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30 Octobre 2002
par Jean-Paul Baquiast

Nouvel urbanisme et technologies émergentes

On sait que la destruction des modes de vie traditionnels provoquée par la concurrence des pays riches, conjuguée avec l'explosion démographique, aboutit à la constitution de mégalopoles devenues administrativement, sanitairement et humainement ingérables. Il s'y développe par ailleurs, comme l'exemple de Bogota et même de Rio le montrent en ce moment, des lieux de maffias et trafics en tous genres qui menaceront à terme l'équilibre même des pays concernés. Il serait donc fondamental que les sciences et les technologies modernes soient mises au service de la réhabilitation de tels abcès de fixation.

Il faut voir que le problème n'intéresse pas que les pays en expansion rapide. Traditionnellement, il a toujours caractérisé les pays asiatiques et du sous-continent indien à fortes concentrations urbaines. Mais il commence à devenir une préoccupation dans les pays développés eux-mêmes, du fait de l'augmentation sans doute inévitable (voire souhaitable) de l'immigration et de la mauvaise intégration des immigrés récents. Or si les pays européens, notamment, essayent fermement d'apporter des solutions à l'enlisement progressif de certaines de leurs banlieues urbaines dans l'exclusion, ces solutions pourraient être réutilisables ou transposables dans les villes du tiers-monde.

En 2002, près de 50% des habitants de la planète vivent en ville, et cette proportion est appelée à augmenter sensiblement, bien que la tendance à l'urbanisation ne soit pas uniforme dans le temps et l'espace. L'expansion des grandes métropoles des pays du Nord, née de la phase d'industrialisation, avait commencé à ralentir du fait de la stabilisation du potentiel migratoire des campagnes. Par contre, l'arrivée inévitable et d'ailleurs souhaitable d'émigrants de pays très pauvres, aux cultures profondément différentes, provoque des phénomènes de rejets et de "ghettoïsation" jamais observés jusqu'à présent. Les pays du Sud, au contraire, connaissent une rapide et récente urbanisation, au prix d'un important déficit dans la maîtrise de l'espace et des fonctions urbaines, qui résulte souvent plus du pouvoir d'attraction des villes que des effets de l'industrialisation, en particulier en Afrique. Le mouvement de concentration urbaine s'accompagne, dans les "beaux quartiers" de nouvelles formes urbaines, de la concentration des capitaux, et rend plus visibles les inégalités dans la distribution des richesses.

Différentes méthodes sont aujourd'hui évoquées et parfois expérimentées, notamment en Europe, pour résoudre les problèmes de persistance et d'aggravation de la pauvreté dans les banlieues, générateurs inévitablement de comportements délictueux divers et créateurs d'insécurité. La première réaction consiste, tout en augmentant la répression policière et judiciaire, à tenter de réinsérer dans les quartiers dits en difficulté des activités culturelles, des centres administratifs ou des zones d'activités locales éventuellement détaxées. Il faut le faire, mais manifestement, cela ne suffit pas à endiguer la montée de violences et de rejets réciproques.

On doit être beaucoup plus ambitieux. Il s'agit d'une urgence majeure pour l'ensemble des civilisations. En France, les propositions du ministre délégué à la Ville Jean-Louis Borloo (fin octobre 2002) vont incontestablement dans le bon sens. Pour simplifier, on peut dire que le projet consiste à casser les vieux ensembles urbains (grands ensembles) conçus après la 2e guerre mondiale comme un progrès par rapport aux "taudis" de l'époque, mais que divers facteurs ont conduit à laisser péricliter. Sur les sols ainsi libérés, on reconstruira de petits ensembles à "visage humain", selon l'expression qui a cours. Dans ces nouveaux environnements, on s'efforcera d'acclimater de nouvelles activités confiées en grande partie aux habitants, qui créeront, outre de l'emploi sur place, un sentiment de meilleure intégration.

Il semble incontestable que, tant que les collectivités publiques, Etat en tête, n'engageront pas des solutions de grande ampleur, le mal des banlieues ne fera que s'accroître. De plus en plus de spécialistes de l'aménagement et de politiques admettent que l'objectif principal pour lutter contre l'insécurité devrait être de fournir des emplois durables à tous les jeunes sans emploi et qui se jugent sans avenir. Pour cela, il faudrait les charger de deux vastes chantiers de reconstruction, celui de l'environnement urbain (abattre les tours et les remplacer par autre chose) et celui du milieu culturel (alphabétiser et instruire les adultes, notamment grâce aux TIC). Les emplois ainsi créés, vu l'ampleur du problème, pourraient devenir de véritables métiers. Par ailleurs, ils devraient vite déboucher sur des qualifications trouvant usage dans l'ensemble de la société, qui en a bien besoin, même chez les "non-démunis".

Qui devra payer ? La collectivité nationale tout entière. C'est par l'impôt et d'autres types de prélèvement sur les favorisés que de tels investissements doivent être amorcés. Il en résultera une certaine diminution des possibilités de consommation desdits favorisés, mais si c'est là une condition indispensable pour éviter l'effondrement à terme du modèle social et politique européen, on peut penser que les gens raisonnables accepteront un tel sacrifice, d'ailleurs léger.

