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25 Juin 2002

Science en danger,
Europe en péril
par Jean-Paul Baquiast

Sous ce titre, 7 grands scientifiques européens, dont 5 Prix Nobel, ont publié dans le Monde du 21 juin 2002 un message d'alarme relatif à l'insuffisance quantitative et qualitative des moyens affectés par l'Union européenne à la recherche scientifique. Ceci coïncide avec l'adoption par le Parlement européen, le 15 mai, du 6e Programme-cadre de recherche et de développement, doté pour les années 2003-2006 de 17,5 milliards d'euros.

Les auteurs de l'article soulignent que, dans une Déclaration formulée à Lisbonne en 2000, les dirigeants européens avaient affirmé vouloir faire de l'Europe, en dix ans, l'économie la plus compétitive fondée sur le savoir dans le monde. Pour cela les financements de la recherche à travers le 6e PCRD devaient atteindre 4 à 5% du budget de l'Union (du budget de l'Union et non de la somme des budgets des Etats-membres, évidemment, soit à peine notons-le le 10e des sommes consacrées à la politique agricole commune, ce qui est à proprement parler scandaleux).

Mais on cite généralement d'autres chiffres pour mesurer l'effort de recherche européen, ceux relatifs au montant des dépenses de R&D au regard du produit intérieur brut soit des Etats isolément, soit de la moyenne des Etats. On conçoit que les estimations à ce niveau puissent être relativement imprécises Dans l'ensemble cependant, elles sont significatives. Depuis 10 ans, la R&D européenne stagne à 1,9% du PIB (produit intérieur brut), avec des situations différentes selon les pays. Or à Barcelone en mars 2002, les gouvernements s'étaient fixé l'objectif d'atteindre 3% du PIB en 2010. Dans le même temps, les financements américains qui étaient de 2,4% du PIB en 1990, après avoir un peu baissé, sont remontés constamment depuis 1995, en même temps d'ailleurs que le PIB. Les efforts récents du gouvernement fédéral en matière de recherche, avec une hausse de 13% du budget fédéral, ne font qu'accroître l'écart, que l'on évalue globalement à Bruxelles à 76 milliards d'euros. Cette différence est considérable et d'autant plus inacceptable que les économies européennes et américaines se sont pas d'une taille proportionnellement différente.

L'article signale les effets gravement dommageables d'un tel écart, notamment en termes de fuite des cerveaux. Mais les auteurs n'insistent peut-être pas assez sur les conséquences en terme de développement des sciences et des techniques qui en résultent, avec une maîtrise de plus en plus affirmée des Etats-Unis, secondairement du Japon, dans des secteurs vitaux comme les sciences de la vie, les nanotechnologies, les TIC et la robotique, l'aéronautique et l'espace (sans mentionner la défense). On peut craindre que, dans les années qui viennent, tout ce qui comptera dans ces secteurs provienne des Etats-Unis, avec la dépendance en chaîne qui en résultera, notamment en ce qui concerne la formation, la vie économique, l'emploi et l'influence culturelle (pour ne pas, une nouvelle fois, mentionner la défense).

Pour juger l'effort de recherche communautaire, à côté des éléments quantitatifs, il faut évoquer les aspects qualitatifs. Les auteurs de l'article regrettent qu'une part selon eux disproportionnée des financements du PCRD soit accordée aux entreprises, pour l'application à l'industrie d'un savoir déjà existant. Comme on le sait, il y a dans ce cas beaucoup de pertes en ligne, tandis que la recherche fondamentale, essentiellement publique, gage de l'avenir, manque souvent des moyens matériels élémentaires qui permettraient aux bons cerveaux dont elle dispose encore de travailler correctement.

Ils reprennent également à leur compte les critiques justifiées faites depuis des années, sans grand résultat, aux méthodes de financement européen : nécessité de constituer des consortiums européens plus ou moins boiteux pour accéder aux contrats, manque de transparence des choix, où les influences politiques (sinon parfois des influences moins avouables) l'emportent souvent sur celles des scientifiques compétents et finalement grande dispersion et redondance des actions empêchant d'atteindre des seuils d'efficacité.

Pour pallier ceci, ils recommandent le doublement du budget de la recherche sur 4 ans, une nouvelle priorité donnée à la recherche fondamentale, la création de "centres d'excellence" capables de polariser les actions et les hommes autour d'objectifs bien identifiés et évaluables clairement, un effort particulier de formation et de mobilité à l'intention des jeunes chercheurs et, finalement, le transfert de la gestion du PCRD des instances administratives à un ou plusieurs Conseils de la Science Européenne, privilégiant l'évaluation des projets et de leurs résultats par les " pairs ". Dans le même temps les Etats-membres devraient accentuer leurs financements nationaux et réformer leur environnement universitaire et institutionnel.

