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27 mars 2003
par Jean-Paul Baquiast

Crédits de la recherche en France
L'argent et la façon de l'utiliser

On constate aujourd'hui en France une véritable révolte des scientifiques face aux réductions des crédits de la recherche publique décidée par le gouvernement. Selon les chercheurs, cette coupe sombre est de 30% par rapport aux budgets des années précédentes. Nombreux sont les laboratoires annonçant d'ores et déjà l'impossibilité de poursuivre des programmes pourtant prometteurs. Une pétition de chercheurs a été adressée à la ministre de la recherche en lui demandant de démissionner par solidarité.

Psychologiquement, cette politique d'économies vient au plus mauvais moment, vu l'importance que prennent les dépenses militaires de recherche aux Etats-Unis dans la guerre qu'ils estiment indispensable de mener contre leurs agresseurs futurs. Selon un article du Monde en date du 19 mars 2003, p. 26, le budget fédéral de la recherche/développement devrait atteindre 123 milliards de $ en 2004. Une moitié de celui-ci ira au secteur militaire, mais les dépenses en ce domaine relèvent généralement du domaine dual, c'est-à-dire réutilisable dans le secteur civil. Le retard européen, et plus généralement français, vis-à-vis d'eux va prendre des dimensions abyssales, irrattrapables disent déjà certains observateurs. Le Japon, bien qu'il ne prépare pas directement la guerre, continue à investir massivement dans la recherche. Il sera sans doute le premier à pouvoir fournir à grande échelle les technologies indispensables à la lutte pour la sauvegarde globale de la Terre. Or cette lutte, avec celle contre la prolifération des armes de destruction massive, devrait devenir la première priorité des démocraties dans les décennies à venir.

Les scientifiques français ne peuvent pas ne pas remarquer que ce sont les gouvernements de droite qui ont toujours bloqué ou amputé les budgets de la recherche publique. L'argument des nécessaires économies budgétaires ne tient pas. D'abord les budgets de la recherche sont infimes par rapport aux autres dépenses publiques. D'autre part, ce n'est pas quand la récession s'annonce qu'il faut cesser d'investir pour l'avenir. Les mauvais esprits en déduisent donc que la droite politique française n'aime pas les chercheurs, jugés peut-être trop peu dociles. Les néo-conservateurs américains n'ont pas ce réflexe d'un autre âge, face à leurs propres universités, qui pourtant ne sont pas toujours des modèles de soumission.

Ceci étant, depuis des décennies, la droite en général et les budgétaires en particulier répondent aux scientifiques qu'ils ont assez d'argent, mais qu'ils l'utilisent mal. Ils n'ont donc qu'à se réorganiser. Il serait absurde de prétendre que les structures et procédures de la recherche scientifique en France n'ont pas besoin de modernisation. Mais d'une part celle-ci ne s'improvise pas, surtout sous la pression d'économies imposées au fil de compressions budgétaires erratiques ; d'autre part, la recherche en France est très largement imbriquée avec la recherche européenne, ce qui ne facilite pas les réformes en profondeur à partir d'un seul pays. Comment plus généralement mettre en œuvre, sans un effort de la collectivité tout entière, et non pas des seuls chercheurs, une stratégie globale de développement des sciences, alors que l'Etat manifeste depuis des décennies une véritable ignorance (sinon un mépris) des enjeux de la science, notamment dans ses aspects de recherche fondamentale ?

Ceci ne veut pas dire que les scientifiques et leurs bailleurs de fonds ne doivent pas prendre eux-mêmes l'initiative d'augmenter l'efficacité de la recherche et des moyens qui y sont affectés. Mais on rejoint là une question que l'on rencontre aussi dans le domaine de la réforme de l'Etat. Ce ne sont pas les grands chantiers, à supposer qu'un gouvernement décide de s'y attaquer, qui changeront grand chose, car ils feront très vite l'unanimité contre eux. C'est selon nous en mettant en place les infrastructures de travail en réseau, de communication avec le public et plus généralement d'innovation par les échanges transdisciplinaires, que l'on pourra (peut-être et lentement), changer les choses. Les scientifiques français utilisent déjà un peu Internet, mais d'une façon générale, ils n'en tirent pas beaucoup d'opportunités pour découvrir ce qui se passe ailleurs et proposer ailleurs leurs propres méthodologies ou paradigmes. Le poids écrasant des mandarins, dénoncé en 1968, pèse toujours aussi lourd. Ceux-ci font la chasse aux idées nouvelles dans leurs propres disciplines, et bien évidemment aux idées nouvelles suggérées par d'autres disciplines. Il faut que leurs collaborateurs soient quasiment suicidaires pour faire progresser quelques hypothèses susceptibles même à la marge de remettre en question les privilèges et honneurs dont jouissent leurs aînés.

Or ce vice congénital d'une vieille institution comme l'est la science française devrait être attaqué de front par les jeunes chercheurs. Ils sont en partie responsables du fait que par timidité ou carriérisme ils ne trouvent pour innover que le choix entre deux possibilités, s'expatrier ou attendre la mort des anciens.

La position de la ministre de la recherche a été précisée par un communiqué du 27 mars 2003 http://www.recherche.gouv.fr/discours/2003/soutienchercheurs.htm
Voir aussi
: http://www.recherche.gouv.fr/discours/2003/orgrecherche.htm


© Automates Intelligents 2003

 





 

 

 

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