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13 Mai 2002

Le libre artibre expliqué?
par Jean-Paul Baquiast

Présentation
La publication simultanée de deux articles proposant une théorie des champs électromagnétiques de la conscience dans le numéro d'avril 2002 de la très sérieuse revue Journal of consciousness ne peut passer inaperçue (cf : http://www.imprint.co.uk/jcs_9_4.html).
Selon cette théorie, le champ électromagnétique connu depuis un siècle et généré par le fonctionnement électrique du cerveau résulterait de la superposition des champs produits par l'activité synchrone des assemblées de neurones responsables notamment de la perception et de la veille. Ce champ serait le support de la conscience. Il induirait ou commanderait en retour des activités neuronales dans le domaine dit volontaire, conduisant notamment à des actions motrices.

Ainsi, les réseaux neuronaux dont la coopération (binding) par les voies traditionnelles de la transmission synaptique délimite un "espace de travail conscient" analysée depuis quelques années, seraient reliées simultanément de façon beaucoup plus souple par une dynamique de champs électromagnétiques mieux apte à rendre compte des caractères particuliers de la conscience. Toute une série de conséquences pratiques pourraient être tirées de cette interprétation, qui redonne à la conscience un rôle induit, mais déterminant, dans la conduite du comportement.

L'article principal* du Journal of conciousness est signé par le Dr Johnjoe McFadden, qui vient de publier un livre plus ambitieux : "L'évolution quantique. Une nouvelle théorie de la vie". Dans cet ouvrage, dont nous rendons compte par ailleurs, l'auteur situe les champs magnétiques conscients dans une théorie plus générale de la vie comme phénomène se développant à la frontière du monde quantique et de notre monde matériel. Il montre comment la manipulation des particules quantiques par les molécules vivantes, an niveau notamment des enzymes et de l'ADN, peut, dans une certaine mesure, accélérer les mutations favorables à l'adaptation darwinienne de ces molécules. Les champs électromagnétiques conscients, impliquant eux aussi des particules quantiques notamment dans les canaux ioniques des neurones, participent, au niveau supérieur du système nerveux, à cette évolution "dirigée".

Plusieurs scientifiques et philosophes ont déjà abordé ces problématiques, espérant y trouver des réponses aux questions que la science d'aujourd'hui laisse sans solutions : qu'est-ce exactement que la vie ? Qu'est-ce que la conscience ? Le libre-arbitre est-il une réalité et de quelle façon peut-il s'exprimer ? Mais le travail du Dr McFadden nous a surpris par sa rigueur et son ambition. Il suscitera certainement de nombreuses oppositions, sans doute autant partisanes que scientifiques. Nous pensons néanmoins qu'il est impératif de connaître et approfondir de telles hypothèses. Si elles se révélaient fondées, elles bouleverseraient radicalement notre conception du monde et de la place que peut y tenir la conscience - sans pour autant provoquer un retour à des conceptions religieuses ou morales de celle-ci et de la "liberté" humaine qui sortiraient du domaine de la connaissance scientifique proprement dite.

Ajoutons, dans l'esprit de notre revue, que le lien assuré entre le monde matériel et le monde quantique par de telles recherches sera particulièrement opportun à un moment où le développement des automates intelligents évolutionnaires utilisant des composants fournis par les nanotechnologies (elles-mêmes à la frontière du quantique) va constituer un pas de plus dans l'unification de la physique, de la biologie et des sciences cognitives.

Nous nous proposons dans cet article non pas de tenter de réfuter les thèses de Johnjoe McFadden, ou d'insister sur leurs faiblesses - ce qui serait d'ailleurs hors de notre portée - mais simplement d'insister sur les perspectives qu'elles offrent, afin de contribuer à leur diffusion et à leur succès.

Voir aussi notre interview de Johnjoe McFadden

* "Synchronous Firing and Its Influence on the Brain’s Electromagnetic Field Evidence for an Electromagnetic Field Theory of Consciousness", par Johnjoe McFadden, Journal of Consciousness Studies Volume 9, No. 4, April 2002, pages 23 à 50.

Automates-intelligents 13 mai 2002

On se souvient de l'espoir, vite déçu, qu'avait suscité le titre d'un ouvrage pourtant fort intéressant par ailleurs de Daniel Dennett, "La conscience expliquée" ("Consciousness explained "). Cet ouvrage apportait un regard nouveau sur le fonctionnement du cerveau, en détruisant notamment le mythe du "théâtre cartésien", pour reprendre le mot de l'auteur, c'est-à-dire celui de l'homoncule siégeant au sommet du cerveau et arbitrant tel un pilote d'avion entre les différentes entrées et sorties d'information à sa disposition. Mais il n'apportait pas de précisions sur l'organisation et le fonctionnement des neurones en charge de ce qui fut appelé depuis l'espace de travail conscient. Le livre, dans ces conditions, ne pouvait prétendre donner le moindre début d'éclairage sur ce qui se passe dans notre tête quand nous avons l'impression de procéder à des choix volontaires conscients, c'est-à-dire de faire appel au libre arbitre. Il s'agit pourtant là de la grande question que pose la conscience, question autant philosophique que neurologique.
Conscience et libre-arbitre ne peuvent être totalement confondus. Pour prendre une image d'ailleurs inexacte, si je regarde un paysage tout en étant assis chez moi avec une jambe dans le plâtre, la conscience que j'aurai de l'existence de ce paysage ne me permettra pas pour autant de décider d'y faire une petite course hygiénique. Si la question du libre-arbitre intéresse en priorité les individus, elle intéresse aussi les groupes, comme nous allons le voir. La vie d'un militant politique consiste pour l'essentiel à formuler des mots d'ordre volontaristes à l'intention de ses co-citoyens.

Les ouvrages ultérieurs d'Antonio Damasio, Gerald Edelman et Jean-Pierre Changeux (cf "L'homme de vérité"), consacrés au cerveau, ont approfondi la question de la conscience, en proposant des grilles de lecture très convaincantes relatives à l'épigénétique et à la physiologie des réseaux neuronaux, supports supposés des faits de conscience. Jean Pierre Changeux, associé à Stanilas Dehaene, a précisé, ainsi que par ailleurs et un peu différemment Bernard Baars, le concept d'espace de travail conscient, résultant d'une interconnexion entre neurones fonctionnels travaillant en parallèle et neurones de liaison. D'une façon générale, la conscience est un thème à l'ordre du jour. Les articles et communications à ce sujet se multiplient, même en France, comme l'a montré le récent congrès Biologie et conscience. Mais les grandes questions que chacun de nous se pose face au volontarisme et au libre-arbitre n'y sont pas résolues : "Que se passe-t-il en moi quand je me sens penser ou prendre une décision volontaire ? Est-ce moi qui décide et à partir de quels événements précurseurs? Dois-je me forcer à être actif et intelligent dans la vie, ou suffit-il que je me laisse aller sans réagir aux évènements ". En fait, ces questions n'y sont même pas abordées, comme si elles étaient inconvenantes, ou révélatrices d'un esprit tout à fait primaire.

