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27 Décembre 2001

Le monde ancien est en surfusion. Il nous abrite encore. Mais de nouvelles formes d'univers commencent à cristalliser...

par Jean-Paul Baquiast

On sait que, sous certaines glaces, à une pression supérieure à la pression atmosphérique, l'eau se maintient sans geler à quelques degrés au-dessous du zéro. Différentes formes vivantes s'y rencontrent, y compris de nombreuses espèces de poissons adaptés aux basses températures. Il s'agit d'une forme d'un phénomène physique répandu, la surfusion. Si pour une raison ou une autre, la surfusion disparaît, par exemple suite à la rupture du couvercle de glace, l'eau gèle instantanément, tuant les organismes supérieurs qui n'étaient pas préparés à survivre au sein des cristaux.

On peut penser que la grande majorité des hommes, y compris dans les pays dits développés, sont un peu semblables à ces poissons qui vivent dans cette eau en surfusion, potentiellement mortelle. Un monde radicalement différent, en plein développement, est apparu. Il les baigne. Mais ces hommes ne s'en aperçoivent pas, car leur univers traditionnel se maintient encore en surfusion, et leur cache l'instabilité potentielle, de plus en plus menaçante pour leur survie, qui apparaît. Une observation attentive montrerait que, dans certains endroits, commence à se manifester, sous forme de cristallisations encore locales, de nouvelles formes ou processus annonciateurs d'un changement radical. Mais même ces signes indubitables, qui devraient alerter, passent inaperçus de la plupart des individus et des groupes. Ceux-ci continuent à vivre et à s'affronter sur les modes anciens, sans s'apercevoir du risque de disparition qui les menace.

Ce monde nouveau, c'est celui que génèrent les actuelles recherches scientifiques, en expansion irrésistible et interagissante, dans les domaines les plus fondamentaux de la physique, de la biologie, des neurosciences, de l'intelligence et de la vie artificielle, de la gestion "intelligente" des organisations. Les réseaux interactifs constituent le milieu nourricier offrant la possibilité aux idées et aux réalisations en résultant de bénéficier d'un développement darwinien proliférant. Quelques rares humains et groupes sociaux, réunis par le web et les canaux de l'échange électronique, en bénéficient et se confortent mutuellement. Ce sont à la fois les agents et les sujets d'une mutation dont nul n'est capable de prédire les contenus ni même les conséquences proches, mais qui balaiera sans doute irrésistiblement l'ancien monde et ceux qui y seront restés enfermés.

En fait un nouvel Empire se met en place, où certains voient le possible Successeur d'une humanité traditionnelle subitement déclassée(1) et d'autres, à plus court terme, l'irrésistible affirmation d'un Occident techno-scientifique très largement dominé par les Etats-Unis, que les agressions terroristes internes et externes ne feraient que renforcer.

Quel que soit cet avenir, ceux qui le subiront passivement disparaîtront. Il leur faut donc tenter de s'éclairer au plus vite. Or des signes avant-coureurs, analogues à ces cristallisations locales annonçant la fin d'un état de surfusion, sont de plus en plus observables même par ceux qui ne sont pas encore connectés aux réseaux de mutants. Ces signes devraient suffire pour provoquer l'abandon des idéologies et pratiques ancestrales, et la recherche de modalités de survie face aux extinctions massives qui s'annoncent.

Concrètement, en ce tout début de siècle, des publications empruntant les canaux traditionnels, livres, articles, interviews, expositions(2) pourraient commencer à alerter les personnes qui n'ont pu, faute de connexions au mégacerveau du web(3), commencer à se préparer à la rupture de la banquise protectrice maintenant leur eau en surfusion. Dans le domaine de l'édition, ces derniers mois, les ouvrages de prospective scientifique ou simplement de science-fiction ne manquent pas. Nous avons rendu-compte, ou rendrons compte, des plus significatifs d'entre eux(4). Mais beaucoup de gens, malheureusement, y compris au niveau de ce que l'on appelle à tort les décideurs (à tort car leur mode de décision ressemble assez à celle du chien crevé au fil de l'eau, selon la formule jadis consacrée) n'en tireront aucune conséquence. Ceci simplement parce que, faute de connexion quotidienne au monde nouveau en train d'émerger, ils ne verront pas les conséquences pratiques de ce qu'ils pourront lire ou entendre.

