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24 mars 2003
Alain Cardon

2003 Odyssée de l'espèce

Je lis dans le dernier numéro de l'édition française de "National Geographic", l'article si intéressant de Rick Gore. Il est, avec quelques compagnons, sur les dunes dominant la plaine du Sernegeti, et tous observent la procession formidable des hordes de mammifères. Il décrit un drame : une très jeune gazelle qui tombe sous les crocs d'une hyène, et ceci sous les yeux de sa mère. Et puis je lis cette phrase invraisemblable, exprimée par la biologiste Patricia Moehlman à propos de la mère de la jeune gazelle : "Elle doit certainement ressentir une émotion, mais il n'y a aucun moyen de le prouver". Extraordinaire constat de faillite d'une scientifique. Pour que l'on considère qu'un mammifère ressente des émotions, il faudra le prouver. Et aujourd'hui, au vingt-et-unième siècle, après tant de découvertes scientifiques en mathématiques, en physique, en chimie, des découvertes sur la matière inanimée, après les formidables constructions technologiques qui vont des centrales nucléaires qui donnent du courant aux sociétés organisées aux missions Apollo sur la Lune, on ne sait toujours pas ce qu'est ressentir.

Alors l'animal, lui, est un objet qui peut-être ressent des émotions, mais ce n'est pas sûr ? Que dire ? Que l'homme est un fou. Il a mis trois mille ans à réduire le monde et tout ce qui y est observable en systèmes contrôlés, et il ne sait rien des émotions, car il ne s'y intéresse pas vraiment. Il ne sait rien de la pensée, et les scientifiques d'aujourd'hui savent à peine distinguer la pensée du raisonnement.

Lorsque j'ai entrepris mes recherches sur les émotions et la pensée(1), je voulais comprendre en quel sens ces catégories sont compréhensibles comme les modes de fonctionnements naturels de certains systèmes. Évidemment, cela revient à définir, au fond, ce qu'est un système, ce qu'est un processus et ce qu'est la complexité organisationnelle d'un ensemble de processus coactifs. Évidemment, il faut pour cela, certainement, être arrivé à un certain point du développement scientifique. Mais comprendre ce qu'est un système auto-adaptatif, ce qu'est la complexité organisationnelle et ce qu'est, finalement, un système producteur d'émotions, aurait été possible il y a trente ans.

Ce que je constate, c'est que cela n'a pas été fait, n'est pas fait, n'est pratiquement pas entrepris, et que des scientifiques, considérés par leurs pairs comme éminents, peuvent affirmer que, peut-être, les mammifères n'éprouvent pas d'émotions et que pour être sûr qu'ils en éprouvent, il faut une preuve. Qu'est-ce exactement qu'une preuve, à ce propos, pour des gens qui ne savent pas distinguer un phénomène d'un système et qui ne savent pas pourquoi ni comment, eux-mêmes, ils pensent ?

L'être humain est toujours, aujourd'hui, déficient. Il peut se permettre d'user de son esprit pour raisonner comme une machine, ce qui l'entraîne à croire à certaines choses très improbables à propos de la finalité, ce qui l'entraîne à construire des hiérarchies de valeurs, et ce qui lui permet d'éluder, systématiquement, avec acharnement, la question la plus profonde : qu'est-ce que penser ? À quoi cela peut bien servir d'observer les mammifères, qui courent dans la plaine, qui hurlent leur effroi, qui se convulsent de peur, et qui sautent de plaisir, qui se roulent dans l'herbe de joie, si on les considère comme des choses et que l'on attend de quelque part venu de la très lointaine biochimie du cerveau peut-être, la preuve de l'existence de la notion d'émotion. Une émotion est un processus comportemental dans un système ouvert et auto-adaptatif. Ce n'est pas si original, tellement c'est banal dans le vivant.

Pauvres scientifiques absorbés par leur démarche technicienne, où ils voient partout des systèmes mécanistiques, où ils en facilitent même la construction, en se faisant pourvoyeur consentant de l'effondrement de leur monde. Il n'éprouverait donc rien, ce mammifère, en voyant sa progéniture se faire dévorer ou bien cet homme immobile, complètement indifférent, qui l'observe en le prenant pour une chose ? Mais, tout simplement, cette attitude de dédain de l'observateur qui marche debout lui fait peur, et c'est si naturel, la peur, entre mammifères.


(1) Ndlr : Voir notamment le dernier livre d'Alain Cardon, "Modéliser et concevoir une machine pensante, approche constructible de la conscience artificielle", qui vient de sortir aux Editions Automates Intelligents

A signaler : on pourra lire aussi avec intérêt le dernier livre de Joëlle Proust : Les Animaux pensent-ils ?, Paris, Bayard, 2003

© Automates Intelligents 2003

 





 

 

 

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