On notera qu'un informaticien et spécialiste de l'intelligence artificielle évolutionnaire, Alain Cardon, se pose un peu la même question dans la perspective du projet de conscience artificielle sur lequel il travaille : qu'est-ce que penser pour une conscience artificielle ?
Il estime avoir trouvé une réponse. Mais aussi éclairantes que puissent être les comparaisons entre conscience artificielle et conscience biologique, sur lesquelles nous reviendrons à la fin de cet article, il ne faut pas pour autant renoncer à tenter d'éclairer les fondements biologiques du libre-arbitre, vrai ou supposé.

Pour cela, dans la mesure où les approches traditionnelles n'aboutissent pas, il ne faut pas hésiter à rechercher ailleurs, en restant néanmoins dans le domaine scientifique, c'est-à-dire en refusant un retour plus ou moins explicite au spiritualisme et au dualisme. Mais rester dans le domaine du scientifique ne signifie pas nécessairement fournir une théorie complète de pied en cap, totalement falsifiable au sens ou l'entendait Popper. Il peut s'agir, dans un premier temps, d'hypothèses larges (nous pourrions presque dire philosophiques, si le mot n'était pas honni) embrassant un certain nombre de travaux scientifiques en cours et ouvrant de nouveaux domaines de recherches qui, eux, feront l'objet du passage au crible habituel à la démarche scientifique.

Sous cet angle,  on trouve dans les propositions de Johnjoe McFadden, professeur de génétique moléculaire à l'Université du Surrey, complétées de celles de quelques autres scientifiques que nous citerons par la suite, des pistes particulièrement intéressantes. Et si après tout, le mystère de l'explication du libre-arbitre, comme force capable d'orienter l'évolution, était bien plus près d'être éclairci qu'on ne le pense ? Toutes les formes de pensées, de philosophies et sans doute aussi d'actions en seraient changées, sans doute radicalement.

Cet article a pour ambition de poser la question d'un point de vue naïf, qui n'engage en rien, pour le moment, les scientifiques qui seront cités.

Qu'est-ce exactement que le libre-arbitre du sujet conscient, ou conscience volontaire ?

Dans la perspective matérialiste qui est la nôtre (excluant le dualisme), la priorité consiste à préciser exactement le moment où le "Je" prend une décision que nous pourrons qualifier de consciemment volontaire, qu'il conviendra de distinguer de toutes celles qui sont la conséquence des multiples conditionnements génétiques et culturels auxquels les hommes comme les animaux sont soumis. Ces dernières décisions, ou pseudo-décisions, peuvent être éventuellement conscientes, mais il ne s'agit pas de décisions impliquant ici et maintenant le Je. C'est un peu ce que veux sans doute dire le fumeur invétéré qui explique : "Je sais bien que je fume. Je voudrais m'en empêcher, mais je ne peux pas ", et qui allume (volontairement) sa ènième cigarette de la journée

Intuitivement, nous considérons que la conscience volontaire est le propre de l'homme, ceci même lorsque nous ne nous référons pas à des conceptions dualistes de l'esprit. Une bonne partie de la culture occidentale fait en conséquence appel en permanence au volontarisme des individus et des collectivités. Des scientifiques toujours plus nombreux estiment au contraire que la conscience volontaire est une illusion. Selon eux, nous sommes déterminés, comme on vient de le dire, par de nombreux facteurs, génétiques et culturels, dont l'imbrication très complexe et loin encore d'être élucidée peut donner à certains une impression fausse de liberté.

L'expérience de Libet

Diverses observations semblent confirmer l'hypothèse du caractère illusoire de la décision volontaire. On peut citer celle des neurobiologistes Benjamin Libet et Bertram Ferstein de l'Université de Californie (McFadden, op.cit, p. 226). On demande à un sujet de plier un doigt volontairement, en indiquant précisément à quel moment il prend la décision d'accomplir ce mouvement. Des appareillages adéquats enregistrent le temps mis entre l'annonce de la décision et la réponse du motoneurone et du muscle concerné, soit environ 200 millisecondes, ce qui est normal. En revanche, environ une demi-seconde avant l'annonce de cette décision, des enregistreurs placés sur le crâne du même sujet notent une activité électrique neuronale dans l'aire du cerveau en charge de la prise et de l'exécution de la décision. Ceci peut être interprété comme le fait que l'action précède la conscience, d'un temps considérable. Il y a donc quelque facteur en amont de la décision consciente qui provoque son déclenchement. Faut-il en déduire que nous sommes des automates, et que l'impression de libre-arbitre n'est qu'une illusion ?

Lorsque nous étudions la décision chez l'animal, c'est ce que nous inférons systématiquement. Je m'approche d'un merle installé sur une pelouse. Il me regarde un certain temps, d'un air que je qualifierais de circonspect. Puis, si je continue de m'approcher, il prend brutalement la décision de s'envoler. Peu de scientifiques avanceraient que sa décision résulte d'un débat conscient entre le pour et le contre, puis du choix volontaire de s'envoler quand le danger lui paraît se rapprocher d'un peu trop près. On imagine plutôt que des programmes de mise en alerte et d'évitement inscrits dans les gènes et complétés éventuellement par l'expérience déclenchent l'envol une fois atteint un certain seuil de risque calculé par ces programmes. De tels programmes, relevant de la théorie computationnelle de l'esprit, sont sûrement très complexes. Ils peuvent être simulés sur un robot par la mise en œuvre d'algorithmes évolutionnaires. Mais nul ne parle (peut-être à tort d'ailleurs) de libre-arbitre de la part du merle, non plus d'ailleurs que de la part d'un robot réalisant les mêmes performances.

On en parle encore moins quand il s'agit de comportements collectifs apparaissant au sein d'une foule : par exemple lorsqu'une bande d'oiseaux s'envole brutalement. L'initiative vient-elle d'un individu, imité par les autres, auquel cas nous sommes ramenés à la situation précédente. Sommes-nous en présence d'un comportement collectif de type chaotique résultant de l'interaction d'agents multiples, dont d'ailleurs les modalités resteraient à étudier. On ne sait. Mais en tous cas, nul une fois de plus n'ira supposer que ces animaux répondant à un mouvement de foule sont individuellement conscients de ce qu'ils font, et décident volontairement de s'envoler face à un danger.