Pour ceux de ces décideurs pourtant qui voudraient jouer un rôle utile dans la conduite des colelctivités, il n'y a pour le moment, pensons-nous, qu'un seul principal remède, permettre à chacun de se connecter au web mondial, d'en comprendre les contenus et finalement d'y apporter sa propre contribution. Il s'agit en fait, on le devine, d'une tâche considérable. Elle suppose évidemment l'accès de tous aux ordinateurs et aux réseaux. Mais elle suppose aussi et surtout d'innombrables niveaux d'aide à l'appropriation et à la formation permettant de généraliser le minimum de culture scientifique et politique permettant aux citoyens de passer du statut de cible passive à celui d'agent " intelligent ". A terme, il s'agira de multiplier les aides à la création scientifique et technique, permettant à celle-ci d'échapper au monopole des grands Etats et des grandes entreprises.

En ce qui concerne la gestion des organisations, Etats comme collectivités locales et entreprises, elle devra être repensée sur le modèle connexionniste des neurosciences : chaque citoyen connecté aux autres comme l'est  dans le cerveau le neurone à ses homologues participera à l'émergence d'un système multi-agents adaptatif, capable en générant et gérant sa propre complexité de faire face à celle d'un univers en évolution rapide(5).

Ceci pourra paraîtra comme relevant de l'utopie. Pourtant, au-delà des mots, se posent immédiatement des choix politiques. Faut-il par exemple, comme le déplore le sénateur Trégouët (@RT Flash, Lettre 173 du 15 au 21 décembre 2001(6)) consacrer des milliards à préparer la mise en place de la Télévision Numérique Terrestre, qui pérennisera au détriment des initiatives citoyennes le mode de diffusion "Un vers Tous" propre à la télévision, laquelle fait surtout l'affaire des manipulateurs d'opinion ? Ne faudrait-il pas au contraire faciliter avec des capitaux publics le déploiement d'un visiophone multimédia portable inspiré du standard japonais FOMA (freedom of mobile multimedia access) - pour ne pas parler de l'UMTS?(7).

Bien d'autres types de choix, relevant des politiques publiques ou des comportements collectifs, devraient tous les jours, en démocratie véritable, être évalués de la même façon : contribuent-ils ou non à l'augmentation de la prise de conscience et de l'autonomie intellectuelle des individus et des petits groupes face aux grands changements du monde? Mais qui est prêt à le faire?


(1) Jean-Michel Truong. Totalement inhumaine http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2001/oct/truong.html Remonter d'où l'on vient
(2) Par exemple, l'exposition actuelle de la Cité des Sciences  et de l'Industrie, consacrée à l'Homme transformé http://www.automatesintelligents.com/actu/011206_actu.html#actu9.  Remonter d'où l'on vient
(3) Faute notamment, oserons-nous dire, d'être des lecteurs assidus de notre magazine... Remonter d'où l'on vient
(4) Voir dans ce numéro les articles de notre rubrique biblionet, consacrés à deux ouvrages significatifs : l'Univers dans une coquille de noix de Stephen Hawkins
; "l'Ultime secret" de Bernard Werber  Remonter d'où l'on vient
(5) Lire à ce sujet l'article de Christophe Jacquemin dans notre précédent numéro: A quand les sciences de la complexité au service de l'Etat http://www.automatesintelligents.com/labo/2001/dec/labo1.html Remonter d'où l'on vient
(6) Voir http://www.tregouet.org/lettres/rtflashtxt.asp?theLettre=187#Edito
Remonter d'où l'on vient
(7) Sur le FOMA, on pourra consulter le site de NTT Docomo http://www.nttdocomo.com/ Remonter d'où l'on vient


Voir aussi autres billets :
- Des mèmes et de la mémétique (suite). Débat entre Bernard Estournet et Automates Intelligents ;

- Les problèmes administratifs bientôt résolus par une découverte mathématique originale: l'opérateur logique (ètrobète), par le Pr Ilbas

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