Plan du site Aide Abonnement Nous Contacter


Actualité
Editorial
Interviews
Démocratie
Visites virtuelles
Art. Imaginaire
Du côté des labos
Le feuilleton
Manifestations
Biblionet
CD Rom
Echanges
Liens Utiles

 

Accueil > Echanges
Automates Intelligents utilise le logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue.
 
Archives
Billets/Articles
"Monitoring" de la planète - Les drones
NTIC et combat pour la démocratie
Privatisation de l'espace
War games at Crypto-city

27 Décembre 2001

Des mèmes et de la mémétique (suite)

Débat entre Bernard Estournet et Automates Intelligents

La liste de diffusion memes-fr memes-fr@smartgroups.com associe ceux qui s'intéressent au phénomène des mèmes et souhaitent approfondir le sujet. Ses fondateurs nous ont proposé de nous y inscrire, ce que nous avons fait avec plaisir. Dans ce cadre, nous avons reçu le message sympathique suivant, qui nous paraît devoir être publié par Automates Intelligents, dans la mesure où il intéressera certainement de nombreux correspondants. Nous répondons aux questions posées dans le fil du texte (en rouge). Automates Intelligents.

Paris, le 16 décembre 2001
De Bernard Estournet
transmis par Pascal Jouxtel pascal@contagions.com

Le 24 novembre dernier, j'ai lu avec intérêt un éditorial de Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin. Ce texte présentait quelques réponses d'ordre mémétique aux questions exposées (http://www.automatesintelligents.com/edito/2001/nov/edito1.html)

En titre : Ben Laden existe-t-il ? Sont-ils plusieurs ? La lecture de ce texte m'a suggéré quelques questions, que je posent ici, et qui appellent donc les réponses de qui veut.

Puisque les auteurs de cet éditorial le proposent dès la première phrase du texte (étudier scientifiquement la mémétique), je prendrai une posture résolument scientifique. C'est un trait de mon caractère que ma formation initiale a gravé assez profond dans mes schémas de pensée. Je ne suis pas toujours à l'aise avec ce sillon culturel, mais il est, après tout, un bon outil d'analyse. C'est pourquoi les remarques que je vais formuler sont présentées sous une forme de liste de points, et numérotées de façon à pouvoir s'y référer, au cas où ces "graines de mèmes", une fois semées ici, se retrouvent "fleurs de mèmes" ailleurs.

Point 1 : La méméticologie

Dans le tout début du texte, je relève une petite incohérence, certainement de vocabulaire. Je cite les deux premières phrases de l'éditorial. "Ceux qui ne sont pas encore convaincus de la nécessité d'étudier scientifiquement la mémétique pour comprendre le monde actuel sont susceptibles de changer d'avis en réfléchissant au cas Ben Laden. Rappelons que la mémétique est, ou devrait être, la science des mèmes.".

En rapprochant les deux expressions employées l'une dans la première phrase "étudier scientifiquement la mémétique" et la seconde dans la phrase suivante "la mémétique est la science des mèmes", j'en conclu qu'il faut étudier scientifiquement la science des mèmes, ce qui me paraît bizarre. Mais peut-être est-ce bien cela qu'il faut comprendre, et alors je ne comprends pas.

R : vous avez raison, nous aurions du écrire "ceux qui ne sont pas encore convaincus de la nécessité de recourir à la mémétique…" mais on écrit toujours trop vite à l'écran.

Cela me rappelle mes débuts professionnels de l'ingénieur que j'étais et qui commençait à "tâter" de démarches de progrès en entreprise, de projets d'entreprise et de modes managériales. Il fallait que je m'habitue au jargon d'un métier, qui utilise des mots très proches de la langue parlée, qui emprunte des mots à des domaines techniques, mots qui n'ont pas le sens commun ni le sens technique. J'ai eu beaucoup de problèmes en particulier avec le mot méthodologie. Je connaissais le mot méthode, que j'avais rencontré en philosophie avec Descartes, en mathématique avec les moindres carrés, en français avec les plans de dissertation, en chimie, en biologie, en informatique, bref chaque fois qu'il fallait expliquer un processus, une procédure, un moyen, un programme, . une méthode. Je connaissais aussi beaucoup de mots qui finissent par logie. On m'avait expliquer que cette racine grecque signifie " tude de". Alors j'en déduisais que la méthodologie devait être l'étude des méthodes, science qui me paraissait certes très intéressante, un peu comme la systémique ou la linguistique, mais qui n'avait rien à voir avec les discours que j'entendais dans les réunions, les groupes de travail et les rapports. On utilisait à tour de bras le mot méthodologie qui faisait plus savant que le mot méthode, mais avec le même sens, sans "valeur ajoutée" dirait-on aujourd'hui.

