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15 Octobre 2002
par Jean-Paul Baquiast

Les aptitudes cognitives des nouveau-nés

Dans un hors-série de la revue Sciences et Avenir en date d'octobre 2002 intitulé Le bon sens et la science, Joëlle Proust, directeur de recherche à l'Institut Jean Nicod du CNRS-Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, explicite les découvertes récentes de la psychologie du développement relatives aux outils de connaissance dont les bébés disposent dès leur naissance (La cognition naturelle, p. 52). Il s'agirait de dispositions innées qui leur permettraient d'organiser très vite leurs représentations du monde et la façon de les utiliser au sein de comportements efficaces. Par dispositions innées, on entendra des modules du cerveau ou des procédures mentales "câblées" sous commande des gènes de développement, qui ont été élaborées progressivement par l'évolution pour faciliter l'adaptation du jeune à son environnement - de même que chez de nombreux animaux le jeune dès sa naissance semble pouvoir marcher pratiquement sans apprentissage.

Ces dispositions innées, à elles seules, ne pourraient servir à rien. Mais elles permettent au bébé, mis en contact d'un environnement stimulant et d'une culture plus ou moins riche, de se doter en quelques mois ou années de l'ensemble des connaissances élémentaires ou de bon sens lui permettant de continuer toute sa vie à enrichir ses contenus cognitifs. Pour les enfants favorisés, ces premières connaissances sont le tremplin à partir duquel il pourra accéder au corpus social des méthodes, concepts et lois scientifiques.

Joëlle Proust indique que 5 grands domaines de telles dispositions permettant l'accès à des connaissances ordinaires ont pu être individualisés: le monde physique (par exemple la chute des corps), le biologique (les propriétés du vivant par rapport à l'inerte), le langagier, le mental (la théorie de l'esprit permettant de deviner comment pensent les autres) et le social (interdits et permissions, contraintes diverses). Il ne s'agit évidemment pas de connaissances théoriques, non plus que de connaissances pouvant faire l'objet d'une auto-réflexion consciente, mais seulement de règles que dans le fonctionnement pratique de son corps et son esprit l'enfant intègre et pratique.

Nous pensons que ces travaux de la psychologie du développement mériteraient une très large publicité, car leurs conséquences pourraient être considérables. La première chose à en retenir est qu'ils donnent semble-t-il définitivement raison à Chomsky contre les théories de la page blanche. On se souvient que Chomsky a toujours défendu l'existence de structures innées du langage expliquant l'acquisition rapide de la compréhension et de la parole (du moins en milieu où le langage est pratiqué). Beaucoup de linguistes au contraire ont toujours prétendu que l'apprentissage du langage n'était qu'une affaire de culture, faute de pouvoir identifier des gènes du langage. Parler d'un gène ou de gènes du langage est évidemment simpliste, mais supposer que le cerveau des hominiens, depuis que le langage symbolique a vu le jour, n'ait pas développé de structures favorables à l'apprentissage rapide des langues ne serait pas crédible.

Développements de recherche

Il sera évidemment intéressant d'étendre la recherche de telles dispositions innées dans tous les autres domaines de la cognition, en étudiant chaque fois la façon dont progressivement les connaissances naturelles, ou formatées dès la naissance, se complexifient dans la vie sociale, surtout si celle-ci est riche. On verra alors comment la rationalité scientifique enrichit progressivement la rationalité spontanée, puis comment apparaît la conscience de soi. On pourra aussi à ce stade étudier le rôle des mèmes dans la complexification du cerveau intelligent individuel connecté à des réseaux sociaux au sein de super-organismes.

Une autre perspective à développer concernera la recherche de telles bases innées de connaissances chez les autres espèces animales, en ne se limitant pas aux seules espèces proches de l'homme. Nous verrons en présentant le beau livre de Emmanuelle Grundmann, Etre singe, que ce travail mériterait d'être approfondi, non seulement chez les primates, mais chez, par exemple, les cétacés et les oiseaux. Dominique Lestel a insisté à juste titre sur les cultures animales et leur importance face aux comportements génétiquement acquis. Mais ces cultures ne peuvent se développer - comme chez l'homme d'ailleurs -qu'à partir de bases cognitives innées. Si l'animal apprend quelque chose à sa naissance, ce qui est incontestable, même s'il est bien pourvu en "réflexes" pouvant se dérouler plus ou moins automatiquement, c'est bien parce qu'il dispose de bases lui permettant de se retrouver dans un monde nécessairement évolutif.

On pourra d'ailleurs se demander, mais la question sera plus difficile à étudier, si les animaux ne disposent pas d'autres bases mentales que celles identifiées chez l'homme, leur permettant de s'adapter à des aspects du monde qui nous échapperaient, et que nous pourrions éventuellement importer afin d'augmenter nos capacités. On peut penser aux capacités d'orientation dans l'espace proche ou pour les navigations au long cours. Mais il y aurait sans doute de nombreux autres domaines à découvrir.

Cela conduira tout de suite à réfléchir à l'acquisition de connaissances par les automates. Si on construit ceux-ci comme des pages blanches, en leur laissant le soin de s'adapter d'eux-mêmes sur le mode évolutionnaire à des milieux plus ou moins complexes, il faudra beaucoup de temps avant qu'ils n'acquièrent les compétences d'un bébé humain ou animal à sa naissance. Mais en contre-partie, peut-être apprendront-ils des choses que ces bébés n'auraient jamais découvertes.

A l'inverse, on gagnerait du temps si on réussissait à les équiper de structures mentales analogues à celles des cerveaux des bébés qui permettent à ceux-ci de se doter très vite d'une cognition naturelle. Ray Kurzweil dirait qu'il suffirait pour ce faire de scanner et reproduire les zones cérébrales concernées. Avant même cela, on pourrait sans doute, si on y mettait les moyens nécessaires, produire des automates déjà capables de rivaliser avec des bébés dès leur sortie de l'atelier.

NB: Voir aussi dans ce numéro l'article de John Skoyles


© Automates Intelligents 2002

 





 

 

 

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