Plan du site Aide Abonnement Nous Contacter


Actualité
Editorial
Interviews
Démocratie
Visites virtuelles
Art. Imaginaire
Du côté des labos
Le feuilleton
Manifestations
Biblionet
CD Rom
Echanges
Liens Utiles

 

Accueil > Echanges
Automates Intelligents utilise le logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue.
 
Archives
Billets/Articles
Les politiques de décroissance et les sciences
Vers le robot augmenté ou le post-robot
L'Europe, l'Espace, la Lune et Mars
Addictions
De l'IA faible à l'IA forte

Billet d'humeur
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

Nos chers professeurs se moquent-ils de nous ?

Ne voyez aucune malice à la question, mais seulement l'interrogation de simples citoyens travaillant dans la robotique et désireux de s'instruire au contact de la fine fleur de l'université française. Expliquons-nous : le ministère de la Recherche, en sa sagesse, a décidé de "faire le point sur les apports réciproques entre sciences cognitives" et diverses disciplines. Cette démarche s'inscrit dans l'action concertée incitative Cognitique, qui soutient un certain nombre de projets de recherche tous intéressants, où participent nos principaux laboratoires.

Dans ce cadre, des Journées scientifiques de la cognition sont organisées, auxquelles assistent de très nombreux auditeurs, venus de différents domaines disciplinaires. Pour chacune d'entre elles, la matinée permet de présenter la discipline et ses grands débats internes ; l'après-midi est censée apporter des éclairages sur la collaboration entre cette discipline et les autres sciences impliquées dans les recherche sur la cognition. La journée est en général construite autour de six exposés et de deux tables-rondes. La parole y est confiée à des personnalités de l'enseignement supérieur choisies pour leurs travaux et le contenu de leurs enseignements. Citons le ministère : "Les journées, qui font intervenir les meilleurs spécialistes nationaux et internationaux, sont l'occasion de tables rondes propres à faire émerger les questions en débat, ainsi que des champs de recherche novateurs, tout en précisant les espoirs et les besoins de la discipline concernée". A ce jour, trois de ces journées ont déjà eu lieu : Economie cognitive, Linguistique et cognition, Philosophie cognitive.

Assister à l'un de ces colloques, c'est pour sûr ressortir en fin de journée beaucoup moins bête que l'on n'y est entré.

Hélas... Qu'a t-on constaté, en tout cas pour ce qui concerne la journée consacrée à la philosophie cognitive à laquelle nous avons assisté ?

N'insistons pas sur les questions de forme, quoique... nous ignorions à quel point (sauf exception) des professeurs d'universités pouvaient être aussi confus dans leur présentation, lisant leurs textes, à peine intelligibles, n'utilisant pas de supports ou moyens électroniques même rudimentaires, répondant quelquefois avec un mépris non dissimulé, et généralement à côté, à certaines questions de l'assistance.

Plus grave, les conférences ne semblaient pas avoir été conçues pour être finalement comprises du public, public composé ici - du fait même des objectifs de cette journée - de représentants de différentes disciplines : philosophes bien sûr, mais aussi médecins, linguistes, informaticiens, mathématiciens, spécialistes des neurosciences, roboticiens et autres chercheurs en intelligence artificielle... Les exposés semblaient volontairement elliptiques et allusifs, leurs auteurs paraissant surtout soucieux de faire des clins d'œil à leurs pairs, sinon de régler quelques conflits entre confrères. Le naïf pourrait croire pourtant que ces fonctionnaires sont rémunérés par l'Etat pour faire partager leur savoir et non pour se faire valoir.

Mais c'est surtout au fond que le bât blesse, et sur deux plans. D'abord, la contrainte de l'interdisciplinarité, qui justifie ces rencontres, semble totalement incomprise. Chaque intervenant s'est borné, quand il l'a fait, à exposer ses travaux et ses idées, apparemment avec le seul souci de les mieux affirmer face aux autres. La cognitique devrait en principe fournir le lien entre courants, mais ce lien n'est finalement ici que très mal apparu (et pour certains exposé, pas du tout).

Plus grave encore, les exposés, qui devraient -semblait-il- faire le point des derniers développements nationaux et internationaux dans les domaines considérés, affichaient vaillamment dix à vingt ans de retard. Qu'en savez-vous, nous objecterez-vous ? Simplement parce que, fréquentant les informaticiens, roboticiens, chercheurs en intelligence et vie artificielle, nous constatons que ces derniers, par nécessité, sont d'une part très interdisciplinaires (y compris en biologie, neurologie, linguistique, etc..) et, d'autre part, sont bien mieux informés que tous autres des derniers développements, technologiques et conceptuels, se produisant dans ces mêmes disciplines. Ils lisent, en particulier, les sources anglo-saxonnes les plus récentes, publications le plus souvent consultables sur Internet. Il ne faut donc pas leur en conter. Or quand nos chers professeurs citent Bergson et Merleau-Ponty (Dieu ait les âmes de ces derniers) mais se vantent de ne connaître ni le web, ni la robotique, ni des auteurs américains ou européens devenus incontournables, un doute sérieux nous vient quant à la compétitivité de l'enseignement supérieur français.

Il semble que pour la suite de ces journées, il serait sans doute préférable de faire appel à de jeunes chercheurs ou ingénieurs, travaillant sur des projets où l'interdisciplinarité s'impose de fait, et où la compétition faisant rage avec les universités américaines oblige à être au meilleur niveau, tant sur le fond que dans la forme. Nous en aurions peut-être alors nous-mêmes pour notre argent.

voir aussi les autres billets d'humeurs

Automates Intelligents © 2001

 

   Sur le site
Sur le web   





 

 

 

Qui sommes nous ? Partenaires Abonnement Nous Contacter

© Association Automates Intelligents