Le doigt que je pointe sur cet abus de langage ne veut pas accuser, mais bien alerter les méméticiens : j'estime que nous devons être très attentifs aux mots que nous emploierons pour décrire cette toute nouvelle science qu'est la mémétique. Et surtout si nous nous targuons d'être scientifiques !

R : vous avez encore raison. A ce titre, on peut se passer d'inventer le mot "méméticologie". Mémétique devrait suffire.

Point 2 : Les mèmes morts

Toujours dans le premier paragraphe du texte de l'éditorial, je relève ces mots : "Les mèmes sont des unités réplicatives et mutantes se développant ." et "Les mèmes apparaissent, se reproduisent et se diversifient".

Tout d'abord, j'estime très pertinent de rappeler aussi brièvement ce qu'est un mème dans le début d'un article qui va parler de mème. Le propre de la recherche scientifique est non seulement de chercher, de trouver, de comprendre, mais aussi de montrer et d'expliquer. La mémétique est une science tellement jeune qu'il nous faudra certainement abuser de ce parti pris, chaque fois que nous écrirons quelque texte sur la mémétique ou sur les mèmes.

Cela dit, l'idée qui est derrière les mots que j'ai repris plus haut est que les mèmes sont des "objets" qui naissent, croissent, vivent, se développent, se déplacent, comme des êtres vivants. La question que je me pose est celle-ci : si ces objets sont si proches d'êtres vivants, ils doivent donc aussi mourir, comme tout être vivant. Cette question est-elle licite? La réponse est-elle oui? Et si oui, si les mèmes meurent, peut-on en voir? Où sont les mèmes morts? Peut-on les "photographier"? Et du coup, si l'on peut parler aujourd'hui d'un mème mort il y a deux jours ou deux millénaires, ne ressuscite-t-il pas dès qu'on en parle? Alors, le mème n'était-il pas seulement "endormi"? Les mèmes ne sont-ils pas éternels? Les mèmes futurs existent-ils déjà, et nous ne ferions que les "réveiller" ?

Voici des questions que je me pose et qui appellent des réponses de méméticiens chevronnés!

R. Sans être méméticiens chevronnés, nous répondrions volontiers que les mèmes ressemblent beaucoup aux gènes - comme aux atomes et autres entités ne prenant pas la forme d'organismes vivants de type pluricellulaire. C'est-à-dire que dans certaines conditions favorables ils sont actifs, se multiplient et se diversifient, dans d'autres, ils deviennent inactifs. On pourrait assimiler ce dernier état à une sorte de mort, mais le mot ne serait pas juste. Les mèmes morts peuvent toujours en principe être réactivés, quitte à le faire sous une forme mutante peu identifiable à l'original. C'est, si on en croit les microbiologistes, ainsi que se conservent, sous forme de spores ou autrement, virus et bactéries. Prenons le mème Ben Laden (OBL). Dans 10 ans, il paraîtra peut-être mort et enterré. Mais si des excités de l'époque jugent bon de l'exhumer comme bannière pour de nouvelles activités, il revivra sous une forme plus ou moins proche ou différente de l'actuelle.

Point 3 : Humains, les mèmes ?

Je puise encore dans ce même premier paragraphe le sujet de cette troisième remarque : "Les mèmes sont des unités se développant sur le mode darwinien dans les réseaux constitués par les cerveaux des hommes". Les mèmes sont-ils des objets essentiellement humains? Les animaux ne développent-ils pas aussi des mèmes? Serait-ce le même type de mèmes? Ou bien les scientifiques qui étudient les animaux, leurs évolutions, leurs comportements, leurs langages ont-ils repéré des objets de ce type et les auraient-ils déjà nommer? Comment alors? Et si les mèmes sont essentiellement humains, quelles conséquences en tirer?

R. Pour Dawkins, père des mèmes, et pour nous, les mèmes apparaissent dans toutes les espèces capables de développer des cultures reposant en grande partie sur l'imprégnation (à la naissance) ou sur le mimétisme. Les mèmes ne sont donc pas seulement des entités utilisant les langages audio-vocaux ou gestuels humains. Ils constituent le tissu même et le mécanisme de développement des cultures comportementales et langagières des diverses espèces et sociétés animales. En fait, comme les sociobiologistes les plus ouverts l'ont admis, les cultures animales et humaines sont déterminées à la fois par des déterminants d'origine génétique (on peut le dire même si la définition du gène reste encore imprécise, comme le montre un article du numéro 348 de La Recherche) et par des déterminants de nature mémétique - les deux s'enchevêtrant dans des flots d'interaction difficiles à démêler.

