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25 Juillet 2002

De l'utilité d'un Think Tank pour l'avancement des sciences et des applications innovantes
par Joël Frugier joel.frugier@worldonline.fr

L'auteur, par lui-même :

Je suis ingénieur et entrepreneur. Très tôt le concret des affaires m'a montré qu'il ne suffit pas de connaître les lois de la physique pour créer, produire et devenir profitable sur un marché. J'ai appris qu'avant de prétendre décider il fallait tenter de se frotter aux rugueuses réalités. Déconcerté par ceux qui croient que l'intelligence remplace l'expérience, j'avais raison de m'inquiéter. Bref j'ai innové, mis au point des technologies, managé des équipes, réalisé des opérations arrivant au plus avancé des technologies, là où il n'y a plus de référence au passé, en rupture. Déconcerté j'ai vu financer, soutenir des "innovations" hors des règles économiques et ignorer d'autres qui se sont exilées. Seules ces dernières ont créé de façon significative, valeurs, emplois notamment en recherche. Ceux qui "savaient" n'y connaissaient rien, ayant ignoré la réalité, les faits se sont vengé. Etrange situation. Le sujet suscite de nombreux rapports, souvent lumineux, intelligents, plus rarement pratiques, en tout cas de diffusion restreinte n'atteignant jamais les intéressés. A contrario ceux qui vivent ces réalités n'en parlent pas, soit parce que leur horizon leur interdit d'ouvrir leur propos, soit qu'ils se réfugient dans le "à quoi bon", soient qu'ils craignent de le faire. Voilà le motif de ce billet proposant de créer un "Think Tank" (réservoir de savoirs et d'expériences), pour le moins un réseau d'échange de haute valeur scientifique et technologique à finalité de création d'activités et de valeurs, rapprochant les compétences et talents, les moyens des besoins, proposant la coopération internationale, facilitant l'émergence et proposant de passer par dessus de vieux réflexes. L'auteur pourra être contacté par l'intermédiaire de la revue Automates-Intelligents.

Dans votre article Science en danger, Europe en péril, vous évoquez l'intérêt d'un Think Tank destiné à encourager les recherches scientifiques. Or il se trouve que je suis de ceux qui ont participé à un projet de cette nature (dès 1997) associant des compétences indiscutables. Il s'agissait de créer un Think Tank en matière de technologies innovantes (au sens de Schumpeter) dans le contexte européen (les applications de Défense étant mises en avant pour soutenir les phases pionnières et les applications avancées et duales). A la suite de cela, j'ai mis au point un projet innovant, en liaison avec des sociétés américaines (espace, IT). J'ai obtenu des parrainages sérieux (Premier Ministre, stratèges, économistes, représentants de Fondations européennes. Rien n'a résulté de ces diverses initiatives. Je constate, en France comme en Allemagne, où j'ai aussi travaillé, que plus on formule de projets précis, plus on suscite de blocages

Pourquoi? Il semble bien que la logique du "tout faire pour ne rien faire" soit à l'œuvre. Dans notre pays, un système de préservation d'intérêts et de statu quo refuse des initiatives de recherche scientifique qui mettraient en évidence les limites du vieux régime de gouvernance français basé sur les pyramides de pouvoir, selon l'expression du Sénateur R. Tregouët.

La rationalité n'a rien à voir là-dedans. C'est un pur système corporatiste qui cause le déclin français, déclin incontestable au regard de ceux qui travaillent à l'international. Les autres sont sous la logique du "tout va très bien madame la marquise". Ils sont désinformés ou totalement "déconnectés", pensant appartenir à un îlot préservé hors du temps et du monde, société tribale, économie de connivence, où tout le monde se connaît et où tout peut être mis sous contrôle. Malheureusement un excès de protection nous surexpose aux risques de la mondialisation au lieu de nous en protéger, et provoque l'exode souvent déploré des entrepreneurs, des scientifiques et des ingénieurs.