Or dans la vie courante, comme nous l'avons dit, nous prenons sur le même mode d'innombrables décisions qui sont en fait déterminées en amont par de nombreuses causes auxquelles il nous est pratiquement impossible d'échapper. Nous sommes parfois conscients de prendre ces décisions, nous sommes également parfois conscients des raisons pour lesquelles nous les prenons, mais cette prise de conscience accompagne la décision et ne la provoque pas. En ce cas, nous nous comportons effectivement comme des automates.

On pourrait assez facilement montrer que TOUTES nos décisions relèvent en fait de ce type de déterminisme. Mais ériger ceci en principe serait à la fois contre-intuitif et peut-être scientifiquement erroné. Il faut voir aussi les réalités pratiques : alors que le volontarisme est au cœur des sociétés occidentales (dont il a sans doute permis les succès), alors qu'il nous anime tous à tous moments, moi le premier lorsque j'écris cet article, au lieu de paresser devant Loft story, il ne serait pas crédible de postuler le fatalisme. On pourrait imaginer que le volontarisme soit un mème (au sens défini par Susan Blackmore) qui se serait installé dans les esprits des Occidentaux, mais cela ne dispenserait pas d'en rechercher les bases biologiques : d'où serait-il venu et comment agirait-il ?

Posons le postulat contraire. Revenons à l'expérience de Libet. On admettra que le sujet n'est pas libre de lever le doigt ou non, puisqu'il a accepté de se livrer à l'expérience. Sur ce point, il est donc déterminé par des facteurs extérieurs. Par contre, il dispose en propre d'un court instant de liberté : décider à tel moment et non à tel autre de faire le mouvement demandé. Le merle évoqué plus haut dispose d'ailleurs peut-être aussi de cette liberté, comme quoi le libre-arbitre ne serait pas limité à l'homme.

Mais l'expérience de Libet semble montrer que quelque chose au sein du sujet décide du choix du moment avant que sa volonté ne l'a fait. Si nous voulons réintroduire le libre-arbitre, il faut comme le fait Johnjoe McFadden questionner ce qui se passe, dans ce temps d'une demi seconde où le cerveau semble se préparer à prendre la décision avant que le moi conscient n'ait décidé de le faire. Libet a supposé que dans la demi- seconde séparant la préparation de la décision consciente (préparation inconsciente) et la prise consciente de la décision, la volonté consciente intervient pour interdire ou renforcer le jeu des déterminismes. Mais cela ne renseigne en rien sur l'origine de cette volonté. D'où tirerait-elle l'énergie nécessaire à inhiber ou renforcer des déterminismes certainement très contraignants ? De la synthèse de l'ensemble des informations constituant la personnalité consciente et inconsciente du sujet ? Mais quelle forme prendrait cette synthèse ?

L'hypothèse de Robert Kane

Rappelons d'abord l'hypothèse de Robert Kane concernant le libre-arbitre (free will). Plutôt qu'évacuer la question comme relevant d'une illusion, ou ressusciter les hypothèses proposées il y a quelques années par Eccles et Penrose pour sauver le spiritualisme en faisant appel aux mystères de la mécanique quantique appliquée aux particules présentes au sein des micro-tubules neuronales, Robert Kane propose une solution simple que nous résumons ici. Il rappelle que le libre-arbitre paraît aux scientifiques d'aujourd'hui incompatible aussi bien avec le déterminisme (qui exclut le choix) qu'avec l'indéterminisme (si les choix se font au hasard, notre apparente volonté n'est elle-même qu'une manifestation de ce hasard). Pour lui au contraire, il y a réellement libre-arbitre, mais dans des conditions bien particulières. L'impression subjective de libre-arbitre que nous ressentons face à deux possibilités dont nous choisissons l'une aux dépends de l'autre (par exemple se lever au lieu de rester couché) tient au fait que les deux branches de l'alternative correspondent à deux versions de notre histoire quasiment équi-probables, en faveur desquelles nous sommes près à faire le même choix volontaire : j'ai autant de raisons valables de me lever que de rester couché. Sinon d'ailleurs j'aurais choisi l'une de ces possibilités sans même m'interroger. Il y a donc un petit quelque chose au niveau du hasard et de l'incertain dans nos neurones, ou plutôt dans ce que Kane appelle les réseaux neuronaux récurrents (Churchland 1996, The engine of reason, the seat of the soul, MIT press ) intervenant dans ce type de décision, qui fait basculer notre choix en faveur de telle ou telle solution. Un réseau neuronal l'emporte sur l'autre, pour une raison imprévisible et indéterminée. A ce moment, comme une moitié de moi était déjà préparée à adhérer à ce choix, cette moitié, dans laquelle je me reconnais tout entier (d'où mon impression de libre choix) adhère au choix et en assume la responsabilité. L'hypothèse, on le voit, est dans la droite ligne de la pensée de Prigogine, selon laquelle une brisure de symétrie liée au hasard introduit une bifurcation, et provoque l'émergence d'une structure dissipative nouvelle. Cette thèse a été développée dans un ouvrage de Robert Kane, The significance of free will, Oxford University press, 1996 (voir http://uts.cc.utexas.edu/~rkane/). Elle est résumée dans un article de l'ouvrage collectif l'Homme devant l'incertain consacré à la pensée de Prigogine, publié en 2001 aux éditions Odile Jacob ).

Dans le cas du sujet de l'expérience de Libet, les deux solutions équi-probables ne seraient pas de lever un doigt ou non (puisque le sujet est convaincu de la nécessité où il se trouve de faire ce geste) mais du moment précis où il décide de le faire : dans cette seconde-ci ou dans la suivante, moment qui n'a pas d'importance précise pour lui, mais qui marque cependant l'enclenchement de l'action. Pourtant la question du petit quelque chose qui intervient pour provoquer la brisure de symétrie reste entier. Robert Kane ne la traite pas véritablement. La solution qu'il évoque, les réseaux récurrents, a l'inconvénient de faire appel à des structures neuronales en réseau dont on ne voit pas bien à quoi elles correspondent dans le cerveau, ou en quoi elles diffèrent des réseaux étudiés par Baars ou Changeux. On ne voit pas davantage les raisons qui font qu'à un moment ou un autre la symétrie se brise. Il n'est pas certain non plus que, dans les cas où un sujet ferait appel à un véritable choix volontaire, les solutions entre lesquelles il choisirait seraient également équi-probables ou indifférentes. Si je décide de lever un doigt (où lorsque le merle de notre exemple décide de s'envoler pour fuir un danger), l'engagement correspondant peut être plus implicant pour moi que celui correspondant au choix de la minute précise à laquelle je passe à l'acte.

De façon plus fondamentale, il ne semble pas que le libre-arbitre consiste à choisir quasiment au hasard entre des solutions équi-probables. En général, il consiste au contraire à s'arracher aux déterminismes pour adopter des solutions qui, sans l'intervention de la volonté, seraient restées hautement improbables. Il traduit la mise en œuvre d'un facteur qui conduit, comme l'on dit, la volonté, parfois celle d'un seul individu, à soulever des montagnes.