Point 4 : Noms de famille de mèmes

Ce quatrième point est un essai de sémantique sur les familles de mèmes OBL, décrites dans le corps de l'éditorial. Je renvoie le lecteur à l'article lui-même, où sont recensées à titre d'exemple cinq familles de mèmes OBL.

Et voici les noms que je propose, juste pour faire comme Linné avec les espèces, ou comme Magellan avec les territoires, dès qu'il faut nommer les objets que l'on découvre.

- la famille OBL des anti-occidentalo-américains ;
- la famille OBL des anti-libéralisme-anti-mondialisation ;
- la famille OBL des terroristes ;
- la famille OBL des sauveurs militaro-industriels de victimes ;
- la famille OBL des résistants pleins d'humanité, d'humour et de dérision.

Encore une fois, travailler sur les mèmes, c'est travailler sur les idées avec les mots.

R : no comment

Point 5 : La mémétique dérangeante

Cette dernière remarque porte sur l'idée exprimée dans la note en bas de texte : "les multinationales de l'agro-alimentaire consomment les agriculteurs du tiers-monde", à propos de la dernière famille de mèmes OBL, en particulier ceux qui utilisent la dérision pour résister.

Si l'on rapproche cette idée de celle exprimée dans le premier paragraphe de l'éditorial "ce ne sont plus les organismes et structures qui créent des mèmes, mais les mèmes qui créent les structures et les organismes", on peut dire que la démonstration parfaite est accomplie : les multinationales sont bien des mèmes. Les unes comme les autres consomment pour vivre.

Ce qui me gêne pourtant dans cette conclusion, ce n'est pas la beauté de la démonstration, ni le résultat auquel on arrive. C'est la différence d'émotions, de jugements que les auteurs paraissent, à mon avis, mettre dans chacune des deux idées.

D'un côté les explications en début de texte sont données de façon neutre, factuelle, scientifique : voici des mots, des définitions, des concepts ; tant qu'il s'agit de mèmes qui bouffent du mème, la chose paraît scientifiquement observable et supportable. De l'autre, dès que ce sont des multinationales qui bouffent des agriculteurs, la façon de se développer est jugée impitoyable.

Cette remarque appelle les méméticiens à réfléchir sur la portée et les conséquences de cette science que se veut devenir la mémétique. Si nous commençons à juger les mèmes (y a-t-il de bons mèmes et de mauvais mèmes?), la mémétique ne sera pas une science, car elle sera partisane.

Ou alors la mémétique ne serait pas une science. Ce serait plutôt un mouvement de pensée, voire un mouvement à penser, un mouvement pour penser.

Et pourquoi pas un bouquet de pensées !

Appel à réponses

R. On peut dire que les mèmes génèrent les structures (sociales et autres) comme les gènes génèrent les organismes. Les mèmes du libéralisme, de la libre-entreprise, du marché, de la mondialisation ne créent ni les multinationales, ni les activités plus ou moins cannibales (ou constructives) du monde néolibéral. Ces structures résultent de la conjonction d'un grand nombre de mèmes différents, constituant ce que l'on pourrait appeler le "ménome" (encore un nouveau concept !) de la structure en question. On peut juger l'action de la structure sans juger, ni moralement ni autrement, les mèmes constituant son ménome. Condamnerait-on les gènes (s'ils existent) de l'agressivité sexuelle, indispensables à la reproduction, sous prétexte que certains individus sont des violeurs récidivistes ?

Par ailleurs, quand nous jugeons quelque chose, en termes politiques, moraux et même scientifique, ce n'est pas un Nous identifiable qui se prononce, mais plutôt des ensembles de mèmes ayant pris certaines formes ici et maintenant et entrant en conflit darwinien avec d'autres. Les mèmes de la science sont des mèmes ayant réussi à exploiter un créneau très porteur, où ils peuvent éliminer, par chercheurs scientifiques interposés, de nombreux autres mèmes moins organisés…un peu, toutes proportions gardées, comme les gènes du virus du sida exploitent le créneau génial consistant à s'en prendre aux leucocytes.

Pour conclure, merci de vos questions auxquelles nous essayons de répondre de notre mieux, mais sans prétendre approcher, même de loin, aux beautés d'une mémétique fondamentale encore à inventer.

Si vous désirez déposer des photos, utiliser le calendrier ou organiser un vote, visitez http://smartgroups.wanadoo.fr/groups/memes-fr

© Automates Intelligents 2001

 





 

 

 

Qui sommes nous ? Partenaires Abonnement Nous Contacter

© Association Automates Intelligents