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20 Juin 2002

Quand l'imagination "traverse"
les parois des cavernes
par Frédéric Paulus

C'est une rencontre des plus fécondes qui s'est établie entre Jean Clottes Conservateur général du patrimoine à Paris, récemment invité par l'université de La Réunion et l'ethnologue Sud-africain David Lewis-William de l'université de Johannesburg.
Le premier est préhistorien et spécialiste international d'art rupestre de l'époque paléolithique (20 000 ans environ avant J.C.), le second archéologue et anthropologue spécialiste des croyances des Buhsmens (ceux qui ont reçu une bouteille de coca cola sur la tête (*) !).
Ces deux spécialistes recherchent des significations communes aux dessins et gravures, localisés quelquefois à plusieurs centaines de mètres sous terre, réalisés par nos ancêtres dans le contexte particulier des cavernes avec la tradition de dessins semblables ou analogues de cette peuplade contemporaine d'Afrique du Sud.

Sur l'initiative du français, les chercheurs décident de se rencontrer, de comparer ces deux traditions picturales et d'échanger leurs réflexions. Le Sud-africain après avoir étudié depuis de nombreuses années la mentalité dite «primitive» des Buhsmens, enclins à la croyance aux esprits comme d'ailleurs la plupart des traditions populaires africaines, suggère des rapprochements entre ces croyances et une possible mentalité semblable chez nos ancêtres du paléolithique en France (et en Europe). Jean Clottes est plus que réceptif, il adhère à cette hypothèse. Tous deux cheminent ainsi vers l'explication d'éventuelles pratiques chamaniques communes entre ces deux cultures telles qu'elles existent encore actuellement avec différentes variantes sur l'ensemble du globe. Le chamanisme se définit comme une mystique, une magie et une religion au sens large du terme. Ce qui semble relier ces «mondes» aussi éloignés géographiquement et dans le temps résulterait d'une dimension universelle qui abolirait le temps et les frontières dites «ethniques» dans notre façon d'approcher le psychisme (ou la vie mentale) de l'être humain. S'il y a des «structure» ne faudrait-il pas les rechercher dans notre façon d'utiliser notre cerveau ?

Les caractéristiques premières entre ces deux mondes» ancien et actuel seraient le principe de la croyance à des «esprits» et la présence d'un chaman. Celui-ci est à la fois prêtre, magicien, médecin et mystique, et, surtout, c'est un spécialiste de la transe. Sortant des «chemins battus», les deux chercheurs ne se doutaient pas du déluge de critiques qu'ils allaient soulever dans le milieu des chercheurs. Leur velléité de désirer interpréter des dessins vieux de 20000 ans devenait une véritable transgression avec leurs pairs, les grands patrons des différentes spécialités impliquées qui professaient une grande prudence et que l'interprétation n'était pas envisageable. Il est vrai que la démarche de J. Clottes et D. Lewis-William décloisonne des disciplines (apparemment bien disciplinées). Plusieurs spécialités peuvent être impliquées dans l'étude des cultures traditionnelles et l'art ancien pictural des cavernes : l'ethnologie, l'archéologie, la préhistoire paléolithique, l'anthropologie religieuse, la psychologie. Chaque défenseur de ces spécialités peut en effet vouloir «protéger» son «territoire». Nous rajouterons la neurobiologie car les deux chercheurs exploitent aussi de récentes découvertes issues de l'exploration du cerveau. Par exemple, le phénomène d'hallucination qui consiste à créer soi-même des images et à en projeter un sens (ou des sens !) associées à ses états mentaux également projetés au travers d'elles est de nos jours mieux connu. Phénomène que devaient exploiter nos ancêtres par tâtonnement (empiriquement). Ils recevaient (en retour ?) la force et le pouvoir des esprits qu'ils leur attribuaient.

En «bravant» un interdit intériorisé chez bon nombre de scientifiques, en effet se mettre à la place de quelqu'un pour ressentir ce qu'il pourrait lui-même ressentir commence à être marginalement admis, je souhaite maintenant vous impliquer, cher lecteur, pour vous inciter à rencontrer la sensibilité de nos ancêtres «hommes des cavernes» et celle des Buhsmens. Il faut dire que les premiers habitaient sous des tentes et que la descente inhabituelle dans des grottes (éclairées avec des torches imbibées d'huile) s'apparentait à un rituel. Les spéléologues savent qu'un état mental survient lorsqu'ils bravent l'obscurité. Il n'est pas abusif de dire que dans un tel contexte nous nous sentirions isolés, une déprivation sensorielle devrait nous saisir, ainsi que le froid. Nous devrions ne plus être dans notre état habituel, perturbé au point de modifier nos points de repères existentiels et de provoquer une transe. Une oppression nous envahit causant des troubles neurophysiologiques, palpitations, sueurs, une réminiscence éventuelle de la peur du noir...