Mais ceci ne suffira pas. Le point qu'il faut mettre en lumière ici est qu'un tel programme ne changera pas réellement ni l'habitat ni l'aménagement global dans les zones à réhabiliter, s'il ne s'accompagne pas d'un grand projet architectural, d'aménagement et de technologies à la hauteur des possibilités de la société scientifique d'aujourd'hui. Vouloir construire pour les 100 ans à venir n'aurait de sens, sauf à refaire des banlieues pavillonnaires sur le mode "cage à lapins", que si l'on faisait appel à toute l'inventivité des spécialistes de nombreuses disciplines, coopérant ensemble en utilisant les ressources des nouveaux matériaux, des nouveaux réseaux, des nouveaux modes de développement sur le modèle du développement biologique darwinien. Or les architectes et concepteurs en sont restés, particulièrement en France, à des façons de penser qui n'ont guère évolué depuis Le Corbusier. Plus exactement, il existe beaucoup de bons esprits inventifs, mais ceux-ci ne sont pas encore au fait des technologies émergentes pour concevoir les nouvelles "machines à habiter" nécessaires au 21e siècle.

Rappelons quelques-unes unes des contraintes qu'il faudrait satisfaire dans cette perspective :

Proposer des modèles utilisables aussi bien dans les villes riches du Nord que dans les villes misérables du Sud. On organisera dès le départ, pour faciliter les échanges d'expériences, et en utilisant les réseaux visés ci-dessus, des procédures de co-développement et d'échange entre villes de diverses localisations : au sein de l'Europe, avec les autres pays développés, avec les pays émergents (Chine, Inde) et enfin avec les pays les plus pauvres.

Intégrer dès le début l'habitant (jeunes, adultes et personnes âgées) dans la conception et la mise en œuvre, puis dans l'utilisation et l'adaptation ultérieure.

Prévoir dès le départ le développement en parallèle de tous les types d'immeubles et tous les types d'activités caractérisant une unité urbaine susceptible de s'auto-suffire (ou tout au moins n'étant pas obligée d'exporter sa main d'œuvre pour survivre, ou chercher ailleurs les services de base dont elle a besoin). On n'oubliera évidemment pas la dimension ludique et interactive permise par les nouvelles formes d'art numérique ou autre sur le mode participatif.

Utiliser systématiquement les réseaux (télécommunications et multi-médias) pour organiser la communication entre habitants, tant au niveau de la conception initiale que pour organiser la croissance incrémentielle et l'agrégation des divers centres d'activités ou de repos et loisirs autour de bassins attracteurs.

Développer des briques de base modulaires, pouvant être produites à grande échelle, faisant appel de façon mixte soit à des technologies très avancées comme les nano-matériaux, soit à des technologies très traditionnelles comme la terre ou le ciment - sans parler du végétal et des espèces animales acclimatables. On y inclura évidemment tous les modules nécessaires à la production d'énergie renouvelable, d'épuration des eux, de dépollution et de traitement des déchets. Là devra être le principal objet d'une recherche innovante faisant appel aux technologies les plus récentes. L'autre objet consistera à prévoir les méthodes d'ingénierie diversifiées permettant d'adapter ces briques de base à des besoins variés et variables.

Laisser toutes latitudes aux concepteurs locaux pour assembler ces briques de base en ensembles adaptés aux terrains, aux mentalités, aux fonctionnalités à desservir. Les développements se feront alors sur le modèle de la croissance des super-organismes de certaines espèces d'insectes, fourmis ou termites, qui s'adaptent localement parfaitement à partir de schémas (eux-mêmes adaptatifs) plus généraux.

Finalement, en ce qui concerne l'alimentation du processus en ressources toujours accrues, assurer des retours réentrants entre l'expérience acquise par les premiers habitants-réalisateurs et la valorisation de ces expériences dans de nouveaux métiers, de nouveaux emplois et de nouvelles recherches.

On pourrait en dire plus, mais il vaudrait mieux laisser s'exprimer dans le sens esquissé ici les nombreux professionnels de l'urbanisme, de l'architecture, des technologies et de l'animation sociale qui se passionneraient certainement pour de telles perspectives, si elles étaient prises au sérieux par les pouvoirs.

Pour en savoir plus
Le projet de loi français pour l' "habitat digne de Jean-Louis Borloo.
Source Reuters 30/10/02

Le ministre délégué à la ville estime que rénover cités et quartiers difficiles est "le meilleur investissement de la République" pour lutter contre l'injustice et l'insécurité. Le projet de loi de programmation et d'orientation, qui doit être présenté avant la fin de l'année 2002, prévoit la réhabilitation, sur cinq ans, de 400.000 logements ainsi que la destruction/reconstruction de 200.000 habitations. Il s'agit de " remettre à niveau une fois pour toutes " le parc immobilier. " Il ne fut pas construire pour 40 ans, avec une rénovation partielle tous les cinq ans mais pour 150, voire 200 ans".

La masse de travaux a été estimée par l'ensemble des partenaires à trente milliards d'euros, sur lesquels l'Etat devrait participera à hauteur d'1,2 milliard d'euros supplémentaire sur 5 ans.

Pour favoriser le projet, il sera créé un " guichet unique " chargé de réunir tous les crédits consacrés au logement pour qu'ils puissent être utilisés plus simplement et plus rapidement. Ce guichet unique, qui devrait être en place rapidement, sera géré par une nouvelle "mission de renouvellement urbain", dans laquelle seront représentés entre autres le monde des HLM, le "1% collecteur", la Caisse des dépôts et des consignations et l'Agence nationale pour l'amélioration de l'habitat (ANAH).

Aux maires, communautés urbaines et bailleurs de proposer les projets de rénovation, le ministre se réservant la tâche d'être une "sorte de task-force pour pousser les dossiers".

Dans son rapport annuel, publié en mars 2002, la fondation Abbé-Pierre estimait que trois millions de personnes étaient mal logées en France: 500.000 personnes dans un habitat précaire et temporaire et deux millions dans des logements dépourvus du confort sanitaire de base.

Militant pour la création d'un "ministère du Développement social urbain", la fondation avançait l'objectif de construction de 70.000 logements dès 2002.


© Automates Intelligents 2002

 





 

 

 

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