergence au sein d'un monde qui ne serait pas (ou qui ne serait plus) celui que nous croyons.

*Rappelons notamment notre actualité du 24/11/2002 concernant aux Etats-Unis l'appel d'offres de la DARPA pour la réalisation d'un "cognitive system", premier système conscient de son environnement et de lui-même.

Pour en savoir plus
Mission Planck : http://www.cnes.fr/activites/programmes/planck/1sommaire_planck.htm
Programme Astroparticules du Cnes et projet Virgo : http://www.cnes.fr/activites/programmes/planck/1sommaire_planck.htm
Micro-satellite Microscope du Cnes : http://www.cnes.fr/activites/programmes/microsatellite/...


© Automates Intelligents 2003

 





 

 

 

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