Une définition plus ambitieuse mais encore intuitive
de la conscience volontaire

Si nous estimons que la volonté consciente ou conscience volontaire ou libre-arbitre (ne faisons pas de différence entre ces  3 expressions) est non pas un épiphénomène se superposant aux divers déterminismes qui nous commandent d'agir, mais un caractère essentiel apparu lors de l'évolution des êtres vivants et s'étant développé compte-tenu des avantages compétitifs apportés, nous devrons rechercher les raisons plus fondamentales qui sont à la base des choix ressentis comme volontaires. On peut supposer alors que le libre-arbitre n'est pas né avec l'espèce humaine, contrairement à ce que pensent généralementl les philosophes. Il pourrait s'agir d'un phénomène déjà en œuvre aux origines mêmes de la vie.

Pour approfondir cette voie de recherche, essayons de définir la conscience volontaire telle qu'elle nous apparaît, non sous les instruments d'observation des neuropsychiatres, mais dans notre vie quotidienne. Nous en donnerons une image épurée et sans doute un peu idéale. Dans les décisions complexes, les processus de type rationnel et explicite que nous résumons ici sont souvent, sinon toujours, doublés par des motivations inconscientes, qui ne relèvent plus de la conscience volontaire, mais du jeu des déterminismes évoqués en introduction.

La conscience volontaire est généralement utilisée pour préparer et accompagner une prise de décision, elle-même consistant à faire un choix : faire ceci ou ne pas le faire, faire ceci ou autre chose. Ce choix est en général considéré comme très impliquant. Sans cela, il serait accompli sur le mode automatique. On peut même estimer, comme nous venons de le dire, que la conscience volontaire n'a d'intérêt que si elle oblige à prendre des décisions difficiles, à contre-courant des déterminismes. En ce sens, comme la vie, elle est créatrice de néguentropie, et demande donc de prélever de l'énergie. Notons pour la bonne forme que la décision n'aura d'intérêt que si elle est suivie d'effets. Le sujet devra engager son corps et les forces matérielles et morales qu'il peut mobiliser au service de la réalisation du choix qu'il aura décidé de faire. Le monde sera donc d'une façon ou d'une autre modifié par la mise en œuvre de la décision, ce qui produira de nombreux effets en retour.

La conscience volontaire suppose un choix éclairé. Pour cela, au-delà d'une simple mise en alerte (awareness) le sujet mobilise toutes les données externes et internes auxquelles il peut accéder, qui l'aideront dans sa décision. Il les introduit dans l'espace de travail de sa conscience volontaire, en les normalisant de façon à les rendre compatibles en vue des traitements permettant d'en évaluer l'intérêt. Pour être utilisables, ces données doivent être immédiatement accessibles. Il ne s'agit pas d'aller constituer un dossier en bibliothèque, mais de disposer sous le casque, comme un pilote d'avion de chasse, de l'ensemble des paramètres en un seul coup d'œil. On peut constater que le sujet prenant la décision n'a pas toujours besoin de consulter explicitement et individuellement les données rassemblées. Il lui suffit parfois d'en tirer une impression ou un sentiment général, un peu comme le pilote qui peut se satisfaire de survoler ses cadrans pour vérifier que les paramètres du vol restent nominaux.

La conscience volontaire suppose comme référence ultime, au-delà des données informatives, la prise en considération du moi tel qu'il s'est construit dans la vie du sujet et tel qu'il est remémoré au moment de la prise de décision. Le choix fait engage la personne, avec son histoire et ses propriétés spécifiques. Contrairement aux données servant à documenter la décision, le moi ne constitue pas un système d'informations clairement analysable par le sujet lui-même, ici et maintenant. Il est très souvent implicite. Il est très souvent déformé par des illusions cognitives. Il s'exprime cependant lors de la prise de décision volontaire par des informations de type langagier (je ne peux pas prendre telle décision, avec mon passé de militant…). Mais il n'en pèse pas moins et très fortement. C'est finalement la pierre de touche de la décision volontaire consciente. On peut admettre, dans la mesure où chaque individu représente la synthèse cohérente d'une série de forces en action, tendues vers la survie, que le moi ainsi défini est lui-même la synthèse de l'individu. Pour paraphraser Victor Hugo, nous pourrions dire "Je suis une force qui va".

La conscience volontaire ainsi définie intéresse les individus, en premier lieu, mais aussi les collectivités d'individus rassemblés par des valeurs et intérêts communs. On pourra donc parler de conscience volontaire collective. Mais la conscience volontaire collective s'exprime, de façon explicite, par l'intermédiaire des individus - ce qui n'exclut pas la possibilité de consciences volontaires collectives muettes.

Rien enfin ne permet d'éliminer l'hypothèse que les animaux, y compris appartenant à des espèces très différentes des nôtres (tels les insectes), puissent être le siège de proto-conscience volontaires individuelles ou collectives, qui pour nous seront muettes.

La conscience volontaire au regard de la théorie quantique de l'évolution de JohnjoeMc Fadden

La définition de la conscience volontaire que nous venons de donner n'a rien de neurologique. Les neurologues et les représentants de bien d'autres disciplines scientifiques expliqueront qu'il s'agit d'une illusion du sens commun, sinon une résurgence d'un fonds de dualisme cartésien. Tout ce que nous venons de décrire peut en effet se produire dans un système vivant non doté de conscience, ou non doté de la capacité de prendre des décisions volontaires, qu'il s'agisse d'un animal, d'une espèce vivante ou d'un robot "intelligent". Quant à l'impression subjective que chacun d'entre nous ressent (dans la civilisation occidentale tout au moins) d'être un "Je" conscient, on dira effectivement qu'il s'agit d'une illusion sans intérêt (bien qu'inexplicable) ou, au contraire, que tous les systèmes un tant soit peu complexes, tel un ordinateur, en sont sans doute le siège sans pouvoir nous le dire.

Ce n'est pas le point de vue développé par J. McFadden dans son ouvrage "Quantum évolution, a new science of life". Résumons ce point de vue, qui nous a paru suffisamment révolutionnaire pour être connu de tous, bien que reposant sur des bases que certains se plairont à trouver fragiles. Mieux vaudrait se reporter au livre. On pourra aussi se reporter à l'interview de l'auteur que nous produisons dans ce même numéro. Mais on peut néanmoins tenter ici de résumer en quelques lignes l'essentiel de sa démonstration.

