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20 Septembre 2001

Par Alain Cardon

La robotique est-elle une technologie ou une science ?

Vous proposez dans un de vos billets que se réalise un co-développement entre la robotique et les autres sciences. C'est indispensable pour l'avenir des parties en présence, j'en conviens. Mais dans l'immédiat ceci supposerait que la robotique soit considérée comme une science par les représentants de ces autres sciences, comme d'ailleurs par ses représentants eux-mêmes.

Or je m'interroge sur le statut de la robotique. C'est manifestement une technologie, mais de quelle science ? Je crois qu'en France, la robotique est le domaine d'application majeur de la science du contrôle des systèmes (Automatique, Électronique). Cette science est elle-même une partie relativement indépendante de la physique. Il me semble que l'on est dans le cas d'une science faiblement autonome et d'une technologie hégémonique par rapport à cette science. Dans ce cas, toute évaluation porte sur les résultats d'applications et non sur celle des résultats théoriques.

Dans le domaine universitaire, il est difficile de faire vivre une communauté qui se fonde principalement sur une technologie. Il ne lui correspond pas vraiment de cursus scientifique clair, de congrès scientifiques internationaux bien visibles et son autonomie dans le monde universitaire très conflictuel, par rapport aux sciences établies de longue date, est délicate (pas de reconnaissance dans l'université, peu de considération, peu de postes, peu de financements).

Ce n'est pas le cas dans les écoles d'ingénieur, où l'approche technologique est valorisée. Mais alors, les grands laboratoires scientifiques y sont rares. L'aspect étude et application y est très bien développé, mais le côté recherche fondamentale y est assez faible (sauf le cas, sans doute, des grandes Grandes écoles).

Ce cas est aussi celui de l'informatique, qui joue, en ce moment, son existence de discipline scientifique à part entière (ce à quoi les pionniers avaient cru aux origines qu'elle pouvait prétendre) devant la technologie des programmes applicatifs innombrables.

Je crois que cette dichotomie science/technologie est un mal très français, hérité à la fois de la coupure université - grandes écoles et de notre culture, devenue quelque peu laxiste face aux efforts à fournir pour devenir de bons scientifiques.

L'approche culturelle du problème est intéressante. La France se faisait jadis forte de sa culture scientifique, qui était, c'est vrai, il y a encore 20 ans, sans doute la plus éclatante du monde occidental. L'exigence des cursus scientifiques d'alors (et l'hégémonie formidable des mathématiques) y était pour quelque chose. Cela a bien changé, par une certaine prise de pouvoir, à la fois dans l'université et dans le monde politique, des sciences humaines (psychologie, sociologie, économie ...) qui font très peu appel aux mathématiques, même statistiques. La grande faiblesse en mathématiques des étudiants entrant en Faculté de sciences est préoccupante.

Le niveau d'exigence au baccalauréat est presque nul (je le sais ayant été plus de 20 ans président de jurys de baccalauréats). Ainsi, les étudiants se tournent, par faiblesse reconnue, vers des disciplines où le formalisme est faible, c'est-à-dire les cursus technologiques comme l'informatique, l'automatique et l'électronique ou encore la biologie. Les mathématiques elles-mêmes et la physique ont ainsi des problèmes sérieux de recrutement, surtout en recherche.

On obtient de la sorte des disciplines où les flux d'inscrits sont importants, et qui souffrent d'une faiblesse notoire de leur problématique scientifique : des étudiants nombreux et parfois très nombreux en second cycle, et des DEA avec des étudiants moyens ou assez faibles.. Donc des thèses pas très bonnes, des recrutements pas très bons de MdC, et des laboratoires d'allure étrange, avec une abondance de technologues ..

Le cas des USA ou du Japon est différent. Les formations y sont  polytechniques et élitistes (d'assez à très exigeantes selon les Écoles ou Universités qui sont systématiquement classées) et tous les scientifiques ont un bon niveau de mathématiques, ainsi que de bonnes connaissances technologiques. La progression dans les cursus est difficile. Le lien avec l'industrie se fait sur la base du transfert scientifique plutôt que du transfert technologique.

La France avait une élite scientifique, dégagée par des cursus très exigeants. Les Pouvoirs Publics ont changé les règles du jeu et ont décidé de faire de la formation de masse. Ils ont décidé de supprimer l'élitisme, considéré comme non démocratique et conservateur. Et cela, sans refondre complètement les systèmes d'enseignement et de recherche publics, ce que les pesanteurs habituelles et les avantages acquis interdisaient totalement. Pas de pluridisciplinarité donc, et toujours le cloisonnement disciplinaire qui est mortel dans les domaines technologiques. Je me souviens de la réaction indignée du Ministère découvrant, au début du processus, les 25 % de réussite en première année de DEUG maths. Insupportable! Inhumain! La réussite est aujourd'hui de 70 %. Mais les programmes sont aussi troués que des gruyères, bien adaptés à des étudiants gentils qui ont fait beaucoup de tourisme au lycée et qui continuent à en faire à l'université, à travers des parcours individualisés étranges, peu utilisables dans la vie professionnelle et moins encore dans la recherche.

La valeur du système d'enseignement dans son entier est tombée d'un cran et ce cran est à mon avis important. La robotique profite apparemment de cet état de choses par le nombre d'étudiants qui en font, mais elle en souffre par la qualité moyenne des formations et des recherches qu'elle peut mener.

La solution n'est pas une affaire d'extension à une autre échelle, européenne par exemple(1). C'est un problème très national des choix de formation. Il pose immédiatement la question de l'avenir des formés qui sont actuellement dans le système d'enseignement et de recherche (comme d'ailleurs de leurs professeurs). Problème qui n'a pas nécessairement de solution simple ni agréable pour tous.

Ne croyez pas que je m'exprime ici en défenseur de l'élitisme scientifique ancien. C'est parfait de vouloir donner le baccalauréat et les diplômes de début de cycles à l'ensemble de la population scolaire, à titre d'ouverture de l'esprit. Mais il reste que la science à son plus haut niveau, comme d'ailleurs la technologie de haut niveau, exigent énormément de travail personnel et de sacrifice. Scientia est magni laboris disait déjà à peu près Cicéron. Cela n'a pas changé. On l'admet bien pour le sport de haut niveau (y compris en tolérant socialement les abus inadmissibles du dopage). Pourquoi pas en sciences ?

(1) A moins d'accepter, ce dont certains rêvent, que toutes les études sérieuses se fassent par Internet à partir des universités américaines. Remonter d'où l'on vient

© Automates Intelligents 2001

 





 

 

 

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