La vérité est terrible. Si vous, moi ou d'autres, prétendons nous intéresser aux sujets de politique scientifique, nous serons qualifiés de marginaux, d'empêcheurs de vivre bien abrité. Nul ne nous écoutera.

Un autre aspect de la politique économique et scientifique à la française consiste à subventionner des dinosaures économiques ou recruter des chercheurs destinés à empêcher de couler des activités qui disparaîtront de toute façon. On entretient l'illusion de performances possibles autour de domaines dépassés, à coup de dossiers d'aides bien montés mais sans fondement, dissimulant des systèmes d'aubaine et d'abus. Tout le monde le sait... Tout le monde feint de l'ignorer. "Pourvu que ça dure… " On pare cela du terme d'intérêt général, cachant des intérêts corporatistes. Le passé à un lobby, pas l'avenir! Argument supplémentaire pour qu'aucun Think tank ne vienne faire du lobby pour l'avenir.

Je souhaiterais évoquer un autre point. En ce temps de globalisation (au sens américain: le globe, la planète) faut-il tout réinventer ou bien coopérer avec les meilleurs sur les programmes initiés aux USA et qui démontrent tous les jours leur intérêt ? La coopération est exigeante mais semble seule viable économiquement. Je conçois que cela dérange, mais le monde évolue et nous ne pouvons pas assumer, nous et nos enfants, les conséquences d'années d'exubérance nationaliste mal fondée soutenue par nos gouvernements successifs!

Alors, que faire concrètement ? Mettre en contact ceux qui veulent aller de l'avant même s'ils se placent en avant-garde de gouvernements et d'administrations frileuses ou mal informées sinon incompétentes ? L'enjeu est important. Recherche fondamentale, formation, applications commerciales innovantes, bonne gouvernance sont des pièces essentielles qui évoluent en co-consolidation, la prospective essayant de leur proposer des éclairages à long terme. Mais se trouvera-t-il des gens ou des entreprises pour prendre ce risque ?

Votre article est remarquable mais nous sommes face au non-rationnel d'un système connu pour sa "serendipity"(1)... Ayant demandé conseil relativement à mon projet on me répondit, comme à beaucoup d'autres : "Partez aux Etats-Unis, la France est une piscine qui se vide et que l'on essaie de remplir avec un dé à coudre". Cela venait de gens parfaitement informés au plus haut de l'Etat. Aussi bien c'est ce que je vais faire !

Les Français sont excellents, créatifs, technicistes, les Américains savent parfaitement transformer une technologie en activité économique, ils savent amorcer le futur. Il semble bien que, contrairement à eux, si nous avons des problèmes en notre pays c'est bien parce que la part de l'échange marchand soit devenue trop faible, la valeur ajoutée également, le niveau technologique également, la recherche également…

Pouvons-nous persister dans l'erreur, drapés dans nos fières certitudes ?

Je me demande cependant, pour ne pas céder au pessimisme, s'il ne serait pas possible, comme vous le suggérez, de créer un forum ouvert, pas nombriliste, pas franco-centré. Il devrait essayer de faciliter la circulation des expériences et des meilleures pratiques, l'expression des projets, des besoins, des complémentarités, des alliances nécessaires. Les bonnes idées peuvent venir de partout. Il y a sans doute en France un potentiel impressionnant de bonnes idées qui restent en friche et pourraient être exploitées. Le but final à rechercher devrait être le plus souvent possible la création d'activité et de valeur.

Pourquoi ne pas essayer ?

(1) serendipity : mot anglais sans équivalent en français : effets imprévisibles ou opposés à la volonté.

Joël Frugier

Merci de cette contribution. Certains d'entre nous travaillant à cette revue ou la lisant régulièrement se demandent en effet s'il ne serait pas possible d'en tirer un instrument de réflexion et de savoir un peu plus efficace qu'un simple périodique sur le web. Pourquoi pas en effet? Mais l'entreprise suppose d'y réfléchir attentivement, entre personnes souhaitant s'impliquer un petit peu. Or le temps manque à la plupart. A voir donc. En attendant, vos réactions seront les bienvenues. JPB. CJ.


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