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03 Février 2002

Esquisse d'interprétation mémétique
du terrorisme

par Jean-Claude Empereur jce.frankim@wanadoo.fr
Voir aussi dans le même numéro et du même auteur
Le principe de Lucifer, de Howard Bloom


Sarajevo (26 juin 1914) - New-York (11 septembre 2001) : Esquisse d'une interprétation mémétique de l'évolution du terrorisme dans ses rapports
avec la société

A la lumière des récents événements et dans la perspective de ce qui a été annoncé dans le discours du Président Bush sur l'état de l'Union, il est tentant d'ébaucher une esquisse d'interprétation "mémétique "du terrorisme.

En s'en tenant seulement aux XXe et XXIe siècles, on pourrait distinguer trois étapes en termes de propagation mémétique : prémoderne, moderne et post-moderne.
Au début de la période, c'est essentiellement l'irrédentisme qui utilise le terrorisme comme forme violente d'expression, les exécutants étant des individus isolés ; à la fin de celle-ci, avec les événements du 11/9/2001, c'est une sorte de nihilisme globalisateur qui devient le support mémétique de l'hyperterrorisme, dont les exécutants sont alors des commandos appuyés sur des réseaux. On serait tenté de dire que, entre le début et la fin de la période, de moyen d'action de divers types de mèmes, le terrorisme est devenu son propre mème.

Dans cette perspective, le modèle du terrorisme prémoderne, c'est l'attentat ourdi par PRINZIP, le 26 juin 1914, contre l'Archiduc François-Ferdinand à Sarajevo. Attentat qui est à l'origine du premier conflit mondial et, par conséquent, d'une déstabilisation d'ensemble de l'Europe, dont les effets se font encore sentir aujourd'hui…
Dans cet exemple, l'acte terroriste n'est qu'un "élément déclencheur" (trigger effect). Même si ses conséquences humaines, économiques, culturelles, géopolitiques sont immenses, on ne peut pas dire qu'il pose à cette époque un problème de société. Sa dimension "mémétique" est faible pour ne pas dire inexistante. On est en présence de l'acte isolé d'un étudiant exalté, resté sans émule, ni imitateur (absence de "copycat effect").

Au cours des trente dernières années se développe une autre forme de terrorisme qui s'appuie non plus sur des individus isolés mais déjà sur des groupes ou des mouvements plus ou moins bien équipés ou structurés, et qui prend différentes formes. Les origines de ce terrorisme moderne sont multiples : conflits au Maghreb ou au Moyen-Orient, revendications autonomistes, radicalisation révolutionnaire. Les modes d'actions et les motivations sont différents. Les effets d'imitation et d'exaltation collectives, voire "d'emballement mimétique" (René Girard), se développent.
Dès lors, l'idée que le terrorisme est un moyen d'expression et de lutte contre les dysfonctionnements identitaires ou sociétaux fait son chemin. Irrédentisme, fondamentalisme, condamnation globale de la société, etc. en deviennent les moteurs mémétiques.

Face à cette situation de crise, les Etats et les gouvernements réagissent. Cette réaction se traduit par le développement de moyens de lutte, militaires et policiers, plus ou moins adaptés.

Une conception de plus en plus sécuritaire de certains grands équipements, aéroports, centrales nucléaires, ou autres "points sensibles" se fait jour. Des plans, tels Vigipirate, qui peuplent nos gares et nos métros de patrouilles parachutistes sont élaborés. Pour éviter qu'il ne puisse abriter ou cacher des bombes,  le mobilier urbain se modifie : l'exigence de sécurité s'impose ainsi au "design". Des campagnes du type "attentifs ensemble" sont lancées dans les lieux publics. Des associations d'aide aux victimes sont créées.
Nous commençons à vivre avec l'idée que le terrorisme, de quelque origine qu'il soit, peut nous concerner dans notre vie quotidienne.

La mémétique terroriste se propage sur plusieurs canaux à la fois : identitaire, révolutionnaire, indépendantiste, etc. Entrant dans le débat public à plusieurs niveaux;  elle pose à la société des problèmes de fonctionnement de plus en plus importants.
Enfin, avec les événements du 11 septembre 2001 (le 11/9 comme disent les anglo-saxons), les Etats-Unis -qui se considèrent pourtant comme hors d'atteinte et sanctuarisés- sont touchés. S'ouvre alors l'ère du terrorisme post moderne.

L'amplitude et la vitesse de propagation mémétique ont progressé dans les médias, le discours politique, l'air du temps, de manière considérable. La contagion du tissu social est à peu près achevée.

Chacun d'entre nous est de plus en plus persuadé qu'il s'agit là d'un début. Certes le fondamentalisme musulman est mis en cause plus encore qu'auparavant, mais déjà se propage l'idée que bien au-delà de celui-ci, c'est la face sombre de la globalisation qui est en cause : inégalités grandissantes entre riches et pauvres, affrontement sans aucune médiation entre cultures de l'échec économique et cultures de réussite, confrontation entre un sud sans capacités technologiques et un "hyperwest" ou "hyper-north" qui en maîtrise toutes les facultés, sentiment que près de deux milliards d'individus sont abandonnés à leur sort (épidémies, malnutrition).

Une conception unifiée d'un terrorisme "globalisé" appelé pour l'occasion "hyperterrorisme" (F. Heisbourg) comme composante structurelle d'une mondialisation bénéfique mais dont les aspects "chaotiques" et surtout inégalitaires ont été longuement sous-estimés, émerge peu à peu.

La contagion mémétique est devenue planétaire, considérablement amplifiée par l'existence de réseaux de type INTERNET, CNN, AL JEHZIRA. Dans son discours sur l'état de l'Union, le Président Bush réaffirme la nécessité d'une lutte longue et sans merci, contre les réseaux et contre les Etats qui les soutiennent en les abritant. Il annonce aussi des formes encore plus destructrices et "globalisantes" du terrorisme contre lesquelles il faudra symétriquement réagir de façon elle aussi "globalisante ".

C'est ainsi que des moyens financiers, sans précédent, sont demandés au Congrès, programmés sur plusieurs années pour organiser une défense "en profondeur" du territoire américain, mais aussi dans l'espace (National Missile Defence) contre les "rogues states" considérés comme soutiens financiers ou logistiques des réseaux terroristes transnationaux.
A ce stade, il faut préparer les citoyens occidentaux à vivre (cf. Alain Minc - Le Monde, septembre 2001) dans une "société à l'israélienne", c'est-à-dire très équipée sécuritairement et moralement prête à vivre en permanence sur le qui-vive.

La propagation mémétique de l'idée que le terrorisme est une composante majeure de la vie en société a atteint son but. Il n'y a pas un secteur de celle-ci qui ne soit touché : comportements sociaux, évolution de l'état de droit, budgets, accords internationaux, aménagement des territoires, évolution géopolitique…

Le problème est devenu planétaire. La question aujourd'hui est de savoir comment maîtriser l'épidémie sans que le remède soit pire que le mal.
Les "Viruses of the Mind" décrits par Richard Dawkings* sont déjà parmi nous.

* Cf. http://www.santafe.edu/~shalizi/Dawkins/viruses-of-the-mind.html

© Automates Intelligents 2002

 





 

 

 

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