La vie, phénomène quantique

Pour l'auteur, l'évolution biologique résulte comme dans le schéma darwinien classique de la survenance de mutations, mais de mutations dirigées. Il ne s'agit pas pourtant d'une direction imposée par un quelconque finalisme ou vitalisme, mais qui tient à la nature quantique de notre monde. Au sein d'une molécule d'ADN, l'enzyme responsable de la duplication du brin d'ADN peut faire des erreurs, dont certaines tiennent à la nature quantique du monde. Les protons codants de l'ADN, qui sont des particules quantiques en état de superposition, peuvent et doivent circuler par effet tunnel dans la molécule de l'ADN. Ceci conduit à des structures tautomères (ndlr: qui existent sous plusieurs formes en équilibre) pour les bases de l'ADN. Des formes tautomères de bases d'ADN peuvent s'apparier avec des bases incorrectes : A avec G et T avec C plutôt que A avec T et C avec G. Si durant la réplication de l'ADN provoqué par l'intervention de l'enzyme, la base de départ ou la base d'arrivée sont sous des formes tautomères, alors la mauvaise base peut être insérée dans le nouveau brin, causant une mutation. Ce processus serait responsable de 0.01% des mutations, soit une éventualité relativement commune. Mais, pour que le proton se matérialise dans tel ou tel lien chimique sur la molécule, plutôt que rester en état de superposition quantique, il faut qu'une mesure quantique ait été réalisée. La mesure quantique est faite par la molécule d'enzyme, qui constitue avec ses milliards d'atomes l'environnement complexe produisant la décohérence (décohérence entre l'état ondulatoire et l'état particulaire). Elle ne peut l'être que dans les conditions d'environnement favorable, par exemple la présence de nutriment qui réveille l'activité de la cellule.

La capacité de la cellule à mesurer la position des particules fondamentales au sein de la double hélice d'ADN sera déterminée par la composition favorable de l'environnement, en l'espèce la présence de nutriment. Celui-ci arme les systèmes de mesure de la cellule, lui permettant de mesurer la position des protons de l'ADN qui potentiellement codent pour l'enzyme en charge de la duplication. La cellule peut alors procéder à une série dense de mesures qui perturbent la dynamique de ces protons et augmentent le taux de mutation et donc le taux de mutations favorables à l'adaptation de l'organisme.

Ceci en d'autres termes veut dire que dès l'apparition de la vie, encore une fois si de telles hypothèses sont exactes, l'évolution, au lieu de se faire au hasard, s'est trouvée orientée dans le sens de la conservation et de l'amplification des premières structures vivantes. Le mécanisme responsable de cette orientation relève de la nature quantique des particules élémentaires composant les molécules biologiques. La mesure quantique de particules situées à des endroits critiques de ces molécules, résultat de leurs contacts avec l'environnement offert par ces molécules, a provoqué leur décohérence. Les particules physiques résultant de cette décohérence sont venues, sous l'influence de l'effet dit Zénon inverse, se positionner dans des emplacements ou sur des trajectoires leur permettant, à l'intérieur de chacune des filières phylogénétiques, d'augmenter le nombre des mutations les plus adaptées aux besoins de survie des espèces correspondantes, par rapport à des mutations survenant au hasard.

La conscience volontaire est-elle un phénomène quantique ?

Quelles applications peut-on tirer de ces propositions en ce qui concerne le phénomène de la conscience volontaire ? On peut supposer que, dès l'apparition des organismes dotés d'un minimum de système nerveux, le même mécanisme a joué pour favoriser les mutations provoquant l'apparition de représentation synthétique de l'organisme dans son environnement, amorce d'une conscience de soi. L'existence de cette conscience, même rudimentaire, prenant la forme de circuits neuronaux ou d'un champ électromagnétique, a joué le rôle d'un environnement qui a continué à provoquer la décohérence des particules quantiques impliquées dans la neurogenèse et dans la synapsogenèse. Ainsi les supports de la conscience de soi ont pris de plus en plus d'importance dans les espèces animales complexes, favorisant leur adaptation par l'augmentation de leurs performances à manipuler l'information symbolique.

En fait, arrivé à ce stade de sa démonstration, J. Mc Fadden abandonne momentanément la question de savoir si la conscience volontaire peut ou non être intégrée dans sa théorie quantique de l'évolution pour interroger les fondements neurologiques de la conscience, ou plutôt de l'espace de travail conscient déjà évoqué. Nous avons vu que la presque totalité des neurologues voient cet espace comme le feraient des informaticiens : un réseau interconnecté de neurones fonctionnels (affectés à des tâches accomplies en série) reliés par des neurones associatifs éventuellement réentrants. On retrouve l'architecture décrite par Gerald Edelman, et correspondant à son idée de la complexité : le maximum de spécificités fonctionnelles différentes reliées par le maximum de liens fonctionnels différents . Dans une telle architecture, les liaisons entre neurones (le "binding") sont supposées être assurées sur le mode classique, par transfert du potentiel d'action électrique ou par transfert de neuro-transmetteurs chimiques, via notamment les synapses.

D'autres hypothèses existent pourtant dorénavant, concernant le "binding", notamment pour répondre aux exigences de souplesse et d'instantanéité que semble requérir le champ conscient, et que des liaisons de point à point entre neurones, aussi rapides que puissent être ces dernières, ne permettraient peut-être pas de satisfaire. Parcourir les numéros récents des revues internationales consacrées à la conscience montre que les expériences et les hypothèses parfois audacieuses ne manquent pas (y compris d'ailleurs de la part d'auteurs relativement anciens, tel par exemple Walter J. Freeman). La plus achevée de ces hypothèses nous paraît à ce jour être celle de J. Mc Fadden, qui développe le rôle des champs électromagnétiques résultant de l'activité électrique des neurones dans le "binding" des neurones processeurs fonctionnant en parallèle, générateur de la conscience et du "libre-arbitre". Il s'agit de ce que l'auteur appelle la théorie du champ électromagnétique conscient (cem-field) présentée par J.McFadden et, de façon indépendante, par Susan Pockett, dans le numéro d'avril 2002 du Journal of conciousness http://www.imprint.co.uk/jcs_9_4.html. Cet article montre, d'une façon très convaincante et, dit-il presque entièrement vérifiable, que la conscience volontaire résulte (sans exclure les réseaux électriques et chimiques entre neurones), d'une onde électromagnétique générée par l'activité des neurones de l'espace conscient, capable en retour d'influencer ces neurones et les motoneurones responsables des actions corporelles. Certaines difficultés demeurent selon nous, par exemple les conditions dans lequel ce flux (cem-field) peut accumuler et restituer les innombrables flux de détail résultant de l'activité des neurones individuels. Par analogie, on devrait dire que les vagues du grand océan ont gardé en mémoire et peuvent globalement restituer les vaguelettes provoquées par l'activité des milliers de bateaux qui y circulent. Les adversaires de la théorie du cem-field en profiteront pour refuser l'ensemble de l'hypothèse. Mais nous pensons intuitivement que cette hypothèse reste très pertinente.