J'espère maintenant que vous repérerez des éléments plausibles dans ce qui suit : lorsqu'il y a croyance aux esprits (ce qui peut ne pas être votre cas), la personne serait prédisposée à croire à l'effet bénéfique et puissant des esprits (lorsqu'ils sont positifs), elle ressentirait des facultés perceptives décuplées réellement ou imaginairement accrues. Elle appréhenderait les modifications ressenties comme liées à leur pouvoir et elle en rechercherait leur puissance. A partir de ce moment la personne «sait» qu'elle a été «appelée par les dieux». Le monde va alors progressivement prendre deux significations. Elle se prépare à quitter le monde profane habituel pour entrer dans un nouveau monde spirituel. Elle devient sensible à certains signes, elle voit la nature, les animaux, ses proches d'une nouvelle manière. Ses rêves peuvent devenir une source d'information, mais aussi la branche de l'arbre qui se casse, l'oiseau qui crie au-dessus d'elle. Elle interprète les événements avec un nouveau cadre. Elle ressent également une force, se sentant bénéfiquement possédée par des «esprits».

Ce gain de force n'est pas subjectif, mais au contraire bien réel. C'est pourquoi la croyance aux esprits (bénéfiques) serait sans cesse ravivée lors de ces états de transe. Comment expliquer ce pouvoir de la transe ? Il faut savoir que la psychanalyse et autres thérapies ou encore la technique d'hypnose n'existaient pas encore et que nos ancêtres auraient fort bien découvert des techniques par tâtonnements successifs pour créer ces modifications d'états de conscience. Ces «états», actuellement appelés : E.M.C, états modifiés de la conscience commencent à être étudiés rationnellement et les pratiques des chamanes, bien qu'elles choquent nos cultures qui ont évacué l'imaginaire et les pouvoirs du corps (pour résumer), reposeraient sur des éléments vérifiables et pertinents ! Apportons quelques arguments. La conscience est certes notre fierté, mais on pourrait accepter l'idée qu'elle peut aussi figer nos perceptions. En créole n'utilise-t-on pas l'expression : «les yeux sont bêtes» ? Avec l'hypothèse d'un inconscient «réservoir de potentialités intelligentes», on peut suggérer que ces pratiques chamaniques poursuivent l'objectif de déstabiliser les représentations figeantes de la conscience pour faire émerger de nouvelles idées, de nouvelles perceptions de soi unifié, de nouvelles façons d'être en activant l'inconscient et devenir. l'allié des Dieux et leurs esprits.

Lorsque nous nous plongeons dans le dernier ouvrage de ces deux chercheurs «Les chamanes de la préhistoire» (2001) et que nous prenons connaissance des arguments et critiques des détracteurs de ces deux «frondeurs» nous pourrions adhérer à cette idée qu'un spécialiste peut effectivement en toute inconscience s'enfermer (à son insu) dans son cerveau conscient et si, de surcroît, il défend son territoire, il ne nous reste plus qu'à espérer qu'un éclair de lucidité traverse les rêves de ces chercheurs sectaires !
Ne dit-on pas «la nuit porte conseil !» ?

(*) Allusion au film « Les dieux sont tombés sur la tête ».

Frédéric Paulus Frederic.PAULUS@wanadoo.fr
Ile de La Réunion  www.cevoi.com

Bibliographie :
Clottes. J, et Lewis-Williams, Les chamanes de la préhistoire, textes intégral, polémiques et réponses, Ed La maison des roches, 2001. Texte initial Les chamanes de la préhistoire, Transe et magie dans les grottes ornées, Ed Seuil, 1996 (Très bel ouvrage d'illustration de l'art préhistorique).
Le Scanff. C, La conscience modifiée, Payot, 1995.
Lapassade.G, La transe, Puf, "Que sais-je", 1990.
Paulus. F, Individuation, enation (sous-titre "Emergences et régulations bio-psycho-sociologiques du psychisme", Presses Universitaire du Septentrion, 2000. (qui aborde une nouveau regard sur les rêves, les délires et la dissociation et ses effets bénéfiques).
Vala. J-P, Les états étranges de la conscience, Puf, 1992.


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