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Billet d'humeur
par Bruno Trivelin

trivelin@anso.ucl.ac.be

Les futilités des nouvelles technologies
Contribution d'un lecteur déposée dans notre boîte à mail, et que nous  remercions vivement.
Bruno Trivelin est chercheur FNRS à l'Unité d'Anthropologie et de Sociologie de l'Université Catholique de Louvain

La domotique constitue un domaine passionnant de l’automatisation. Lors d’une recherche sociologique sur un produit domotique, il fut cependant frappant de constater à quel point les applications de ces produits citées en exemple par la presse spécialisée ou non étaient futiles. L’exemple type de ce que tout un chacun serait censé pouvoir réaliser avec la domotique est de se faire couler un bain depuis sa voiture en rentrant du travail. Image forte d’une technologie suscitant la fascination d’un pouvoir quasi télépathique sur le plus petit détail de l’existence, il ne s’agit pas moins de futilités ne correspondant en rien au produit et aux aspirations des utilisateurs potentiels d’une installation domotique.

L’exemple du bain est doublement stupide. D’abord, l’application citée en exemple n’intéresse personne. Qui a un quelconque besoin de se faire couler un bain depuis sa voiture? Franchement? Ensuite, quel système domotique est capable de mettre en œuvre ce désir, aussi futile soit-il? Lorsque l’on envisage ce qu’implique cette opération, on se rend bien vite compte de la stupidité de l’exemple pourtant unanimement repris par les médias il y a deux ou trois ans de cela. Cette tâche suppose une centrale téléphonique, la possibilité de commander l’arrivée d’eau de la baignoire via une électrovanne, de maintenir la température de l’eau, et donc des capteurs et système de chauffage de l’eau dans la baignoire, et, bien évidemment, de surveiller son niveau afin que l’eau ne déborde pas. Si ce type d’application ne pose aucune difficulté technique particulière, nous pouvons toutefois souligner qu’elle suppose un système domotique des plus complets et des plus onéreux. Cette image futile n’est pas sans desservir le produit d’un point de vue commercial. Ne se reconnaissant nullement dans les besoins que le produit est censé assouvir, ce dernier ne peut susciter que peu d’intérêt parmi une clientèle potentielle. Le produit est décrédibilisé car il est gadgétisé et qu’il est improbable qu’il puisse être livré.

Et pourquoi ne pas faire couler l’eau de la vaisselle depuis son GSM, avec la bonne dose de savon, la bonne température, etc., pour être prêt à laver les casseroles de la veille (qui ne rentrent pas dans le lave-vaisselle) dès que l’on est chez soi ?

Autre image maintes fois reprise, celle du garde-manger auto-géré. De prestigieuses sociétés présentent des réfrigérateurs munis d’un lecteur de code barres permettant une "gestion intelligente du garde-manger", et cela, avec tous les services associés: compositions de menus diététiques avec ce dont il dispose, commande des produits en pénurie, etc. Cependant, si l’on s’intéresse aux pratiques liées à ce type d’équipement, force est de constater que les articles de presse traitant très sommairement de ces équipements font une impasse totale sur les manipulations que ces garde-manger supposent. Toute denrée doit être munie d’un code barre. Que faire alors des produits du marché, du potager, du boucher ou du poissonnier? Que faire des petits-plats cuisinés et congelés? On les code nous-mêmes? Où peut-on lire la moindre ligne expliquant qu’il faudrait scanner tout produit entrant ou sortant, ou comment informer le système qu’une bouteille de lait n’est plus qu’à moitié remplie? Les détails de cette gestion "automatisée" s’arrêtent là où celle-ci implique de nouvelles contraintes.

L’Internet et l’UMTS subissent eux-aussi d’affligeantes applications supposées changer le quotidien de tout connecté. Nous pourrons bientôt commander des pizzas par Internet ou UMTS. Notons qu’il s’agit là d’une véritable obsession dans les nouvelles technologies. La nourriture de l’ingénieur ou du futurologue ne se concevrait-elle qu’en termes de pizzas livrées à domicile? Extraits choisis du livre de François Bellanger, Habitat(s), Editions de l’Aube, 2000: Vincent Créance, Design Manager, Alcatel, "Avec Internet, on peut imaginer bien des choses. On peut déjà […] commander sa pizza, via Internet"; Olivier Le Berre, Responsable Marketing, Legrand, "Le logement va s’ouvrir sur l’extérieur. On pourra commander sa pizza par l’intermédiaire de son téléviseur"; Gérard Vergneau, Directeur Tim-Thom/Thomson Multimédia, Elsa Frances, Designer, "La télé dans la cuisine va-t-elle, par exemple, seulement servir à regarder les informations et les dessins animés, ou va-t-elle permettre de se connecter sur des chaînes spécialisées en cuisine et permettre de commander des pizzas?". Si ces nouvelles technologies particulièrement coûteuses et pointues sont si souvent envisagées pour assouvir d’aussi piètres prétentions gustatives, il y a fort à parier que nombres d’entre nous s’en tiendront à la commande de pizza par téléphone. Pourquoi se compliquer la vie avec des matériels aussi coûteux?

Les images véhiculées autour de ces nouvelles technologies ne sont pas à leur hauteur. Le manque d’imagination, ou simplement, de perspicacité quant aux potentialités de ces technologie est tout bonnement désolant. La commande de pizzas ou la gestion de son compte en banque depuis l’autre bout de la terre constituent deux slogans très à la mode, mais en total déphasage avec les attentes des consommateurs. Aux applications facilitant la vie quotidienne de tout un chacun, se substitue la fascination de la télécommande du plus petit détail de la vie quotidienne.

Et si un système domotique, cela pouvait simplement servir à économiser le chauffage, avertir qu’il y a une fuite d’eau, éteindre les éclairages laissés malencontreusement allumés, ou le gaz, ou encore, si ce système pouvait venir en aide à des personnes à mobilité ou capacités réduites? Et si l’UMTS, cela pouvait simplement servir à me donner la météo ou l’horaire des trains ou des bus et leurs retards là où je suis, sans devoir surfer pour accéder au service sur Internet, si cela pouvait remplacer toutes les télécommandes de la maison? Cela fait moins rêvé, mais c'est tellement plus prêt de notre quotidien.

Et si les pizzas, ce n’était pas vraiment plus simple à commander par téléphone ?

 

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