S'appuyant sur la théorie du cem-field, J. McFadden va plus loin, non pas dans l'article précité, mais dans son livre. C'est là que nous retrouvons la perspective d'un libre-arbitre capable d'influencer ou diriger l'évolution. Dans la théorie du cem-field en effet, le libre-arbitre, résultant de l'intervention du Je, n'est jamais une cause première. C'est une cause seconde, qui intervient pour modifier les conditions de la prise de décision, mais les déterminants de celle-ci lui restent antérieurs, et relèvent des différents facteurs évoqués en introduction qui conditionnent l'activité des animaux et des hommes. En fait, J. McFadden propose dans les derniers chapitres de son livre l'amorce d'une véritable théorie quantique de la conscience volontaire. On peut résumer son argumentation en quelques points :

Il expose d'abord dans le livre la théorie du cem-field développé par l'article précité. Rappelons-la, pour la compréhension de la suite. La conscience résulte de l'établissement d'un lien cohérent (binding) entre aires et faisceaux de neurones distincts mais travaillant en parallèle à produire une représentation du monde (par exemple couleur, forme, odeur d'une pomme). On peut aussi parler d'un espace de travail conscient, qui est variable en densité et en position, mais qui potentiellement peut intéresser toutes les zones concernées par l'état d'attention (awareness).

La plupart des neurophysiologistes considèrent que ce lien entre neurones est réalisé par des connexions synaptiques électriques ou à base de neurotransmetteurs, plus ou moins durables et étendues. Pour J. Mc Fadden, la cohésion est assurée aussi et sans doute surtout par le champ électromagnétique résultant de l'activité électrique des neurones concernés par l'état d'attention et fonctionnant en synchronie (On ne précise pas clairement si ce champ se confond avec celui des ondes cérébrales connues depuis longtemps intéressant le cerveau tout entier). Il représenterait la conscience du sujet. Il serait produit par l'activité de chacun des neurones ou groupes de neurones impliqués dans la production de la conscience mais en retour, il modulerait cette dernière. L'hypothèse avait été suggérée par Popper en 1993. Elle est reprise ici sous une forme à la fois simplifiée et plus précise.

On observera que s'il est facile d'accepter l'idée qu'un phénomène ondulatoire de champ encode de l'information (c'est ce qui se passe dans les réseaux de radio et de télévision), on se représente assez mal la façon dont les millions de données résultant des micro-champs correspondant à l'activité des neurones participant à l'établissement de la conscience peuvent être mémorisées et globalisées sans être confondues. C'est nous semble-t-il un des points faibles de la proposition, mais qui devrait, nous l'avons dit, pouvoir être éclairci.

Pour le reste, selon J. McFadden, on peut démontrer que le cerveau génère un champ électromagnétique englobant des portions significatives de son potentiel de neurones. On peut montrer aussi, plus difficilement, que la conscience est un produit et une composante de ce champ. Des observations sur la mise en fonctionnement synchrone de zones cérébrales montrent qu'elle s'accompagne de la production de champs électromagnétique corrélés. Enfin, il ne fait pas de doute que l'intervention de champs électromagnétiques puisse provoquer l'activité des neurones, en ouvrant les canaux ioniques qui déclenchent l'impulsion électrique ou chimique de ces neurones. Le champ électromagnétique correspondant à la conscience, bien que faible, peut déclencher l'action de neurones qui sont en équilibre instable, c'est-à-dire sur le point de décharger.

Ainsi le champ électromagnétique conscient généré par l'activité de certains neurones peut moduler l'activité de ceux-ci ou d'autres. Il s'établit une boucle de rétroaction sur le mode auto-référent expliquant pourquoi et comment la conscience (le champ électromagnétique correspondant) peut diriger "volontairement" les actions du sujet.

L'apparition dans l'évolution des espèces de telles possibilités d'auto-représentation à travers un champ électromagnétique conscient a été soumis à la sélection darwinienne, du fait des avantages apportés. Le système a été rendu de plus en plus efficace, afin d'optimiser l'interaction du champ avec le câblage général du cerveau. La distinction vitale entre les domaines susceptibles d'entrer dans le champ conscient et ceux devant au contraire en être isolés s'est précisée - d'où l'impression de dualisme que nous ressentons de l'intérieur, entre les éléments de nous-mêmes dont nous sommes conscients et le reste, qui demeure en grande partie étranger à notre moi. Tout ceci, selon J. McFadden, peut donner lieu à de nombreuses hypothèses excitantes, vérifiables par les moyens modernes d'expérimentation.

Une théorie quantique de la conscience volontaire

Reste à proposer une théorie quantique de la conscience volontaire. J. McFadden rappelle sur ce point les apports de l'électrodynamique quantique, due à Richard Feynman, selon laquelle les forces électromagnétiques sont transmises par des photons se déplaçant d'une particule à l'autre. Dans le cas des échanges entre champ électromagnétique et neurones, ces interactions se situeront dans le domaine quantique (avec superposition d'état) ou dans le domaine matériel (après décohérence) selon le nombre des photons impliqués. Les canaux ioniques des neurones peuvent répondre à un très petit nombre de photons, un seul éventuellement. Dans ce cas, l'interaction prendra place dans le domaine quantique. Mais cet état de superposition ne peut durer indéfiniment. Le canal doit s'ouvrir ou se fermer. Si le canal s'ouvre dans un neurone pratiquement inactif, cela ne suffira pas à le faire décharger. S'il s'ouvre dans un neurone déjà en cours de décharge, l'ouverture du canal n'aura pas non plus d'influence. Si par contre, le neurone est dans un état critique à la marge du potentiel d'action, alors l'état du canal, ouvert ou fermé, provoquera une réaction macroscopique du neurone, qui déchargera ou non. La décohérence se produira instantanément. Le photon devra en effet faire un choix, être absorbé ou non, et la mesure quantique sera réalisée.

Commentaire

A quoi servira la conscience dans cette perspective, suivie de la décision consciemment volontaire ? A intégrer toutes les informations disponibles concernant le sujet et à orienter en conséquence vers un choix volontaire pertinent . Nous avons proposé ici  l'idée que le choix volontaire n'a d'intérêt que s'il va à l'encontre des déterminismes. Il crée de la néguentropie. La capacité à créer de la néguentropie, ou des états dissipatifs loin de l'équilibre, pour parler comme Prigogine, a survécu parce qu'elle a permis aux hommes de s'arracher aux déterminismes primaires. L'intégration des données vitales dans des espaces de travail peut se faire sans conscience. C'est ce qui se passe le plus souvent chez l'animal. L'animal n'a que peu de possibilités de prendre des décisions volontaires, à contre courant des déterminismes dominants. Son évolution peut l'engager dans des impasses dont l'espèce ne saura pas se dégager.