Il est à craindre que, comme de nombreux autres antérieures, cette mise en garde n'impressionne que médiocrement les décideurs politiques européens, qui partagent devant la science un mélange d'ignorance, de scepticisme et de crainte, et dont les préoccupations, quand ils en ont, se tournent surtout vers les intérêts nationaux.

Le point de vue du Commissaire européen à la Recherche

Il est intéressant cependant de rapprocher ce diagnostic de celui fait par le Commissaire européen à la recherche depuis 1999, le belge Pierre Busquin, dans le n° 354, juin 2002, de la revue La Recherche. Pour lui également, il faut déplorer le creusement inacceptable du fossé Europe-Etats-Unis. Il constate cependant que le déficit tient en grande partie à la différence de l'importance des financements que les entreprises européennes et les entreprises américaines consacrent à la R&D. L'Union européenne ne peut rien imposer en ce cas.

Le Commissaire paraît cependant assez confiant dans la méthode envisagée actuellement pour redynamiser la recherche. Fixer des objectifs globaux, avec des indicateurs comparatifs, lui paraît utile pour concrétiser les ambitions et les résultats aux yeux des décideurs et de l'opinion publique. Dans l'immédiat il compte surtout sur la réforme de la procédure de gestion des budgets du PCRD. Pour éviter la dispersion, la décision a été prise de favoriser la constitution de "réseaux d'excellence" rassemblant les meilleures équipes sur des projets de recherche précis (est-ce à quoi pensaient les auteurs de l'article cité précédemment ? Un Réseau d'excellence est-il comparable à un Centre d'excellence? Nous ne le pensons pas). Ces réseaux recevront les financements en fonction de leurs projets et résultats. L'idée d'un Fonds Européen de la Recherche ( European Research Council) sur le modèle de la National Science Foundation américaine est également évoquée, destiné à se substituer aux instances administratives communautaires. Ce Fonds serait l'agent le plus actif pour la constitution de l'Espace Européen de la Recherche souhaité par beaucoup, où les chercheurs, les idées et les crédits, européens et nationaux, pourraient circuler plus librement et en libre confrontation. Cela ne sera possible qu'avec l'accord des Etats-membres qui abandonneraient une partie de leurs prérogatives, mais aussi avec l'accord de la Commission, qui transférerait une partie des siennes. M. Busquin pense que cette évolution est inéluctable, mais que la marche vers une telle institution sera longue, compte tenu de l'existence dans les Etats de grands organismes et aussi de beaucoup d'habitudes - plus ou moins bonnes ajouterions-nous.

Notre commentaire

Tout ceci n'est finalement pas très encourageant pour le proche avenir. Notre revue a elle-même souligné, dans les secteurs relevant de ses thèmes de préoccupations : l'informatique, la robotique, l'IA, les nanotechnologies (voir notre éditorial) la protéomique, l'avance toujours accentuée des Etats-Unis et du Japon.

Nous pourrions ajouter aux considérations des experts résumées ci-dessus, d'autres dont on parle moins. Nous pensons par exemple que, tant que de très grands programmes européens, voire mondiaux, ne sont pas mis en place dans des domaines très structurants comme l'espace, le vivant, le développement durable, les citoyens ne se mobiliseront pas pour consentir les efforts nécessaires. Dans ce but, il faudrait que les Chefs d'Etat s'engagent personnellement, y jouent leur crédibilité politique. On peut penser, peut-être à tort, que le précédent gouvernement français aurait créé plus d'emplois et gagné plus de voix, en initialisant même modestement de tels programmes au niveau national, et ne négociant avec nos partenaires pour qu'ils leur donnent une portée pan-européenne, qu'il ne l'a fait avec la politique des 35 heures.

On pourra ajouter une réflexion d'un tout autre ordre. Le jugement des instances administratives en matière d'opportunité des financements de recherche est à juste titre critiqué. Mais celui des "pairs", auxquels les scientifiques chevronnés se réfèrent souvent, est parfois aussi source d'un conservatisme intellectuel débilitant. Les financements publics devraient dorénavant prévoir des formules différentes, au moins pour quelques pourcentages des budgets. Il faudrait encourager des formules du type "Think tanks" ou "Blue sky research centers", permettant à des idées originales et transdisciplinaires de tenter leur chance. En Europe, on ne peut pas compter sur d'éventuelles fondations privées pour jouer ce rôle.

 


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