On a vu que dans la théorie quantique de l'évolution, les mutations résultant de la nature quantique de celle-ci ne se font pas au hasard, mais selon J. McFadden, dans un sens dirigé de façon à favoriser l'adaptation. La décohérence des particules quantiques (protons) placées dans des emplacements critiques résultant d'une série dense de mesures (effet Zénon inverse) augmente les probabilités d'obtenir des enzymes de transcription de l'ADN puis des ADN elles-mêmes plus adaptées aux conditions de la survie des organismes qu'elles ne le seraient si l'évolution se faisait au hasard, avec des particules du monde réel. Cette décohérence orientée, ou plutôt ces séries denses de mesures générant un effet Zénon inverse, permettant au proton de se déplacer dans des directions déterminées, résultent de la confrontation de la particule à l'état superposé avec un environnement, la protéine, appartenant au monde physique.

On peut penser que le même phénomène se produit quand, dans la suite de l'évolution vers des organismes de plus en plus complexes, sont apparues des structures neuronales (réseaux de neurones et/ou champ-cem) jouant le rôle d'un environnement physique capable de provoquer la décohérence des particules quantiques impliquées par une prise de décision. Ces structures neuronales ou de champ, que l'on appellera conscience de soi ou supports de la conscience de soi pourraient alors orienter la décohérence des particules créant de nouvelles synapses ou de nouveaux cem-field, en augmentant les probabilités d'obtenir des structures décisionnelles les plus adaptées aux conditions de la survie de ces organismes. Ainsi, grâce à des décisions aussi pertinentes que possible (c'est-à-dire grâce à une modification temporaire ou permanente du cerveau générant la conscience de soi, par la décohérence de particules placées à des endroits stratégiques) les organismes dotés de conscience volontaire augmenteraient leurs chances de survie en prenant les meilleures décisions possibles, notamment celles leur permettant d'aller à contre-courant des déterminismes primaires.

Le réseau neuronal du cerveau et ses milliards de milliards de canaux ioniques sensibles au champ électromagnétique conscient se comporteront (à l'instar des molécules de l'enzyme ou de l'ADN dans la théorie quantique de la vie) comme des instruments de mesure pour réduire les états quantiques des particules en déplacement dans le champ, lorsque cela pourra avoir une action déclenchant le potentiel d'action des neurones prêts à entrer en activité. Ainsi la mesure quantique pourra provoquer des actions dirigées, ce qui correspondra à l'exercice de ce que nous appelons notre libre-arbitre. La direction sera apportée par le contenu du cem-field, correspondant pour l'essentiel au Je qui prend la décision.

Tout ceci permet de postuler, d'une façon qui, rappelons-le, est loin d'être encore démontrée (mais qui devrait pouvoir l'être) que l'évolution quantique telle que proposée par J. Mc Fadden permet aujourd'hui de compléter la théorie darwinienne de l'évolution, d'une part en lui donnant une base physique (et même corpusculaire, en l'ancrant dans la mécanique quantique incontournable aujourd'hui pour la description des systèmes physiques) et, d'autre part, en répondant aux objections principales faites à la théorie darwinienne : comment le mécanisme mutation/sélection a-t-il permis l'apparition de la vie, d'abord, permis l'accroissement de la complexité ensuite, et ceci dans des temps relativement aussi courts. L'évolution quantique force (ou renforce) l'évolution darwinienne en donnant aux génomes la plus grande probabilité face à des ressources rares de muter dans des sens favorables à l'exploitation de ces ressources.

L'ensemble est désormais complété, au stade critique de l'apparition de l'espèce humaine dans l'évolution biologique, par la théorie quantique des champs conscients électromagnétiques (cem-field) qui va dans le même sens d'une évolution relativement dirigée.

Il s'agit donc d'un mécanisme purement physique (quantique), non orienté au départ, qui préserve le concept de compétition inter et intraspécifique. On peut estimer, mais la question n'a sans doute qu'un intérêt philosophique, que l'évolution quantique est apparue par hasard dans l'hyper-espace des milliards de milliards de combinaisons possibles dans le monde quantique, en générant l'univers "réel" qui est devenu le nôtre parmi des milliards d'autres univers possibles ou devenus réels de leur côté (hypothèse des univers multiples). Notre univers réel conserve des liens avec l'univers quantique, dans la mesure où les particules qui le composent, tant qu'elles demeurent en état de superposition dans les constructions physiques, chimiques et biologiques de cet univers réel, peuvent par effet tunnel ou par effet Zénon faire l'objet de déplacement ou stabilisation et apparaître sous forme matérielle, après mesure et décohérence, dans des systèmes physiques ou chimiques du monde réel dont elles orientent ainsi l'évolution chimique, physique ou électromagnétique. Au niveau de la molécule d'ADN, l'agent de la décohérence, donc de l'évolution, est la molécule d'enzyme ou celle de l'ADN elle-même.

Pour ce qui concerne la conscience volontaire, l'agent de la décohérence sera l'onde électromagnétique représentant (ou plutôt synthétisant) les différentes représentations qui constitue le Je conscient ou non conscient chez l'individu humain. Il faut distinguer la conscience volontaire de la conscience simple et à plus forte raison des représentations inconscientes dans la mesure ou la première, telle que nous le constatons par introspection mais aussi sans doute par observation objective, inclut des traitements qui ne seraient pas possibles sans son intervention comme agent. Le Je-agent exercera plusieurs fonctions originales : recherche d'informations non incluses dans l'espace conscient, normalisation de ces informations de façon à les rendre compatibles avec celles pré-existantes et avec les traitements que celles-ci subissent, réalisation de choix ou de prises de décisions qui se traduisent par des restructuration de l'espace d'informations et par conséquent, de réorientation de l'activité biologique et physique de l'organisme dans son environnement. On ajoutera que ces opérations paraissent susceptibles de s'exécuter à tous moments et dans des séquences denses dans le temps. Ainsi, même si rien ne garantit qu'elles représentent les opportunités les meilleurs pour l'organisme, leur fréquence garantit une ouverture, une adaptativité et finalement une aptitude à apprendre de l'environnement tout en le transformant, impossibles dans les systèmes non dotés de la conscience volontaire ainsi définie (d'où son succès évolutif jusqu'à ce jour).

La décision volontaire consciente, selon ces hypothèses, ne peut jamais provenir de rien. Elle découle, comme toutes les formes de pensée en général, d'un flux jamais interrompu de stimulus internes et externes. Mais les réponses qu'elle apporte ne sont pas linéaires et conditionnées. Elles résultent de l'intervention du Je qui, si l'on peut dire, leur imprime sa marque, c'est-à-dire la prise en compte de ses intérêts.

Ainsi la conscience volontaire poursuivrait et renforcerait le mécanisme d'évolution dirigée et forcée apparue au niveau moléculaire des enzymes et des génomes dans l'ensemble du monde vivant, en privilégiant de fait les directions adoptées par certaines espèces développant un appareil cérébral, dont l'espèce humaine. Elle accélérerait et rendrait plus intelligente (notamment en la diversifiant afin d'éviter les orientations linéaires) l'évolution des génotypes et phénotypes humains (y compris des constructions matérielles et intellectuelles de l'humanité, qui peuvent être assimilés à des phénotypes étendus). Dans la perspective darwinienne, rien cependant ne garantirait que l'ensemble de cette évolution activé par la conscience volontaire soit favorable à la vie en général, à l'espèce humaine en particulier et plus spécifiquement au développement de l'intelligence et de la conscience dans l'univers. Mais comme en ce qui concerne l'évolution quantique dans le domaine biologique, on pourrait admettre que cette évolution pilotée par la conscience volontaire maximiserait les chances de faire apparaître et d'exploiter des perspectives favorables, au sein d'une dynamique évolutive constamment accélérée.

La conscience volontaire considérée comme agent de l'évolution quantique générale est-elle spécifique à l'homme ? On peut supposer que sont apparues des proto-consciences volontaires dans certaines espèces complexes. Mais l'espèce humaine, telle que nous pouvons l'observer, paraît être le siège de l'explosion du phénomène. Espèce humaine signifie d'abord génome (génotype) mais aussi individus ou groupes (phénotypes). Les individus ou phénotypes disposent d'un cerveau, qui est d'abord un espace de communication entre eux, mais qui est aussi le siège de traitements de l'information spécifiques à chaque individu. Les informations échangées semblent en majorité être des mèmes ou entités réplicatrices vivant d'une vie autonome, influençant (et influençables en permanence) par les activités de la conscience volontaire. Celle-ci est donc une source continue d'émergence d'innovations informationnelles puis biologiques et physiques, qui tentent leur chance dans le monde réel.

Ceci pose immédiatement la question de savoir d'où elle émerge préférentiellement : de groupes réunissant plusieurs individus, ou de chaque individu ? La réponse traditionnelle la situe prioritairement dans l'individu. Ce serait les décisions prises par celui-ci qui créeraient par sommation ou synthèse celles des groupes. Mais il s'agit sans doute d'une erreur ou au moins d'une vue incomplète. On peut penser qu'il existe une conscience volontaire collective née de l'activité en réseau des individus et qui permet au niveau collectif les activités de forcement de l'évolution propre à la conscience volontaire individuelle. Mais il n'existe pas, autant que l'on sache, de champs électromagnétiques (hors les réseaux artificiels) reliant les individus entre eux et permettant la recherche d'informations, leur mise en cohérence, les prises de décision. On peut donc supposer que c'est par des moyens de communication classiques reliant les individus (bientôt renforcés par de futurs automates et réseaux intelligents) qu'une éventuelle conscience volontaire collective pourra se former et prendre des décisions. Rien ne permet de dire d'ailleurs que ce phénomène serait systématiquement connu consciemment par les individus qui en seraient le support. Les initiatives de la conscience volontaire collective devraient pour devenir conscientes aux individus passer par leurs expressions symboliques et langagières (y compris sous la forme des réplicants sémantiques autonomes et égoïstes que sont les mèmes). Il se produirait une interaction permanente, consciente et inconsciente, entre opérations de la conscience volontaire collective et opérations des consciences volontaires individuelles. Dans le cas d'individus particulièrement créatifs et volontaristes, les décisions prises par ceux-ci non seulement valideraient mais orienteraient celles de la conscience volontaire collective. Le tout se ferait conformément, à la base, aux processus d'évolution quantique dirigée se réalisant au niveau des canaux ioniques des neurones des individus concernés.

Notons en passant que cette hypothèse pourrait expliquer l'anomalie de l'expérience de Libet, l'existence dans le cerveau du sujet d'une activité neuronale antérieure à la prise de décision consciente (lever le doigt). On pourrait facilement admettre que la décision de lever le doigt n'est pas seulement ni d'abord une décision individuelle, mais qu'elle résulte d'une décision préparée en commun par le groupe constitué par le sujet et l'expérimentateur. La conscience volontaire collective de ce groupe (non susceptible de prise de conscience par les individus du groupe, sujet et expérimentateur) serait active, au niveau du cerveau du sujet, et peut-être même au niveau de celui de l'expérimentateur. Il serait d'ailleurs intéressant de vérifier la présence éventuelle d'une activité préparatoire à la décision, sous une forme peut-être plus diffuse, dans le cerveau de ce dernier. Le travail préparatoire accompli par la conscience volontaire collective dans le cerveau du sujet sera validé et matérialisé physiquement par la décision volontaire consciente de ce même sujet.

Reste la question de la conscience artificielle.

Posons nous en conclusion, sans tenter d'y répondre, une question d'importance scientifique et philosophique sans doute aussi grande que celle relative au libre-arbitre dans la perspective de l'évolution quantique, qui concerne la place et le rôle que peuvent jouer, dans la perspective de cette dernière, des systèmes de conscience artificielle tels qu'envisagés notamment par Alain Cardon ? La réalisation de projets en ce domaine peut-elle éclairer l'origine ou la nature des systèmes de conscience volontaire quantique, notamment mais pas seulement à base de champs électromagnétiques conscients ? De tels projets renforceraient-ils l'évolution quantique pilotée par la conscience volontaire quantique ? Pourraient-ils en retour utiliser, dans leurs développements futurs, des logiques ou des outils relevant de la théorie électromagnétique des champs ou de l'électrodynamique quantique ? On sait que les nanotechnologies devraient déjà obliger à prendre en considération la nature quantique des particules constituant les composants des futurs systèmes microscopiques. Que deviendront par ailleurs les solutions de l'ordinateur quantique et seront-elles utilisables pour la réalisation d'une conscience artificielle selon les procédures et architectures définies par Alain Cardon ? La transmission d'informations entre les agents par des flux électromagnétiques amélioreraient-ils leur communication, au regard des possibilités du traitement informatique classique des données. Les possibilités d'aboutir à une conscience artificielle plus proche de celle de l'homme en seraient-elles augmentées? Ces nouvelles entités artificielles, intervenant (de façon autonome, rappelons-le) dans le champ de l'évolution quantique biologique, pourraient-elles en modifier le cours en provoquant la décohérence de particules jusque là enfermées dans le monde quantique ?

Il serait très intéressant de voir à ce stade se rejoindre la mécanique quantique théorique, les systèmes quantiques vivants et les systèmes quantiques artificiels.


© Automates Intelligents 2002

 





 

 

 

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